LA CONTAGIOSITÉ DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE
issus d'une souche contaminée, étaient presque tous voués au même sort. Sans doute, c'est là une objection sérieuse dont on ne saurait méconnaître la valeur, mais je n'en reste pas moins convaincu, pour l'avoir observé plus d'une fois, que, si l'on avait soustrait, en temps opportun, les enfants bien portants à l'influence nocive d'un air vicié par les agents infectieux de la tuberculose, on aurait pu dans bon nombre de cas retarder, sinoQ prévenir, l'éclosion de cette maladie.
L'observation de notre premier malade, dans les antécédents duquel on n'a relevé aucune tare de famille, vient à l'appui de cette opinion que l'hérédité n'est nullement un facteur indispensable, comme on l'a cru pendant longtemps, pour le développement de la tuberculose; que les individus placés dans des conditions favorables à l'infection n'ont nullement besoin, pour être touchés, de présenter la constitution organique spéciale que crée l'hérédité.
A l'hôpital les choses se passent comme dans les familles, mais elles échappent plus souvent à l'attention parce que l'observation est plus disséminée, parce que le médecin doit porter son attention sur un plus grand nombre de points à la fois, parce qu'enfin il ne suit pas assez longtemps ses malades. Il est un fait néanmoins, que tout chef de service dans un hôpital d'enfants a pu constater, — la même remarque s'applique certainement aux hôpitaux d'adultes, — c'est qu'il n'est point rare de voir la tuberculose se développer chez nos petits malades qui font un long séjour dans un milieu nosocomial, surtout lorsque, pour une cause ou pour une autre, ils sont obligés de rester au lit. C'est là, je le répète, un fait d'observation indéniable. N'est-on pas fondé à l'attribuer à l'air que respirent ces
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enfants ? Ils sont bien nourris, bien soignés, mais ils vivent dans une atmosphère chargée de bacilles provenant le plus souvent de la dessiccation des crachats, et ils contractent la phtisie de la même manière que les autres maladies contagieuses. Seulement, c'est avec plus de lenteur et dans une moindre proportion, parce que l'infection met plus de temps à se produire et qu'il lui faut un terrain préparé.
En résumé, il est rationnel de voir dans les deux faits qui précèdent des exemples de transmission de la tuberculose d'une personne malade à une personne saine par l'intermédiaire des voies respiratoires. C'est là, du reste, d'après les recherches les plus récentes, le mode de contagion le plus direct et le plus commun.
On peut rapprocher ces faits des observations si curieuses que Reich (de Mûlheim) a publiées dans la Berliner Klinische Wochenschrift du 16 septembre 1878. Une sage-femme de Neuenburg, atteinte de phtisie pulmonaire, avait une expectoration purulente très abondante. A chaque accouchement qu'elle faisait, elle avait l'habitude « d'aspirer avec sa bouche appliquée sur celle des nouveau-nés les mucosités qui pouvaient obstruer la partie supérieure de leurs voies respiratoires, de leur insuffler de l'air de la même façon et de les embrasser à tout instant ». Dix des nourrissons qu'elle avait mis au monde, du 4 avril 1875 au 10 mai 1876, succombèrent à la méningite tuberculeuse du 11 juillet 1875 au 29 septembre 1876. Dans tous ces cas, la méningite avait été précédée d'un catarrhe bronchique. Il est enfin à noter que, chez aucun des dix enfants, on n'avait constaté une prédisposition héréditaire à la phtisie pulmonaire.