LIVRES DE ROME ET DE CHARLEMAGNE
Amalarius nous a transmis les règles qui furent adoptées, pour les Chanoines et les Chanoinesses, dans un concile tenu à Aix la Chapelle, en l'année 816. Ces règles déterminent par livres la quantité, non seulement de pain, mais encore de vin, que le% Chanoines doivent recevoir chaque jour. A ce propos Amalarius s'exprime en ces termes : « Nous avons cru devoir marquer par leur poids (ratione ponderis) les rations de pain et de vin assignées aux Chanoines , parce que les mesures varient selon l'usage de chaque province et ne sont pas, em général, réglées comme le poids par une loi de l'Empereur. Ainsi, malgré la diversité et les inégalités de ces mesures, le poids ptiblic imposé aux provinces ^ aux cités et aux mines ne laissera place à aucune inégalité ^ Comme ce poids ne change pas , la quote-part accordée aux Chanoines sera partout la même. On saura toutefois que la livre ne doit pas avoir plus de douze onces. » *
Ces paroles n'ont évidemment qu'un but, celui d'expliquer pourquoi Ton substituait , pour l'évaluation du vin , la livre à Yhémine des Bénédictins. La raison de ce changement se trouve dans la fixité du poids public prescrit à tout l'Empire, fixité que ne partageaient pas, du moins au même degré, les mesures de capacité.
Ca poids public imposé par Charlemagne fiit-il créé par lui. Beaucoup hésitent à le croire. Ils ne peuvent concevoir que les nombreux auteurs qui nous ont conservé les souvenirs du grand régne, aient pu se taire tous sur une réforme aussi importante. Ils en ont conclu que Charlemagne n'a fait qu'appliquer à la monnaie un poids préexistant, employé en concurrence avec la livre romaine. Quelques uns vont même plus loin et croient que la livre carlovingienne servait déjà au monnayage de l'argent sous les derniers mérovingiens *.
Quoi qu'il en soit de ces opinions , si l'origine de la livre carlovingienne est douteuse , son existence ne l'est point. Il est certain qu'elle est la base de la plupart des monnaies de
1. Propter diversitates . . mensurarum quae apud plerosque non œque Kcundum Domini legem.,. habentur... publicum tamen pondus provinciis, civitatibus, metallisque inditum nihil diversitatis aut inœqualitatis pati débet.
2. Nous reviendrons sur ce point dans notre introduction au Chapitre vu.
Charlemagne. L'on s'accorde aussi à en fadre les ^U de la livre romaine. Elle aurait donc valu environ 409 grammes.
La livre de Charlemagne se divisait en 12 onces, comme la livre romaine. Le marc se serait formé à Taide de 8 de ces onces. Telle est la théorie la plus communément reçue. Nous l'accepterons , feute de mieux ; mais nous l'avouerons , les chiffres sont loin de la justifier pleinement. Valeur Nous venons dlndiquer, d'après le prix de ce métal, ce que DE l'or, lïalait un lingot d'argent fin , du poids d'un marc , soit de Strasbourg, soit de Bâle. Est-il possible d'en faire autant pour un lingot d'or? Rien de plus facile en apparence. Aujourd'hui la loi française admet entre l'or et l'argent le rapport, ou pour employer l'expression technique, lei proportion 15 '/« . En d'autres termes, un kilogramme d'or vaut 15 Vi kilogrammes d'argent.
D'après ce principe :
gr. fr. fr.
la livre romaine pesant 327 vaut en argent 72 en or 1116
la livre ccu-loving. » 409 »
le marc français » 244,75 »
le marc de Cologne » 233,85 »
le marc de Strasbourg » 235,55 »
le marc de Bâle » 234,40 »
pRppoRTioN Mais appliquez aux siècles passés ces données si conformes ENTRE l'or au régime légal de la France moderne, vous serez en présence ^'^ des plus frappantes contradictions.
En 1467, la ville de Strasbourg payait le marc d'argent fin 7 fl. Va . Le florin d'or valait donc 51,95 : 7 V» ou 7 fr. 29. Mais à la même époque le florin se monnayait à 19 karats avec une taille de 103 pour un marc et demi de Cologne. Noxis aurons donc :
' ^"'•^^ = 24x(103:Vs)= 24X206 = ^'^^
Ainsi la môme monnaie aurait valu en même temps 7 fr. 29 et 9 fr. 22. Cette conclusion est-elle admissible ?
En 1559 , la diète d'Augsbourg, qui fonda en Allemagne la monnaie de TEmpire, estimait le florin d'or à 75 kreutzer. Il se monnayait alors à 18 k. Vs avec une taille de 72 au marc
de Cologne : il aurait donc valu ~ -— — - = 8, 56. Or
PROPORTION ENTRE l'OR ET l'aRGENT 13
d'après la même diète, le marc fin de Cologne se monnayait en florins d'argent à raison de 612 kr. '/« ; le kreutzer était
donc TTS-TT de 51 fr. 60 ou 0 fr. 842, et 75 kreutzer = 6,31. 612 72
Voilà donc encore le même florin d'or valant en même temps 8fr.56et6fr.31.
Il serait aisé de multiplier à Tinfini les exemples de ce genre. Chaque fois que vous comparerez le cours des monnaies d'or avec la valeur qu'elles devaient avoir d'après le prix actuel de ce métal, vous constaterez un écart considérable.
Mone est le seul écrivain que nous ayons vu contester cette vérité. A l'en croire, ceux qui raisonnent comme nous venons de le faire , ne tiennent pas compte du titre adopté aux différentes époques pour les monnaies d'argent, t Sur les bords
< du Rhin au xii* siècle, le rapport entre l'argent monnayé
< et l'or était de 12 à 1 ; l'argent se monnayait alors à 14 1.
/ 930 \ f 14 gr. */io (777^) ; aujourd'hui que le rapport est de 15 V»
(900 \ — — jd'après la conven-
f tion de 1837. L'ancien titre, comparé au nouveau , était à
< l'or comme 1 à 15 et le nouveau , comparé à l'ancien,
« est à l'or comme 1 à 1 1 T^rr^- La prétendue diflFérence de
« prix entre la valeur des deux métaux au moyen âge et de
• nos jours n'existe donc pas , elle est compensée par la
f différence des titres. Au xiii* siècle on donnait 12 marcs
« d'argent pour un marc d'or, parce que le titre de l'argent
« était plus fin ; aujourd'hui on en donne 15 V2 parce que le
€ titre est moins bon » *.
Nous l'avouerons en toute humilité , il nous est impossible
de comprendre la démonstration de Mone. La voici réduite
en chiffres précis. Si le titre ancien est au titre moderne,
comme la proportion moderne est à la proportion ancienne,
nous aurons :
«0:900-.: «.,.: 12.ou^= !5^„„|=|o„30=24.