RENDEMENT ET DECADENCE
On le voit, avant que la Haute Alsace ne devint le théâtre de la guerre, avant la peste qui désola le pays en 1633, la situation de nos mines était singulièrement tombée. La production en argent est encore de 1100 marcs en 1631 , de 1200 en 1632, de 920 en 1633; mais à partir de 1635, les archives deviennent muettes.
Les Suédois songèrent un instant à occuper les mines. Mais quand leur commissaire eût constaté que la spéculation aboutirait à un déficit, ils se bornèrent à les frapper de contributions extraordinaires. Ces charges nouvelles, jointes aux désastres d'une guerre qui se prolongea encore pendant de longues années, ruinèrent, pour près d'un siècle , l'industrie minière du val de Lièvre.
Il y eut bien, à ce qu'il paraît *, quelques efforts isolés dans la seconde moitié du xvii* siècle. Mais l'exploitation ne reprit avec suite qu'en 1711. A cette époque, trois négociants de Strasbourg , Simon Knoll , Jacques Durninger et Nicolas Sederer, firent sonder les mines de Lièvre. Le résultat de leurs recherches fut la conclusion d'un bail emphytéotique, conclu avec le prince de Birkenfeld , héritier des Ribeaupierre (30 janvier et 19 février 1711).
Ce traité leur accordait la concession exclusive de toutes les Reprise mines. Ils la perdaient, si les travaux demeuraient suspendus des pendant deux ans, sans force majeure. On leur donnait gra- travaux en tuitement le bois nécessaire à la construction des maisons et *'^^^* des galeries. Le bois pour les fonderies leur était livré à raison de3V2kr. (Ofr. 11), la corde de Paris(3,839 stères), plusl kr. (Ofr. 03) par tronc d'arbre, comme stamgeld. Toutes les terres, chutes d'eau , etc. qui pouvaient leur servir, étaient mises à leur disposition, avec réserve toutefois de dommages intérêts pour les propriétaires évincés.
De son côté la Seigneurie recevait la dîme, plus une part dans les bénéfice^, égale au dividende de trois actions {kux) '; une quatrième action devait être partagée entre les églises
1. Description du Haut-Rhin, p. 417, t. ii. Les faits cités nous semblent douteux. Ainsi la trouvaille de 1696, empruntée à Reber , qui lui même l'avait empruntée à Grandidier, n'est pas autre chose que la trouvaille de 1581.
2. Une mine en avait 128. La Seigneurie obtenait ainsi dans le produit net '/,„ et plus tard */,„.
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catholique et protestante de la vallée. Mais vu l'importance des frais de première installation, la dîme n'était payable qu'à partir de la sixième année.
Le prince de Birkenfeld s'était engagé à solliciter, pour les mineurs, l'exemption des impôts royaux. Il s'adressa donc à Louis XIV et ei^ obtint, le 6 sept. 1712 , des Lettres Patentes qui confirmaient la convention de 1711. Le roi de France ne parle point dans ces lettres des droits de suzeraineté qui lui appartenaient, en qualité de successeur des archiducs d'Autriche. Mais la pétition du prince et le texte même de la Confirmation expliquent ce fait, si étrange au premier abord. Le roi D'après le récit du pétitionnaire, les anciens Seigneurs « ne
TROMPÉ PAR s'estant point trouvés en état de les (les mines) faire valoir, à ^^^ cause des grands frais qu'il faut faire, tant pour l'ouverture
BIRKENFELD. qj^ç pour l'cxploltation , ils auroient proposé aux archiducs d'Autriche d'entrer avec eux en société,à condition que les frais seroient supportés également et par moitié, moyennant quoy les profits seroient partagés de même. » De cette manière la participation des archiducs aux bénéfices des mines, semblait fondée , non sur leurs droits de suzeraineté , mais sur une association commerciale.
Trompée par ce récit , la Cour de France passa outre. De leur côté, les nouveaux seigneurs de Ribeaupierre et leurs agents évitèrent tout ce qui aurait pu exciter des soupçons. Nous en avons la preuve dans une lettre que le sieur Papelier écrivait en 1756 (27 février). Le fidèle, mais peu loyal, chancelier avoue ingénument que, vu la richesse des mines, il a fait modérer les fontes. Il craignait de « donner ombragea la Cour de France et de l'engager à une recherche par laquelle S. A. S. risqueroit de perdre la propriété de la moitié des Mines de S. Marie, qui. . . avoit incontestablement apartenu à la maison d'Autriche, aux droits de laquelle le Roy a été subrogé par la cession de l'Alsace , mais à quoy on n'avoit heureusenient pas fait attention à la Cour de France, en concédant les Lettres Patentes à feu S. A. S., lesquelles cependant seroient toujours sujettes à être révoquées, si ce mistère transpiroit. >
Grâce à ces précautions, le mystère ne transpira point ; et les princes des Deux-Ponts restèrent en tranquille jouissance de leur usurpation.