‹ Études d’hygiène publique (volume 4)Chapitre 15 sur 26 · L. Seine Mirée · texte numérisé non relu

L. Seine Mirée

JR

sn

ifl

If,

fi . ..—

(1) Rkgniek. Arch. de méâ. militaire^ 1886.

LA FIÈVRE typhoïde PARIS lOO

Supposons qu'on laisse de côté toute la partie graphique de ce tableau, qu'on lise simplement le premier en-tête et qu'on pose cette question: Une épidémie de fièvre typhoïde se développe dans une ville de garnison, quelles casernes seront le plus éprouvées ? Tout le monde répondra à priori, les plus vieilles, les plus petites, les plus mal emménagées. La caserne de la rue Jean-Jacques-Rousseau est une construction ancienne ; ni l'extérieur, ni l'intérieur ne présentent un aspect bien encourageant ; la caserne de la rue Château-Landon est neuve, propre, aérée, coquette et aussi confortable que peut l'être un édifice de cette nature. Et cependant la courbe nous montre qu'en 1882 il y a eu : à la caserne de la rue Jean- Jacques-Rousseau 0,7 0/0 seulement d'individus atteints de fièvre typhoïde sur le nombre total des militaires qui l'habitaient, tandis qu'il y en avait 17 0/0 à la caserne de la rue Château-Landon, chiffre véritablement énorme. La vieille caserne de la rue Jean-Jacques-Rousseau recevait de l'eau de la Vanne, celle de la rue de Château-Landon de l'eau de Marne non filtrée. Cela revient à dire que toutes précautions, prises dans la construction d'un bâtiment destiné à loger un certain nombre d'hommes, sont insuffisantes pour les protéger contre le typhus abdominal, si, avant toute chose, on n'a le soin de ne pas leur en administrer les germes dans l'eau qu'ils boivent.

Si les tableaux de M. Durand-Claye ne permettent pas de résoudre la question des rapports entre la topographie de ladothiénenterie et la distribution des eaux, en revanche quelques-uns jettent sur ce point un peu de lumière. Je lui emprunte les deux courbes ci-après (1).

(1) Dueand-Claye. Op. cit., tableau XL Consulter aussi : Chante-

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

D. — Mortalité tyjohoïdique (5 août 1882-24 janvier 1883), par

10,000 habitants.

.Courbe de la raorlahlf

Courbe de U (joantOe <lt«n de 3diie et d'Ourq (bsirûiute

Je ne veux pas dire que le parallélisme des deux lignes brisées soit absolument mathématique, leurs oscillations réciproques sont cependant telles qu'on peut affirmer sans hésitation que : toutes les fois que la quantité d'eau suspecte (d'Ourcq) distribuée aux habitants augmente, le nombre des décès par fièvre typhoïde augmente également.

MESSE et WiDAL (Mémoire cité, p. 289). - Vallin. Veau de Seine et\ la fièvre typlwïcle. {Rev. dliyg., 1887, p. 265.) - Bbouaedel. Vcan\ potahle. [Revue scientifique, 1887, p. 257.) - Chamberland. Le^diven\ modes de contagion. [Revue scientifique, 1888, p. 329.)

LA FIÈVRE typhoïde A PARIS 137

Voici le pendant du graphique précédent (t).

Les deux lignes ont été tracées par rapport au nombre de fièvre typhoïde et à la proportion d'eau de source. Celle-ci est-elle diminuée, la fièvre typhoïde augmente ; il n'y a pour ainsi dire pas d'exception à cette règle.

E. — Mo7'talité typhoïdique par 10,000 habitants (5 août 1882.

2i janvier 1883).

■ Courbe de la morlaiiU

Les faits que je viens de relater sont des faits d'observation qu'il me paraît difficile de contredire ; pour nier la

(1) Ibid.

l-^o ÉTUDES D'i-IYGIÉNE PUBLIQUE

relation on atenté d'en apporter d'autres qui prouveraient le contraire, d'opposer des courbes aux courbes. Dans un article récent, M. Bechmann (1), ingénieur en chef des eaux de Paris, entreprit de démontrer que son service n'était pour rien dans la diffusion de la fièvre typhoïde et de prouver qu'on peut puiser indifféremment à la Seine, à la Marne, à la Dhuys ou h l'Ourcq, sans que la santé publique soit intéressée en quelque manière à cette application inattendue du libre échange. Pour le démontrer, M. Bechmann a donné des tabeaux dont il résulte que pendant les semaines où la population a reçu de l'eau de Seine, on n'a pas eu plus de décès par fièvre typhoïde dans le même arrondissement qu'à un autre moment ; qu'il n'y en a pas eu plus que dans les arrondissements voisins toujours approvisionnés par de l'eau de Seine.

Le savant doyen de la Faculté, M. Brouardel, dont les recherches ont été appliquées avec une telle persévérance à la question des eaux potables, qu'il est difficile de trouver un point sur lequel il n'ait pas formulé une remarque judicieuse ou une réflexion pratique, M. Brouardel (2) a fait observer, comme M. Chantemesse (3), que l'habile ingénieur avait négligé dans ses tableaux des données médicales de première importance, celle de la durée de la période d'incubation (pour la morbidité) et l'époque de la maladie à laquelle surviennent les décès (pour la léthalité). On substitue, je suppose, du l^"" au 15 août, l'eau de la Seine à l'eau de source et on contamine 10 individus ; il y

(1) Bechmann. Les eaux (U Paris et la fièvre typhoïde. {Revue d'hygiène, 1887, p. 1030, et 1888, p. 54.)

(2) Brouakdel. Bevued'hyg., 1888, p. 51.

(3) Chantemesse. Revue d'hyg., 1888, p. 52.

LA FIÈVRE typhoïde A PARIS

a de fortes raisons de croire que le coefficient de la morbidité n'augmentera guère qu'à partir du 18 au 30 août ; celui de la moi'talité du 18 au 15 septembre. Des tableaux donnés par M. Chantemesse et dressés d'après le chiffre des entrées dans plusieurs hôpitaux montrant l'augmentation de la fièvre typhoïde à la suite de distribution d'eau, sont bien dans la période que nous venons d'enregistrer.

La démonstration a été complétée par des recherches bactériologiques qui ont fait découvrir à différentes reprises la présence du bacille dans les eaux suspectes (1).

Je ne saurais mieux aborder la prophjdaxic du typhus abdominal qu'en répétant et en complétant la conclusion par laquelle j'ai terminé le chapitre consacré à son étiologie.

Du malade atteint de fièvre typhoïde à l'homme sain, voici comment la contamination a lieu. Le bacille morbigène est entraîné au dehors avec les selles, et comme il possède une vitalité énergique il se conserve longtemps ; il est charrié par les eaux et ingéré avec elles. Neuf fois sur dix, la contamination a lieu de cette manière et nulle part elle n'est plus facile, plus imminente que dans la fraction de la population parisienne qui boit de l'eau de rivière.

(1) M. Thoinot a constaté la présence du bacille typhoïdique dans des échantillons d'eau de Seine pris en amont de Paris {Bulletin de r Académie de médecine, 1887, p. 427) ; M. Lair en a trouvé dans l'eau de Seine distribuée dans son quartier {Annales de V Institut Pasteur, 1887, p. 427). . ' '

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

Nous n'avons pour la prévenir dans ce milieu que deux moyens : ou rendre les eaux salubres ou ne pas les donner. Jusqu'à présent je ne crois pas qu'on ait trouvé de procédé pour transformer le liquide vaseux qui se déverse à Tembouchure de la Bièvre, par exemple, en eau limpidç et inodore. Il ne nous reste en réalité qu'un moyen : fournir une provision suffisante d'eau potable. Depuis cinquante ans on a fait dans cette voie des progrès notables ; on pourrait dire qu'à cet égard on est revenu aux saines traditions hygiéniques de l'antiquité. Les Romains, qui ont été nos maîtres en tant de choses, avaient compris aussi bien et mieux que nous l'importance de cet approvisionnement; on admire encore aujourd'hui les restes des travaux gigantesques exécutés par leurs ingénieurs pour assurer ce service. Nous aurions encore beaucoup à faire encore pour les égaler.

La provision quotidienne actuelle d'eau de source amenée à Paris est d'environ 130,000 mètres cubes (1); elle est insuffisante ; on est obligé de lui substituer de temps en temps de l'eau de rivière et déplus certains quartiers ne recevant que cette eau pendant toute l'année, ce sont évidemment là des éventualités fâcheuses, des causes permanentes ou temporaires des maladies épidémiques.

L'insuffisance dont nous nous plaignons aujourd'hui est-elle aussi réelle qu'on le dit, est-elle inévitable ? Toute l'eau potable distribuée entre-t-elle dans l'alimentation? Il suffit de poser cette question pour que la réponse se présente à l'esprit. On donne de l'eau sans se préoccuper de ce que pourront en faire ceux qui la reçoivent. Un quartier est-il alimenté par la Vanne? Les abonnés ont de l'eau de Vanne etn'ont que cela jusqu'au jour où, par suite

Page 1