‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 206 sur 391 · ERREURS DES ÉDITS IMPÉRIAUX · texte numérisé non relu

ERREURS DES ÉDITS IMPÉRIAUX

vierer (162 pièces), 37 3, de frais et 1^. de bénéfice. Le monnayage est ainsi de 5,71 % ; ce chiffre est plus fort que les 3 fr. 54 % accordés par Tédit ; mais il est aussi plus faible que les 7,57 % qu'on payait en 1546. Il y a un seigneuriage, contrairement aux défenses de la diète , mais il n'est que de 0,15%.

Outre cette estimation trop faible des frais de monnayage, les ordonnances de- 1559 présentaient un autre inconvénient, plus grave encore. Elles supposaient à Targent fin un prix fiie et invariable. Elles le cotaient à 10 fl. le marc ; et dès 1571 , il se payait 10 fl. 10 kr. ; en 1581 , il s'élevait à 11 fl. 12 kr. ; en 1592, à 12 fl. etc. Dans ces conditions , il était impossible d'y rester fidèle, sans accepter des pertes sensibles.

Or la ville de Strasbourg ne voulait pas monnayer à perte. Elle ne voulait pas davantage fermer ses ateliers , de peur de paraître renoncer à son droit. Il ne lui restait donc qu'un parti à prtndre : réduire sa fabrication aux proportions les plus étroites, et neutraliser par des compensations, plus ou moins occultes, les hausses successives de l'argent fin.

C'est la conduite qu'elle suivit pendant près d'un demi siècle, avec une réserve chaque jour faiblissante. Elle se borna à feibriquer de temps en temps quelques brèves de deniers, et les jetons de présence, nécessaires au sénat. Aussi le maître monnayeur se plaint-il sans cesse d'être inoccupé. En 1596, il n'a plus, dans son atelier , qu'un ouvrier et un apprenti ; encore le magistrat lui conseille-t-il de les renvoyer : il suffit largement tout seul au service qu'on demande de lui. On lui permet de s'absenter fréquemment pour organiser ailleurs des ateliers monétaires. C'est ainsi qu'il consacra trois mois de Tannée 1606 à la Monnaie du comte de Zollern. En 1614 , il obtint un nouveau congé, pour installer un Munt^werck chez Diane de Croy, duchesse d'Aichot, marquise du Havre.

Quant à la compensation occulte , voici comment on s'y prit. On respecta le titre, mais on augmenta la taille. Nous venons de le voir , en 1571 , on taillait 162 vierer au marc ; d'après les ordonnances , celui-ci n'en devait renfermer que l^ Vî • Le denier vStrasbourgeois ne devait avoir qu'une taille de 480 au marc ; on la porta à 500 en 1572, à 638 en 1611, à 648 en 1613, à 655 en 1614, etc. etc.

En même temps , pour échapper , en partie du moins, à la

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hausse de l'argent fin, on monnayait avec des monnaies étrangères, des bononier^ des espèces lorraines , qu'on n'admettait qu'au dessous de leur valeur réelle, et qu'on pouvait ainsi refondre avec avantage.

Enfin toute retenue cessa vers 1615 , le monnayage reprit alors avec une activité vertigineuse , les monnayeurs ne respectèrent plus ni titre ni taille. Les espèces allemandes, les espèces strasbourgeoises elles-mêmes , furent remises au creuset, pour alimenter cette ardeur de produire. Ce n'était plus par nécessité qu'on altérait la valeur des monnaies, on les refondait par spéculation, pour réaliser de scandaleux bénéfices.

Moulin Cette activité se trouvait merveilleusement secondée par •^ l'invention de machines nouvelles , ou plutôt par l'emploi, jusqu'alors dédaigné à Strasbourg, du moulin à monnaie, Voici en quels termes M. Levrault signale ce fait ^ : € Selon Schœpflin, les thalers strasbourgeois de 1559 ne furent faits qu'au marteau. Nous avons peine à le croire , car ils sont de très-belle venue , et dans le seizième* siècle la monnaie au moulin était déjà en usage.

« Le plus célèbre des maîtres -monnayeurs municipaux de Strasbourg, fut Jean Mock. Il dirigea l'atelier monétaire depuis 1549 jusqu'en 1570, et on peut lui attribuer, sinon les dernières pièces au type florentin de la vierge à la légende Virgo^ etc., au moins une partie de celles qui substituèrent Christe à Virgo. Enl570 il eut pour successeur son fils Gaspard Mock , et ce fut probablement ce dernier qui frappa la belle médaille de Jean de Manderscheid , lors de la paix de 1578, ainsi que celles des fêtes solennelles de 1576 ; peut-être celles de l'alliance suisse de 1588, et celle de George de Brandebourg (1592). Ce Gaspard Mock paraît avoir aussi transmis son oflSce à un fils, troisième du nom à la monnaie de Strasbourg.

« L'un de ces trois Mock, et nous sommes disposé à croire que ce fut le premier, le plus célèbre , fit des essais de fabrication au moulin , par le moyen d'une roue mise en branle

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