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ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
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LE CHOLÉRA INFANTILE
Il ressort de ce tableau que le nombre des cas est à peu près inversement proportionnel à l'âge et, qu'en revanche, le chiffre de la mortalité reste toujours très élevé.
Jusqu'à trois mois, ce chiffre est de r— soit : 77,45 0/0.
De trois mois à un an il est de ^ soit : 63.93 0/0.
De un an à deux ans, il est de — soit : 50 0/0.
Enfin, la proportion brute de la mortalité par diarrhée cholériforme de la naissance à 1 âge de deux ans est, d'après le tableau ci-dessus, de S? soit : 69.93 0/0.
En plaçant au second plan l'influence pathogène directe de la chaleur, en supposant qu'elle touche surtout l'enfant de seconde main, parce qu'elle fait gâter ses aliments, je n'ai pas voulu dire que cette influence directe fût nulle et négligeable. Un bébé nourri peu judicieusement est ordinairement mal tenu, la peau fonctionne mal, la résistance nerveuse est moindre que dans les conditions ordinaires. Puis, l'été n'est pas seulement la saison des chaleurs, c'est aussi la saison des orages. Comment les perturbations atmosphériques de cette nature agissent-elles? Estce par des modifications chimiques de la constitution de l'air atmosphérique ? Est-ce par les secousses que le dégagement de chaque étincelle électrique imprime aux couches d'air ? Je ne saurais le dire. Ce que je puis affirmer, c'est que les nouveau-nés, c'est que les petits malades sont extrêmement sensibles à l'influence des orages. Au cours de Pépidémie de 1887, plusieurs médecins ont vu des enfants en bas âge succomber dans les quartiers où il y avait eu de violents orages, et n'ont pas hésité à attribuer leur mort à cette cause. J'ai perdu ainsi, dans mon service d'hôpital, plusieurs enfants dont l'état était grave, mais non désespéré.
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Le 30 juillet, 3 enfants succombent à peu près à la j môme heure, salle Sainte-Élisabeth : une petite fille de quatre ans, présentant les symptômes d'une méningite au début, symptômes encore imparfaitement développés et très incertains, meurt subitement sans un cri, sans une convulsion, circonstance rare dans les maladies de cette nature. Tout près d'elle, dans la même salle, se trouvait une athrepsique d'un an qui succombe aussi subitement. A la salle Sainte-Anne, une petite fille de quatre ans, atteinte d'une broncho-pneumonie de moyenne intensité à la suite de la rougeole, meurt également sans phénomènes particuliers, bien que, quelques heures auparavant, elle ne présentât rien qui fît redouter l'asphyxie.
Ce jour-là, le samedi 30 juillet, un orage terrible avait éclaté sur toute la rive gauche ; de violents coups de tonnerre se succédèrent sans interruption pendant près d'une heure, et la foudre tomba sur plusieurs points rapprochés de l'hôpital des Enfants-Malades, en particulier sur l'école Saint-Nicolas, dans la rue de Vaugirard.
D'autres perturbations atmosphériques moins bruyantes peuvent avoir une influence tout aussi malfaisante. L'opinion populaire attribuant l'origine de beaucoup de diarrhées, même chez les adultes, à des refroidissements subits, n'est pas sans fondement. Les enfants, surtout ceux qui sont prédisposés par un état général peu satisfaisant ou une mauvaise hygiène, ont l'intestin plus vulnérable que les adultes ; une sortie inopportune au moment d'un changement de temps a causé plus d'une fois un catarrhe intestinal qui a pris rapidement le caractère cholériforme. Le 10 août 1887, le thermomètre baissa de plusieurs degrés. Le ll,on amena h ma consultation d'hôpital
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deux enfants atteints de choléra saisonnier en même temps que trois autres petits malades qui présentaient une anasarque et une albuminurie a frigore.
Il n'est pas toujours nécessaire que le temps se refroidisse ; un séjour de quelque durée, par une belle journée, dans un courant d'air un peu frais, est très dangereux pour les enfants. Une femme, qui nourrissait sa fillette âgée de huit mois , eut la malencontreuse idée de faire une station prolongée avec sa concierge sous la porte cochère de la maison, pour voir quelques-unes des péripéties de la fête du 14 juillet dans son quartier. Cette personne était robuste, l'enfant venait bien. Dans la nuit, celle-ci eut des selles fréquentes, et vingt heures plus tard elle était morte. Il est difficile de ne pas admettre que le refroidissement de la soirée avait été la cause première et unique du mal.
J'ai vu aussi, à l'époque des chaleurs, certaines pratiques peu judicieuses, mais presque toujours inoffensives à un autre moment, aboutir à des catastrophes ; je veux parler de l'administration de drogues auxquelles recourent à propos de rien certaines personnes, tant elles sont persuadées que tout ce qui ressemble à un vomitif ou à un purgatif possède des vertus cabalistiques et est utile pour chasser la bile, ou régulariser la marche des humeurs, lorsque ces dernières sont, comme elles disent, en mouvement. Il y a là un danger réel. A cette époque de l'année, une diarrhée provoquée, qu'on espérait voir finir en quelques heures, se prolonge et peut s'accompagner des accidents que nous avons énumérés. On a si bien purgé le bébé que le choléra l'emporte ! Les choses se sont ainsi passées dans un cas relevé au cours de mon enquête. Il
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s'agissait d'une petite fille de trois mois nourrie au biberon et qui venait bien. Un jour de la fin de juillet, le malheur voulut que la sage-femme qui avait accouché la mère vînt la voir par hasard. Elle trouve, dit-elle, « l'enfant pâlotte, un peu fatiguée, les traits tirés, la langue chargée; il faut la soigner, on ne saurait songer à la laisser dans un pareil état ». Vite, on court chez le pharmacien chercher 30 grammes de sirop d'ipéca que la sagefemme fait prendre en sa présence. La pauvrette vomit, eut de la diarrhée verte ; le médicament agit si bien, qu'au bout de quatre jours elle était morte d'une gastroentérite accidentelle qui finit comme un choléra infantile spontané.
Je me résume : la chaleur contribue directement à favoriser le développement de la diarrhée estivale, parce qu'elle fatigue l'enfant, diminue sa force de résistance, amène une sorte de neurasthénie saisonnière. Elle y contribue d'une manière indirecte, beaucoup plus énergique, en modifiant toujours dans un sens défavorable la nature de ses aliments ordinaires. A la chaleur s'ajoutent, pendant l'été, les orages et les refroidissements inattendus.
L'alimentation de l'enfant, nous l'avons prouvé, devient mauvaise sous l'influence de la chaleur. Est-elle irréprochable à l'époque des températures moyennes ? Est-elle seulement judicieuse ? A Paris, il n'y a malheureusement pas deux réponses à faire à ces questions. La plupart des enfants des classes nécessiteuses sont généralement nourris d'une façon satisfaisante si l'on a égard à la quantité ; ils le sont d'une façon déplorable si l'on a égard à la qualité et au mode d'administration.
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Lca statistique va nous faire voir combien grande est .l'influence du mode d'alimentation sur la mortalité.