‹ Études d’hygiène publiqueChapitre 9 sur 19 · DEUX ÉPIDÉMIES DE VARICELLE A PARIS · texte numérisé non relu

DEUX ÉPIDÉMIES DE VARICELLE A PARIS

tourées d'une auréole rouge ou bien reposaient sur une papule. Le liquide qu'elles renfermaient était transparent : parfois il devenait trouble et même purulent.

L'éruption débutait ordinairement par le tronc, puis s'étendait à la face et aux membres. Elle était peu confluente. Il n'y avait en général que trente à cinquante vésicules, rarement un plus grand nombre. Leur volume variait entre celui d'une lentille à celui d'un pois ; elles étaient arrondies, tendues et aucune ne présenta à'ombilication.

Lorsqu'il fut possible de savoir à quelle époque précise avait eu lieu la contagion, on constata que la période d'incubation avait été de douze à quinze jours.

L'éruption se fit rarement d'un seul coup ; elle apparut au contraire, par poussées successives et suivant l'ordre topographique indiqué plus haut. Sa durée varia entre six et quatorze jours.

La guérison fut constante. L'épidémie persista du P^mai au 15 juin. Elle fut absolument caractéristique et isolée. Il n'y eut ni dans les familles des malades, ni dans le voisinage aucun cas qu'on pût rattacher avec vraisemblance à la variole ou à la varioloïde.

Je crois devoir, pour éviter des redites, résumer en quelques mots, à la suite de la relation précédente, celle d'une autre épidémie de même nature, qui donna lieu à une méprise analogue sur laquelle je suis chargé de vous présenter également un rapport.

Cette épidémie se développa au milieu du mois dernier, dans l'asile maternel de la rue de la Sourdière et donna lieu, au début, à la même méprise. Comme dans l'épidémie du quartier de l'hôpital Necker, la propagation fut

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rapide et directe. Sur 45 enfants que renfermait l'asile — enfants de deux à sept ans, — 22 furent successivement atteints. Ce mode de contagion de la maladie, sa marche et ses caractères cliniques furent identiques à ceux de la première épidémie. Il est à remarquer que dans un établissement contigu, l'école communale, qui est fréquentée exclusivement par des enfants plus âgés, il n'y eut pas un seul cas.

. La méprise commise au début de l'une et l'autre épidémie peut s'expliquer par l'état trouble que les vésicules présentèrent, — il en est souvent ainsi, — d'une manière précoce. Le médecin, en raison de la bénignité des symptômes, ne fut guère appelé que lorsque cet état trouble existait déjà, et l'on comprend que la première idée qui lui soit venue à l'esprit ait été celle d'une varioloïde.

Mais il s'agissait à n'en pas douter, dans l'un et l'autre cas, non point de variole ou de varioloïde, mais de varicelle. En effet, même en faisant abstraction des caractères différentiels faciles à saisir par l'inspection des vésicules, on pourrait trouver dans la marche des deux épidémies la preuve que c'était bien à la varicelle qu'on avait affaire.

L'affection a été essentiellement bénigne, la vaccine n'a point protégé contre elle ; la plus grande partie des enfants avaient été vaccinés avec du vaccin humain et jouissaient assurément de l'immunité acquise ; enfin, pas un cas de variole ou de varioloïde ne s'est montré chez les adultes ouïes enfants plus âgés.

La bénignité même de cette fièvre éruptive semble permettre de considérer comme résolue la question de prophylaxie. Il y a déjà près d'un demi-siècle, que Guersaut

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etBlache(l) ont soutenu qu'il n'est pas nécessaire de prendre des précautions pour l'isolement, et cette manière de voir a été généralement adoptée. Je crois, pour ma part, qu'il faut y faire quelques restrictions. Certaines conditions individuelles, — le tout jeune âge et la constitution de l'enfant, — peuvent imposer une conduite toute différente. Par contre, au-dessus de huit à dix ans, il est inutile de se préoccuper de la varicelle : à cet âge, les enfants ne la prennent plus guère et en tous cas leur santé n'est point influencée par elle.

Les personnes qui s'intéressent à l'hygiène des écoles fréquentées exclusivement par des enfants de plus de huit ans, sont donc autorisées à ne pas attacher d'importance à cette maladie. Pour les salles d'asile, c'est autre chose : il est toujours bon d'arrêter une affection épidémique, même bénigne ; c'est d'autant plus facile que le contagium de la varicelle a probablement peu de fixité et qu'il est vite détruit. Une évacuation de quelques jours avec ventilation permanente, un lavage des murs, des bancs et des tables au moyen d'une solution d'acide phénique au centième, ou bien quelques fumigations sulfureuses me paraissent bien suffisants.

Dans la famille, le seul moyen prophylactique, rationnel et pratique, c'est l'exil des enfants les plus aptes à prendre la varicelle, de ceux qui en souffriraient le plus, c'est-à-dire des enfants très jeunes ou des enfants affaiblis.

1. GUEESANT, art. VARICELLE in B/ot. de mèd. en 21 vol., 1881, t. XXI, p. 189. — GuEESANT et Blachb, même article, in Dict. de iiiéd. en 30 vol., 1846, t. XXX, p. 553.

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