II
ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
rations les eaux potables ont été laissées au second plan ; les habitants ont continué de boire l'eau des mômes sources et des mêmes puits ; seulement les améliorations ont eu en réalité pour résultat de prévenir toute souillure accidentelle de ces eaux par le fait des infiltrations.
L'eau potable, à Vienne, était fournie naguère par des puits et par le Danube, la quantité d'eau de source était faible ; on remarqua que dans les quartiers alimentés par elle, le nombre des cas de fièvre typhoïde était moindre qu'ailleurs. L'administration adopta des vues différentes de celles qui avaient guidé les hygiénistes de Munich. Elle se proposa d'amener dans la ville une eau salubre, et ne se préoccupa pas du sous-sol. Qn capta de nouvelles sources d'un débit suffisant ; le service de l'apport et de la distribution fut organisé avec un sens pratique et une activité remarquables. La décision et l'intelligence de la municipalité viennoise ont vite reçu leur récompense ; la mortalité a diminué graduellement pour arriver au chiffre indiqué plus haut. « Voici une rareté pour nous, disait à M. Mosny (1) le professeur Nothnagel, en lui montrant dans son service un malade atteint de fièvre typhoïde, depuis que nous avons l'eau de source, et quand par hasard un cas semblable se présente à l'hôpital, je le montre aux étudiants à titre de cas intéressant. Encore dois-je ajouter que le plus grand nombre des cas de typh abdominal nous vient des environs, plutôt que de la vil même, »
La décroissance de la mortalité par fièvre typhoï dans les autres villes a tenu à des mesures analog
(1) Mém. cité, p. 19.
LA FIÉVÏIE typhoïde A PARIS 131
A Paris, on a bien fait quelque chose aussi depuis le commencement du siècle pour augmenter la provision d'eau potable, mais aujourd'hui encore le tiers au moins de la population ne boit que de l'eau de l'Ourcq, de la Seine ou de la Marne. Il faut dire, car l'intérêt de la vérité l'exige, que ce n'est pas toujours le même tiers ; qu'on choisit à tour de rôle avec une parfaite impartialité les différents quartiers, les parties de la population qui doivent être le plus exposées à la fièvre typhoïde. Il vaudrait sans doute mieux ne choisir personne et réduire au ^ minimum les chances de contagion pour tous les quartiers : et tous les individus. Avant qu'on ne fît des recherches bactériologiques sur les eaux, leur différence de qualité ! sautait aux yeux. A l'exposition d'hygiène urbaine de la I caserne Lobau, en 1886, les organisateurs avaient eu 1 excellente idée de juxtaposer, dans un même aquarium divise en trois compartiments, de l'eau de Seine, de l'eau de la Vanne et de l'eau de l'Ourcq . Le contraste était saisissant : I eau de la Vanne, légèrement opaline dans sa teinte semblait absolument limpide ; l'eau de Seine était glauque et trouble, mais l'eau de l'Ourcq !.,. Et pourtant le spécimen la représentait à son état normal, c'est-à-dire chargée de résidus industriels, servant de véhicule aux matières fécales d'une population fort dense. Il lui arrive parfois des épisodes peu susceptibles de contribuer à 1h ZZf salubre et à la clarifier; un bateau conduisant
PC d un jour dans le canal ; inutile de dire qu'on ne songea
a eti erde 1 alimentation les eaux si malencontreusement contaminées , Je ne le crois pas. On peut se d -
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mander encore aujourd'hui, comme se le demandait dans une communication faite à l'Académie de Médecine, dans la séance du 7 octobre 1884, le D' Daremberg : « S'il est permis, à la fin du xix« siècle, d'aromatiser avec des matières fécales l'eau que l'on donne à boire et de nous faire résorber nos excréments sous forme de boisson. »
Les eaux distribuées au tiers de la population parisienne sont mauvaises ; l'épithète de répugnantes ne serait assurément pas exagérée certains jours de l'année; mais cela ne prouve pas qu'elles donnent la fièvre typhoïde. Une enquête absolument démonstrative et portant sur toute l'agglomération parisienne devrait comprendre : 1° un plan rigoureusement exact de la canalisation pour les eaux potables avec indication très précise des sources d'où elles proviennent ; 2» des indications chronologiques relatives aux époques à partir desquelles l'eau de telle source a été donnée ; 3° le relèvement rigoureux de l'approvisionnement d'eau des immeubles particuliers ; 3° des statistiques partielles de la population sédentaire, c'est-à-dire des gens qui travaillent à leur domicile même, dans leur propre quartier, y prennent leurs repas, et de ceux qui travaillent loin de chez eux et sont, par conséquent, exposés à une double chance de contamination : celle qui existe à leur résidence, et celle qui existe là où ils sont occupés ; 4° des recensements du nombre total de la population plus nombreux et plus rapprochés qu'aujourd'hui ; 5° la date précise des modifications apportées, sans que le public ait été prévenu, dans la distribution des eaux, modification par suite desquelles une maison qui reçoit aujourd'hui de l'eau de la Vanne recevra demain l'eau de la Marne,de l'Ourcqou de laSeine.
LA FIÈVRE typhoïde A PARIS
Je n'ose espérer qu'une pareille enquête sera jamais menée à bien. Dans les courbes si ingénieuses dressées par M. Durand-Claye (1), à propos de l'épidémie de 1882, on ne trouverait certainement pas les éléments nécessaires pour répondre à des questions formulées d'après les bases que je viens d'indiquer. Nous sommes obligés de nous tenir sur un terrain plus général, et de rappeler ce que nous avons vu précédemment. A Vienne et à Munich, pour ne citer que ces deux villes, les eaux bues, aujourd'hui, par la population ne sont plus souillées comme celles de Paris ; depuis qu'on a pris des mesures nécessaires à cet égard, la fréquence de la fièvre typhoïde diminue au point qu'il est possible d'en espérer la disparition. A Paris, nous sommes dans les mêmes conditions qu'il y a quinze ans à peu de choses près par rapport à l'eau ; la morbidité et la léthalité sont les mêmes, elles sont sujettes aux mêmes épisodes. Il est difficile de ne pas admettre qu'on est arrivé à de pareils résultats dans les deux villes citées en empêchant la pollution des eaux, ou en distribuant des eaux prises au loin et non contaminées.
A défaut de l'enquête générale dont nous parlions pour Paris, nous avons un nombre considérable de faits particuliers dont le rapprochement présente assurément une certaine valeur. En voici un dont j'ai eu personnellement connaissance et à propos duquel l'attention du Conseil a été attirée, il y a une dizaine d'années, par notre ancien collègue HiUairet (2). La fièvre typhoïde était alors une véritable calamité pour le lycée Saint-Louis ; il y en avait
(1) LW'pidêmie de fièvre typiwïde e^iim. Études statistiques, Paris, 1838
À l f f^;:^/f "'""^ ^^^^^«^•''«•^ Conseil dliyqiène publique et de saMrUe de la Seine (1878-1880), Paris, 1884, p. 151 et 157.
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presque en tout temps, parfois même les cas étaient assez fréquents pour constituer des épidémies; en 1878, 13 enfants furent atteints dans l'espace de trois mois et 3 succombèrent. On avait jusque-là distribué l'eau de l'Ourcq; elle fut remplacée par l'eau de la Vanne ; depuis lors, la fièvre typhoïde est devenue une rareté dans l'établissement et souvent une année complète se passe sans qu'on en voie un seul cas.
Le docteur Régnier (1), médecin major au régiment des sapeurs-pompiers de Paris, a publié, sur la fréquence de la fièvre typhoïde dans les casernes de l'arme, un travail dont on a tiré la courbe instructive suivante :
C. — Courbe fournie par le nombre des cas de fièvre typhoïde des casernes de Saj^ews-Pompiers en 1882.
NomsiJesCj5tni« Effet) if
Blanche 8 %
Trocadeni 3 %
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J J RoiKSQu.
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Grenelle I3J
Mcnilnonl^ 7 %
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E Seine filtrée
E Ourcq fillrte.
Eau de Vânne
Eau de Vanne,
£ Marne filtrée
E Ogrcci filtrée
E.Ourcq fillrée
E. Marne non filtrée
filtrée