‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 112 sur 391 · HORLOGERS, FOURBISSEURS, BATTEURS ET TIREURS D*OR · texte numérisé non relu

HORLOGERS, FOURBISSEURS, BATTEURS ET TIREURS D*OR

depuis 1743. Le tireur exerce aussi son métier depuis une trentaine d'années. Ils sont soumis à la visite des jurés-gardes. Les batteurs ne peuvent se servir que de l'or le plus fin, qu'ils prennent chez le S^ Imlin , afBneur des orfèvres ; cet or est au moins à 23 % karats, souvent plus pur, grâce à l'emploi de l'antimoine. « Nous n'avançons rien trop légèrement , quand nous disons que nos deux batteurs d'or ont une vogue qui a donné de la jalousie à nos voisins ; car ci-devant il y a eu six batteurs d'or dans la ville de Bàle , mais depuis une quarantaine d'années, que cet art est porté à la dernière perfection à Strasbourg, il n'y en a plus qu'un seul qui puisse se sustenter à Bàle. Dans les villes d'Qlm, Nurenberg , Augsbourg , leur nombre est aussi considérablement diminué par la bonté de nos feuilles. » Or, l'arrêt supprime indirectement les batteurs, en les forçant de tirer leurs matières des affinages de Paris ou de Lyon, et directement le tireur, en prohibant cette industrie « en dehors des villes où se trouvent les argues pour passer et dégrossir les lingots. >

L'administration centrale se rendit sans peine à ces raisons. M.deSechelles écrivit (27 janvier 1756), que le statu quo serait maintenu pour ces métiers, «pourvu que leurs ouvrages soient soumis à l'inspection et à la visite des officiers de la Monnaie, i

Plus tracassière et moins sensible aux intérêts de l'industrie locale, la cour de Strasbourg essaya bientôt de nouvelles chicanes. Profitant d'un arrêt de la cour de Metz contre divers orfèvres (29 juillet 1763) , elle voulut forcer les orfèvres de Strasbourg à travailler au titre de Paris (l**^ oct. 1764). Mais la ville se pourvut en interprétation, et le titre traditionnel fut maintenu (12 janvier 1765). En même temps il fut statué, au profit des orfèvres, que les juifs et les revendeurs, qui leur faisaient concurrence, seraient obligés , comme eux, de tenir registre de tous ceux qui leur vendaient ou achetaient des objets d'or ou d'argent.

Cette obligation qu'ils imposaient à leurs rivaux, les orfèvres la trouvaient eux-mêmes aussi funeste à leur commerce qu'inutile contre les voleurs ; ils en sollicitèrent la réforme. Le règlement de 1727 renfermait encore , à leur avis , plusieurs prescriptions dont la suppression eût été désirable. Le chef d'œuvre doit être examiné par les jurés-gardes, et non par les officiers, qui n'y entendent rien et dont la déplorable feci-

164 CH. m. — s. II. — LA COUR FRANÇAISE DES MONNAIES.

lité multiplie les maîtres *. Le poids de couronne devrait être conservé pour l'or , parce que la clientèle d'Allemagne n'en connaît point d'autre. L'établissement des forges dans les boutiques mêmes est presque impossible pour la plupart des orfèvres , qui ne sont que locataires. Enfin , dans une ville frontière, où les fraudes sont faciles, il serait sage de réserver le commerce si délicat des matières d'or et d'argent aux hommes du métier. Mais ces vœux, inspirés surtout par l'intérêt personnel, trouvèrent peu d'écho. En 1788, nous voyons encore le magistrat soumettre au roi un projet de lettres patentes, qui leur donnait pleine satisfaction. Projets et vœux, tout fut emporté par la tourmente révolutionnaire. QuiN- Le monopole demandé par les orfèvres nous amène à parler

cAiLLERs. d'une affaire, qui souleva les débats les plus orageux. Ce monopole était dans les traditions du commerce strasbourgeois (ord. de 1612, 1646, 1676, etc.). Au commencement du xviii' siècle, s'établirent à Strasbourg des marchands, «connus sous le nom de marchands d'ouvrages de Nurenberg, dans la composition desquels entraient de l'argent haché , de l'acier et de l'écaillé. » Jean-David Wolff et son gendre Bachelin, les premiers quincaillers de Strasbourg , se maintinrent dans les bornes de leur commerce. Mais la chambre des XV dut intervenir (13 mai 1747), pour défendre à leurs successeurs «d exposer en vente ou débiter, hors le temps des foires et du jour de S. Adolphe, aucune vaisselle, ni autre ouvrage d'or et d'argent massif, non plus que des marchandises travaillées ou garnies de pierres fines, i

En 1763, les quincaillers eurent un noirveau conflit avec les fourbisseurs ; et à cette occasion il leur fut interdit tde vendre en ditail, armes, poignées d'épées et autres marchandises qui entrent particulièrement dans le métier des fourbisseurs (24 sept.). > Invoqué par eux, le Conseil Souverain cassa ce jugement (23 janv. 1766), mais il vit son arrêt cassé à son tour par le Conseil d'État (4 juil. 1767). Une seconde sentence des XV contre les quincaillers (i9dèc. 1767), fut de même cassée par le Conseil Souverain (30 janv. 1768) et rétablie par le Conseil d'État (14 oct.).

Peu de temps après (1769), dès tabatières d'or et d'argent,

Page 1