‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 124 sur 391 · DEBUTS ET ORGANISATION · texte numérisé non relu

DEBUTS ET ORGANISATION

moitié. C'est sur cette dernière base que fut arrêté un nouveau traité, passé en 1495 avec l'empereur Maximilien, et renouvelé ea 1504. Dès lors jusqu'à la conquête française les deux seigneuries se partagèrent, par portions égales, la dîme et le change des mines *.

Les travaux ne semblent toutefois poussés avec une certaine activité qu'au commencement du xvi* siècle. En 1502 , Bruno de Ribeaupierre fit ouvrir la galerie S. Guillaume. < C'était un excellent seigneur, un célibataire , qui fit des avances considérables pour cette mine : vin, blé, tout ce qu'il avait , il le distribuait aux ouvriers. » Il alla même si loin dans ses largesses que sa famille le fit interdire. Une sentence arbitrale, rendue en 1513, en exécution de plusieurs conventions antétérieures , lui enleva la direction des mines et le réduisit à une pension alimentaire , jusqu'au paiement intégral de ses nombreuses dettes.

L'entreprise n'en continua pas moins à se développer sous rimpulsion de Conrad Boltznitzer , directeur des mines des pays antérieurs d'Autriche, qui remplaça Bruno à la tête de l'exploitation. Dès 1530, celle-ci occupa près de 2000 ouvriers.

Ils étaient soumis à un règlement spécial (Berckordnung), que l'empereur Maximilien signait à Inspruck, le 20 mai 1517, et qui reçut quelques additions en 1527. Ce code renferme 93 articles, destinés, la plupart, à prévenir les conflits entre les concessionnaires , ou à formuler les principes qui doivent servir à les trancher.

La police des mines appartient au bergrichter (juge des mines). Il préside à la distribution des lots , au partage et à l'essai des minerais , au [règlement des comptes de chaque galerie ; il assure aux ouvriers leurs salaires , empêche la dévastation des forêts, sanctionne tous les contrats, et décide, avec Taide de jurés pris parmi les mineurs, toutes les affaires de dettes , de délits , de dommages intérêts. De lui seul dépendent, les mineurs , les fondeurs , les rouleurs , tous ceux qui , du régisseur jusqu'au charbonnier et au bûcheron, touchent à l'exploitation des mines. Après leur mort, les

1. Sauf pour la galerie S.Guillaume. Maximilien, et après lui Charles V et Ferdinand , renoncèrent à tout droit sur cette galerie , pour dédommager les Ribeaupierre de leurs fournitures de bois et d'une somme de 15,000 fl. qu'ils avaient dépensés pour l'établir.

Leur organisa- TION.

180 CII. IV. — s. II. — MINES DE LIÈVRE.

veuves et les enfants restent sous sa juridiction. Ils ne relèvent du juge ordinaire, ou landrichter, que pour les rentes foncières dues à des étrangers. En cas d'appel contre une sentence du bergrichter^ l'affaire est portée devant la Régence d'Ensisheim, qui doit l'examiner aussitôt et rendre sa sentence dans la quinzaine.

Les mineurs travaillent 8 heures par jour ou par nuit, de 7 à 11, et de 1 à 5. Ils ne font qu'une demi-tâche la veille des grandes fêtes, qu'une demi-semaine à Noël , à Pâques et à la Pentecôte. Aux autres époques de l'année , s'il se rencontre deux fêtes dans la même semaine, on n'en chôme qu'une. Le lundi bleu {gute montag) est sévèrement interdit. Ceux qui arrivent trop tard, ne sont plus admis dans la mine, et, si les irrégularités se répètent fréquemment , reçoivent leur congé.

Le mineur {heyer) a 8 .^. (4 fr.) par semaine ; les manœuvres qui roulent le minerai ou tournent les treuils {truhenleu/er, haspler), 6 ?. (3 fr.) Le forgeron a 'A florin (1 fr. 60) pour aiguiser cent pointes. Les autres salaires ne sont pas indiqués.

Les mineurs jouissent des pâturages (ji^m/i und weid)^ en participant à l'entretien du pâtre, et prennent leur bois dans la forêt commune.

Tout ce qui sert à l'exploitation des mines , tout ce qui en provient, argent, cuivre, plomb, fer, acier, charbon, bois, etc. est exempt des droits de péage et de douane {\ollfrey) \

Lièvre doit être une mine franche , comme les autres mines des terres d'Autriche. On y peut établir, sans aucune espèce d'entrave, tout débit, commerce ou négoce, qui ne sera pas contraire à la religion et à l'honneur (was mit Gott und ehren :{ugehet) ^. Le trafic n'est interdit qu'aux mineurs et surtout à leurs officiers, qui auraient pu abuser de leur position.

Les revenus de la Seigneurie se composaient de la dîme ( ViOî plus tard V2o)et du wechsel ou change (20 kr. ou '/a A- P^^ marc fin). Elle fournissait gratuitement le bois et prenait une part assez large , d'ordinaire le quart , aux dépenses communes, galeries d'écoulement, ventilateurs, etc.

1. Cet article rencontra de Topposition à Schlcttstadt , Brisach et surtout à Châtenois.

2. On verra plus loin que la franchise s'étendait encore à d'autres privilèges.

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