‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 207 sur 391 · MOULIN A MONNAYER · texte numérisé non relu

MOULIN A MONNAYER

par la Bruche. Cette dernière circonstance prouve que les premiers essais au moulin ne furent pas faits dans Tatelier monétaire municipal, situé entre les grandes et les petites Arcades, mais bien peut-être dans l'ancien atelier épiscopal, placé près de la rivière, et qui dut à ce voisinage de reprendre un instant quelque vie.

€ En 1614, Jean-Jacques Eichelstein proposa au magistrat un autre procédé de fabrication au moulin. Cet Eichelstein était-il Mûntzmeister ou contemporain du troisième Mock Mûntzmeister .^ C'est ce que l'histoire ne dit pas. A la lecture du passage de Schœpflin, qui mentionne son invention, on serait en droit de faire cette dernière supposition; mais Schœpflin ajoute que le sénat mit à la disposition d'Eichelstein , pour faire ses essais , un lieu près de la halle aux vins (cella vinaria^lQ marché aux vins ou le poêle des vignerons? *) Dans tous les cas, il n'est pas probable que l'on ait entrepris à la fois deux modes de fabrication à l'eau ; l'un sous la direction de Mock, l'autre sous celle d 'Eichelstein. Les procédés du second , qui consistaient dans une presse (Truckwerke), dirigée par une roue, pouvaient être un perfectionnement de l'ancien moulin de Mock.

« A ces mots de presse et de roue, l'on ne peut s'empêcher d'être frappé de l'analogie de l'invention d'Eichelstein avec la moderne presse Tonnelier. Strasbourg aurait-il donc le mérite d'avoir en quelque sorte deviné, il y a plus de deux siècles, le mécanisme qui semble destiné à remplacer bientôt, dans les hôtels des monnaies de France, le balancier Briot, perfectionné par Gingembre ? Et la cité qui vit naître l'imprimerie serait-elle aussi en droit de réclamer comme sienne, l'invention d'un autre levier des temps modernes, la machine aux écus ? »

Écartons d'abord de la discussion quelques détails accessoires, qui préoccupent M. Levrault. Il suflBra pour cela de donner la succession exacte des maîtres monnayeurs de Strasbourg, pendant le cours du xvi« et du xvii« siècle. La voici :

1. Non, on verra plus loin que cette cella vinaria^ est la cave des cordelicrs (Barflisser). Avant le bombardement de 1870, le Musée de peinture et le café Cadc se trouvaient sur cet emplacement.

302 CH. V. — s. II. — LE RENDAGE DANS LA BASSE ALSACE.

Jean Mock, 1515-1534,

Léonard Mock, 1534—1549, fils du précédent,

Jean Mock, 1549—1569, fils du précédent,

Bartholme Scheuring, 1570—1575, antér. schmidtmeister ^forgeron) à la

Monnaie, Jean Rau, 1575—1582, de Mayence, schmidtmeister du comte palatin, Caspar Mock, 15B2— 1621, fils de Jean, ant. mùntzmeister à Colmar, Jean Herrmann, 1622—1634, gendre du précédent, Jean-Casimir Herrmann, 1634—1671, fils du précédent, Jean-Michel Bitsch et son frère.

Passons maintenant au fond même de la question. Aidant de faire part du résultat de nos recherches personnelles, nous avons à citer la source à laquelle a puisé Schœpflin, qui sert lui-même de base au récit de M. Levrault. Cette source est un manuscrit du xvii* siècle, connu sous le nom de Mûnt^buch, et conservé à la bibliothèque du séminaire protestant de Strasbourg. Ce Mùntzbuch est un recueil de notes sur la Monnaie de Strasbourg ; il a été écrit par Joachim Brackenhoflfer, qui fut pendant plusieurs années investi des fonctions de wardein, et qui, ainsi que Son fils Élie *, s'intéressa toujours vivement aux questions monétaires.

Voici la traduction littérale des quelques lignes que Brackenhoflfer consacre au MUnt:{werck de Strasbourg. € En 1559, lorsqu'on frappa à Strasbourg les premiers thalers, le monnayage au marteau était en pleine vigueur, on connaissait fort peu , ou même on ignorait complètement, les truck ou presswerky ou autres machines de ce genre. La ville avait alors pour maître monnayeur Jean Mock (qui dirigea l'atelier de 1549—1570). En 1614, Jacques Eichelstein , proposa une invention remarquable (eine sonderliche Invention) , qui fut agréée et on lui assigna le grenier qui est au-dessus des caves delà ville, dans le couvent des Cordeliers, près de la tour aux Pfennings. Il y installa un truckwerck; la roue était, comme au Gran *, mise en mouvement à bras d'hommes, et il fit ainsi

1. Ce dernier a laissé un Lexique ms. de toutes les monnaies anciennes et modernes, en trois volumes in folio, qui appartiennent à la même bibliothèque. — Depuis que ces lignes furent écrites ces manuscrits sont devenus la proie des flammes. Les bibliothèques de la ville et du séminaire protestant subirent le même sort que le Musée. Elles ont clé les premières victimes du bombardement de Strasbourg.

2. Halle aux vins. Cet édifice tenait sans doute son nom de la grue en allemand ^r^n^ qui servait à charger et à décharger les tonneaux.

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