LA FIÈVRE TYPPIOIDE A PARIS
de l'épuisement de la masse captée ou d'un accident de conduite, on les prévient qu'il n'auront plus à boire que de l'eau de Seine ou de Marne. Encore l'avertissement est-il donné d'une façon discrète par voie de la presse, dans les colonnes des journaux que peu de personnes lisent assidûment.
L'eau potable a servi à tous les usages domestiques, au nettoyage comme au reste, on ne l'épargne pas, on la gaspille même en été. C'est la règle générale, car il y a fort peu de maisons, même dans les quartiers riches, dont les appartements soient pourvus d'une double canalisation et possèdent deux robinets, l'un pour l'eau potable, l'autre pour les eaux de nettoyage. Ce serait pourtant l'idéal économique, dans cette question passablement ardue, de ne pas prodiguer ce qu'on possède, de ne jamais priver personne ni d'une manière continue, ni d'une manière temporaire.
Supposons que sur chaque évier on trouve deux robinets, un tout petit, laissant échapper un mince filet d'eau, et un autre semblable au type aujourd'hui employé. Il y a lieu d'admettre que dans les appartements où la distribution sera faite de cette manière, il n'y aura pas de déperdition inutile, par l'excellente raison qu'il faudrait beaucoup trop de temps pour recueillir au robinet minuscule une quantité d'eau suffisante pour un nettoyage même peu étendu. Je crois que si cette double canalisation était employée partout, il n'y aurait plus depuis longtemps de quartiers exclusivement alimentés.à l'eau de rivière; on ne serait plus obligé de la faire entrer chaque année dans la consommation d'une fraction ou d'une autre de la population.
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^11 paraît qu'il y a des difficultés techniques. La pression n'est pas suffisante pour entretenir deux robinets à tou^ les étages chez les abonnés. J'avoue que je ne comprend^ pas très bien la valeur de cette objection. L'eau de rivièr. seule aurait une pression insuffisante. Mais avec la machine élévatoire d'Ivry on arrive à avoir 86,000 mètres cubes d'eau de Seine à une pression au moins égale à celle de l'eau de la Vanne. Donc, dans les quartiers où cette eau est distribuée, il est impossible d'objecter à l'établissement d'une double colonne pour tous les étages, l'insuffisance de la pression.
On a dit en outre que la transformation complète du système de tuyaux actuels en double colonne montante dans les immeubles constituerait une dépense formidable, supérieure à celle que réclamera le captage de nouvelles sources. A cela je n'ai rien à répondre : question de devis. Il me semble pourtant qu'on ferait bien de ne pas engager l'avenir et de ne pas rejeter à tout jamais ce procédé.
Je vais arriver tout à l'heure aux autres mesures ; mais sommes-nous bien sûrs qu'après avoir amené à Paris les sources de la Vigne et celles de Verneuil (1) nous aurons répondu pour l'éternité à tous les besoins. L'expérience à cet égard est bien près de nous donner un démenti : la quantité actuelle est énorme comparativement à celle de 1870, et cependant elle est insuffisante. Si les travaux projetés aujourd'hui sont terminés en 1892, sommes-nous sûrs que la provision de 1892 suffira en 1902 ? C'est peu probable. Sous nos latitudes on ne rencontre guère de
(1) Riche (Alfred). Ra2Jport surnn projet do dérivation des sources de la Vigne et de Verneuil dans V alimentation de laville de Paris, 188G.
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rochers d'Horeb d'où, comme Moïse, on puisse faire jaillir l'eau à volonté. Il est certain qu'on se trouvera à une époque plus ou moins éloignée en présence de la nécessité que l'on entrevoit déjà, celle d'économiser la provision quotidienne.
Il me semble pourtant que dès aujourd'hui on pourrait très bien, avant d'adopter complètement le principe de la double canalisation, ne distribuer que de l'eau de Seine dans les cours des maisons où l'on distribue de l'eau de source pour les appartements. De cette manière au moins on aurait des chances que l'eau de la Vanne ne servirait plus à arroser les jardins ou à nettoyer les écuries.
Le service technique, nous ayant donc répondu qu'aujourd'hui des raisons inéluctables s'opposent à l'adoption du système généralisé de la double canalisation et qu'il faut considérer la prodigalité comme un mal nécessaire, il ne nous reste qu'une chose à faire, appeler de tous nos vœux l'achèvement de travaux qui doivent presque tripler la provision de Paris. Malheureusement c'est le cas de répéter qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. Il a fallu plus de 10 ans, à partir du jour où la captation de la Vanne a été décidée, pour que ses eaux coulassent aux robinets d'un petit nombre de fontaines de la voix publique. Entre la population qui l'éclame une eau sans bacilles typhoïdiques et l'exécution de ses vœux, il y a des obstacles, non pas insurmontables, mais qu'on ne franchit qu'après des détours singulièrement longs : obstacles législatifs, juridiques, etc., industriels à désintéresser, communes à exproprier. La question législative est vidée ou près de l'être ; la phase juridique se déroule majestueusement, lentement, comme il convient à une affaire de cette im-
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portance ; les Chambres ont été saisies, le Conseil d'État I va l'être. Combien de temps le sera-t-il ? Il me semble que dans une question d'hygiène publique l'incertitude et les j atermoiements ne sont pas de saison. Les hygiénistes | proposent, les administrations n'ont qu'à répondre si la la loi et les ressources permettent de donner satisfaction I à leurs demandes. Faut il des années pour cela? Si nos I réclamations sont conformes à l'expérience, si les mesures 1 poursuivies par nous ont pour résultat la conservation 1 d'un nombre considérable de citoyens utiles, il n'y a pas 1 de formalités juridiques qui tiennent, il faut prendre à 1 leur égard une décision aussi prompte que s'il s'agissait | de défense nationale, car les maladies épidémiques sont | des ennemis qui n'ont ni journaux, ni canons, ni soldats 1 sans doute, mais qui nuisent aussi sûrement et autant aux 1 intérêts moraux et matériels de la nation que tous les j ennemis de l'extérieur. Il importe donc au plus haut point 1 de hâter par tous les moyens possibles la solution des 1 questions relatives aux nouvelles sources à capter. A 1 partir du moment où MM. les ingénieurs en seront saisis, 1 ce ne sera plus, à proprement parler, qu'une affaire bud- 1 gétaire, et, ce jour-là, nous serons bien près d'obtenir ce 1 que nous demandons. 1
Le Conseil a déjà exprimé le vœu que ces eaux nous 1 soient amenées d'urgence, afin que le tout à Tégoui puisse 1 être pratiqué sans inconvénient pour la santé publique. J
Je serais heureux qu'il renouvelât ce vœu, en se basant 1 cette fois sur la nécessité d'augmenter la provision d'eau 1 potable pour diminuer le nombre des cas de fièvre 1 typhoïde à Paris et faire disparaître l'infériorité vérita- J blement humiliante où nous nous trouvons à l'égard de J
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cette maladie par rapport aux autres grandes villes d'Europe (1).
■ (1) Après la lecture de ce rapport, le Conseil renouvelle, dans la séance du 13 avril, le double vœu suivant émis déjà à plusieurs reprises :
1° Hâter l'exécution des travaux qui doivent amener à Paris les eaux de source acquises par la ville ;
5" Rendre obligatoire l'abonnement aux eaux de source pour les propriétaires possédant des immeubles dans la rue où existe la canalisation de ces eaux.
HYGIÈNE PUBUQUK.