‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 108 sur 391 · ANCIENS STATUTS DES ORFEVRES · texte numérisé non relu

ANCIENS STATUTS DES ORFEVRES

provisionner au dehors , peuvent-ils ne pas payer ce qu'ils achètent. Peut-on interdire aux étrangers de solder leurs achats avec les espèces qu'ils ont sous la main ? Si les Allemands et les Suisses sont admis sur nos foires , ne sont-ils pas autorisés par là même à emporter le prix de leurs ventes? Quel serait le sort de notre industrie, de nos vignobles, si on fermait les débouchés qu'ils trouvent dans les pays voisins ?

M. de Klinglin aurait pu ajouter, comme on le fit en 1750, lorsque la question fut de nouveau soulevée par les officiers de la Monnaie, que toute prohibition de ce genre serait d'une application impossible. Comment y soumettre les seigneurs alsaciens qui avaient des domaines au dehors, ou les seigneurs étrangers, possessionnés en Alsace? Il fallait bien les autoriser à emporter des espèces françaises, ou à rapporter des espèces allemandes.

La première campagne des officiers de la Monnaie , aboutit à une lettre de l'intendant Feydeau , qui annonça , le 27 mai 1730, que le roi autorisait le commerce à accepter des espèces anciennes ou étrangères , à condition qu'on les livrerait à la Monnaie. La seconde fut fermée par M. de Boulogne , qui manda le 5 septembre 1758, « qu'il convient pour l'utilité du commerce d'avoir égard à ses représentations. » Il prie donc l'intendant c d'ordonner aux officiers de la Monnaie d'user de tolérance à cet égard , au point de ne faire de poursuites, qu'autant qu'il y aurait véritablement abus. »

Avant de raconter la lutte où les deux parties déployèrent Anciens le plus d'acharnement , disons quelques mots sur l'ancienne statuts des organisation des orfèvres de Strasbourg. Elle nous est connue orfèvres par une série de règlements et d'ordonnances, qui remontent ^^ strasjusqu'à 1323. Ils étaient incorporés depuis 1362 à la tribu des ^^"*^°* Échasses *.

Le corps se composait de maîtres , d'ouvriers en chambre, de compagnons et d'apprentis.

L'apprentissage durait quatre années effectives (1533).

Avant de se présenter à la maîtrise, le compagnon devait rouler pendant six ans,réduitsà quatre pour les fils de maîtres, ou avoir travaillé deux ans au dehors en qualité de maître

l. Kônigshofen-Schilter, p. 312.

158 CH. III. — s. II. — LA COUR FRANÇAISE DES MONNAIES.

(1533). Des étrangers on exigeait six ans de compagnonnage, dont quatre à Strasbourg (1597); ou même six ans (1657), réduits à quatre pour ceux qui épousaient la fille d'un maître.

Le nombre des compagnons employés par un même maître, fixé à deux en 1363, illimité en 1533, fut restreint à trois (plus un apprenti) en 1567. Cette restriction se basait sur ce que t les maîtres les plus aisés se sont efforcés de gagner et d'attirer dans leurs boutiques les compagnons les plus habiles et de ne laisser tomber en partage aux pauvres maîtres que ceux qui par leur peu de capacité n'ont pu trouver à être placés ailleurs et quelque fois même de ne leur en point laisser du tout, au grand préjudice de ces derniers. >

Le chef d'œuvre comprenait trois pièces : un vase en bosse d'environ 1 72 marc, un sceau gravé et un diamant enchâssé dans une bague d'or. Le travail se faisait en trois mois , avec un grand luxe de précautions.

Pour l'or, le titre réglementaire était de 18 karats en 1323, de 18 V« karats avec 2 grains de remède après 1533 ; pour l'argent , il était de 10 à. 3 grains et se marquait d'une fleur de lis avec les lettres PC. En 1660 la ville autorisa le titre de 9^. 18gr., commun à toute l'Allemagne et depuis longtemps toléré pour les bijoux étrangers. Dès lors les pièces d'un titre supérieur n'étaient plus marquées qu'aux armes de la ville et au poinçon de l'ouvrier.

Les poinçons particuliers datent du xiv* siècle K Après 1687, la ville eut plusieurs sortes de poinçons : l'écusson de Strasbourg surmonté d'une fleur de lis, pour les produits de ses orfèvres ; une demie fleur de lis et un P, pour les objets fabriqués au dehors ; une fleur de lis et un L, pour les ouvrages de 11 S. fin.

Rien ne pouvait être vendu sans avoir été visité par les jurés (deux orfèvres et un autre membre de la tribu), qui inspectaient les boutiques des marchands, et se réunissaient toutes les semaines pour poinçonner ce qui leur était présenté.

•Les ouvrages jugés d'un titre trop faible étaient brisés et

1. La plupart ont été publiés dans les Curiosités d* Alsace, t. 11. p. 151 et suiv.

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