Germanie, Ch. xii, xv, v
ne se soit pas rencontré chez les Carlovingiens et même sous la première race. Nous nous bornons à affirmer qu^avant de devenir une monnaie de compte, ce sou a dû être une monnaie réelle.
Et cette monnaie réelle , dans notre conviction , n'est pas autre chose que le sou d'or lui-même.
Rappelons-nous les paroles que nous venons d'emprunter à Tacite. Les Germains préféraient l'argent à l'or, et cette préférence demeura si bien leur caractère dominant , que le triomphe des Carlovingiens, qui est une seconde invasion de Germains, amena la suppression presque complète des monnaies d'or. Parmi les pièces d'argent, ils préféraient les pièces dentelées ou signées d'un bige. Or ces monnaies remontaient à la première émission de deniers, et pesaient Vts de la livre. Douze de ces deniers valaient exactement, d'après la proportion douzième, un sou d'or de Constantin. La même proportion douzième existe encore entre les deniers antérieurs à Constantin et l'aureus, si l'on n'estime celui-ci qu'à Vsi de la livre d'or. Ajoutons enfin, que ces sous de 12 deniers se rencontrent précisément chez ceux des peuples barbares, qui restèrent les plus fidèles aux anciennes traditions germaniques *.
Mais, nous objectera-t-on peut-être avec M. Guèrard *, il n'existe qu'une espèce de deniers mérovingiens; et les différences qu'on trouve dans leur poids , sont trop faibles pour qu'ils aient pu appartenir à deux systèmes distincts. Nous acceptons volontiers ce fait. Aussi n'avons-nous pas dit que les Mérovingiens aient fabriqué des deniers, qui fussent le douzième du sou d'or. Mais les Romains en avaient émis, qui avaient cette valeur; et, le goût des Germains pour ces anciennes espèces une fois constaté, tous ceux qui avaient intérêt à les flatter, le commerce et la politique, devaient rivaliser d'ardeur à faire affluer chez eux ces monnaies, d'ailleurs décriées dans le reste de l'Empire. Ce n'est pas là une pure conjecture. Lorsqu'on ouvrit à Tournay, en 1653, le tombeau de Childéric I*' (mort en 481), on y trouva 200 pièces d'argent : parpai
1. Les Allémans, les Bavarois, les Francs ripuaires. Les Burgonde> et les Wisigoths, établis en plein territoire romain, ne connaissent que le sou de 40 deniers. Les Saliens emploient en même temps les deux systèmes.