‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 24 sur 391 · Zcitschrift 1867. p · texte numérisé non relu

Zcitschrift 1867. p

Telle est en réalité la conclusion à laquelle Mone arrive forcément. Nous doutons qu'elle lui vaille beaucoup d'adhésions. On verra d'ailleurs plus loin ' que la proportion douzième était encore admise à des époques où le titre des monnaies

était de beaucoup inférieur au titre moderne de

Mone se méprend en effet sur la portée des textes. Il s'imagine que la proportion douzième, signalée par lui-même pour le xii« siècle , est basée sur le titre des monnaies. Aucun document n'autorise cette interprétation. Toujours et partout l'or fin est opposé à l'argent fin.

Si la réflexion doit restreindre ce principe , c'est dans un sens tout à fait contraire aux conclusions de Mone. Citons comme preuve le règlement monétaire de 1467 , auquel nous venons de fisdre allusion et que notre savant invoque luimême à son appui. Voici comment il s'exprime :

« Un marc d'or fin et 12 marcs d'argent doivent toujours € avoir la même valeur, et l'on monnaiera de façon à ce que « l'alliage compense le seigneuriage et les frais de fabrication. « Un marc d'or fin valait autrefois 84 fl. et un marc d'argent € 7 florins ; ainsi douze marcs d'argent valaient exactement « un marc d'or. * »

Pour bien comprendre ce texte , il est bon de savoir que le marc d'or fin ne coûtait pas alors 84 fl. ; mais converti en florins il rapportait cette somme. Le marc d'argent fin coûtait 7 florins et par suite les 12 marcs d'argent fin valaient 84 florins ; mais convertis en deniers , ces 12 marcs rapportaient davantage. Ils devaient produire outre le prix d'achat, une somme correspondant au seigneuriage et aux frais de feibrication. Il en résultait que la proportion douzième existait strictement entre l'or fin monnayé et l'argent fin ; mais entre les deux métaux, la proportion était un peu plus faible ; elle flottait entre 11 Va et 12.

Nous reviendrons ailleurs , avec plus de détails , sur cette question de proportion. Il nous suffira de l'avoir indiquée ici,

2. / Marck fines goldes und 12 marck silbers sollent aile i^eit glich gelten und darus mag man mûnt^en ... r Marck fines goldes galt hie vor 84 fi. und I marck silber y fi. Do ist gerad 1 2 marck silber aïs vil als i marck goldes.

ÉTALONS d'or ET d'aRGENT.

d'avoir établi que le rapport 15 Vi n'a pas toujours existé entre Ter et l'argent.

Ce qui nous doit préoccuper en ce moment , c'est la conséquence pratique de ce fait. Nous l'avons montré , le florin d'or valait en 1467, 9 fr. 22, si nous le calculons d'après le prix actuel de l'or ; 7 fr. 29 , si nous prenons pour point de départ le prix actuel de l'argent. Un siècle plus tard , en 1559, le florin d'or, selon la base qu'on adopte , doit être compté à 8fr.56ouà6fr. 31.

Il est évident que nous ne pouvons pas accepter à la fois les deux estimations. Une marchandise ne peut être payée deux prix différents, selon la nature de la monnaie qui sert au solde *. Alors même que le négociant semblerait formuler une exigence de ce genre ; alors même qu'il vous dirait : je vous cède cet objet pour 10 francs en argent monnayé, ou pour 50 ^ncs en assignats , il ne vous fait au fond qu'un seul et mèiîie prix. Il serait absurde de sa part de vous adresser un pareil langage , si au moment où il parle , d'après les cours reçus autour de lui , 50 francs en assignats et 10 francs en argent monnayé n'avaient pas exactement la même valeur. Quand donc en 1467 une marchandise se vendait un florin et qu'on était en droit de la payer avec une pièce d'or qui vaudrait aujourd'hui 9 fr. 22, ou avec une somme d'argent qui ne vaudrait que 7 fr. 29 , vous êtes forcé d'en conclure que la pièce d'or ne valait que 7 fr. 29 ou que les 7 fr. 29 en ai^nt valaient 9 fr. 22. En d'autres termes , vous êtes forcé d'opter entre l'étalon d'argent et l'étalon d'or.

Étalons

d'or et

d'argent.

1. Ce principe a pourtant été méconnu par M. Hegel, et c'est par réaction contre la théorie de ce savant que Mone a été jeté dans les erreurs que nous avons dû relever plus haut. M. Hegel avait soutenu — et il soutient encore dans ses Chroniques de Strasbourg (p. 1001) — que, vu la proportion alors admise entre les deux métaux , il faut toujours , quand on indique le prix des choses au moyen-âge, établir un double calcul , faire connaître ce qu'elles coûtaient en or et en argent. C'est ainsi qu'il vous dira (p. 1008) qu'un cheval de bataille valait à Strasbourg en 1395, payé en argent 350 fr. et payé en or 493 fr. 18. Que dire d'un pareil système, contraire aux principes les plus élémentaires du bon sens et de la science économique ? Celui qui vendait ce cheval, en 1395, ne demandait et ne recevait qu'un prix. Qu'on le payât en or ou en argent, on ne lui donnait qu'une même somme, soit 350 fr. si vous estimez les monnaies anciennes d'après la valeur actuelle de l'argent, soit 49C fr. 18, si vous les calculez d'après la valeur actuelle de Tor.

Quel étalon choisir? S'il s'agissait d'une question d'écono- .mie spéculative, on pourrait hésiter et discuter. Mais ici le problème se pose sous une forme précise et historique. Si nous voulons être exacts , fidèles à la vérité , nous nous demanderons , non pas quel étalon est le plus avantageux , le plus commode, le plus rationnel, mais quel fut l'étalon suivi par nos pères.

Placée sur ce terrain , la discussion n'est pas possible. Personne n'ignore que l'avènement des Carlovingiens a supprimé le monnayage de l'or. Celui-ci ne reprit en Allemagne qu'à la fin du xiv« siècle. Si dans les temps postérieurs les ateliers monétaires eurent souvent pour but de maintenir une exacte proportion entre les monnaies d'or et les monnaies d'argent, celles-ci ne cessèrent jamais d'être l'objet principal de leurs préoccupations. Aujourd'hui encore l'argent est l'étalon réel de l'Allemagne ; les espèces d'or y sont considérées comme une marchandise, dont le prix monte et baisse selon les fluctuations du commerce.

L'étalon d'argent est donc le seul que nous puissions logiquement adopter pour notre travail.

Il suit de là , que pour nous , au point de vue économique, les espèces d'or n'ont aucune valeur absolue. Vous avez beau savoir quels sont leurs titres et leurs tailles, vous pourrez à l'aide de ces données établir quelle serait leur valeur actuelle , vous n'êtes point en droit de dire quel fut leur cours réel à telle ou telle époque de l'histoire. Pour être édifié sur ce sujet — le seul important à notre point de vue — il faut connaître à quelle somme d'argent ces espèces d'or répondaient à la même époque. En d'autres termes, la valeur historique d'une monnaie d'or ne nous est donnée que par des renseignements de change. Si ceux-ci nous font défaut , nous ne pouvons y suppléer que d'une manière, par la connaissance de la proportion que les contemporains admettaient entre les deux métaux. Ainsi en supposant la proportion douzième pour les deux cas cités plus haut, le marc d'or fin vaudra 619 fr.

on • '• ijon 619,20X19X3 . .,

20 : nous aurons ainsi pour 1467, - ^/ —zr^ - =7fr. 14 ' ^ ' 24x206

.__ 619,20xl8V« r,, a^ n AU. et pour 1559, — — = 6 fr. 65. Ces résultats, on

2^4 P^ IZà

ÉTALONS d'or ET d'aRGENT. 17

le voit, ne diffèrent pas notablement de ceux que le change nous a directement fournis. *

Il serait donc dangereux de penser avec Mone qu'il n'est pas possible (nicht mœglich) de se baser sur les données du change, sous prétexte qu elles étaient sans cesse modifiées par ïagio^ etc. etc. ; que ces calculs vous conduisent à des conclusions arbitraires^ parcequ'on n'a pas des renseignements suivis pour toutes les années et tous les lieux. * Un critique intelligent et attentif, qui ne se borne pas à enregistrer aveuglément les indications qu'il rencontre, ne se laissera point arrêter par ces prétendues impossibilités. Éclairé par une étude sérieuse de la proportion admise entre les deux métaux, par les modifications qui surviennent dans la valeur intrinsèque des espèces d'or ou d'argent , par les renseignements de change qui se rapportent soit à des lieux voisins , soit aux années antérieures ou suivantes, il saura toujours combler les lacunes qui se présentent , distinguer le cours normal d'une monnaie des cours factices ou excentriques, que des causes accidentelles pourraient provoquer.

Quelles que soient d'ailleurs ces difficultés , il faut passer par là. La proportion entre l'or et l'argent n'a pas toujours été 15 Va comme aujourd'hui , c'est un fait incontestable. Il résulte de là, que si vous gardez dans vos calculs les deux étalons , vous trouverez pour chaque njonnaie deux valeurs différentes. Il est donc nécessaire, pour échapper à cette conséquence absurde, de n'admettre qu'un étalon. Et cela posé, si vous adoptez l'étalon d'argent , les monnaies d'or n'auront plus qu'une valeur de change ; si vous adoptez l'étalon d'or, ce seront les monnaies d'argent qui perdront leur valeur absolue. Quoi que vous fassiez, quel que soit votre choix, vous serez toujours forcé , pour l'un ou l'autre métal , de vous appuyer sur les données du change.

Mais, nous objectera-t-on peut-être, pourquoi insister sur rétalon d'argent ? Le choix de l'étalon n'est-il pas en réalité assez indifiFérent ?

L'objection est spécieuse et peut paraître fondée. Lorsque

1. L'écart n'est sensible que pour 1559, il serait nul si nous avions pris le ducat pour point de comparaison. L'édit de 1559, hostile au florin, Ta coté au dessous de sa valeur relative.

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