Polyptyque d'Irminon, t. i, p. 114 et
celles-ci 42 seulement étaient reconnaissables , et 40 d'entre elles étaient antérieures à la fin du ii* siècle.
Enfin, et cet argument nous semble péremptoire, le denier qui était le 12« du sou , porte encore dans les textes, qui le mentionnent, un nom caractéristique. Il s'appelle saiga, qui est évidemment le mot allemand sàge^ scie ^ Comment ne pas reconnaître dans ce saiga, les serrâtes de Tacite ?
Qu'on admette notre conjecture, et tout s'explique naturellement. Il n'y eut d'abord qu'un sou et qu'un tremissis , le sou et le tremissis d'or. Chez les populations gallo romaines, comme dans tout l'Empire après Constantin, l'or abonde, l'argent ne sert que comme monnaie d'appoint; on recherche les petites pièces , appelées souvent siliques , qui n'étaient guère que le tiers du denier légal, le quarantième du sou d'or. Les peuples germaniques, au contraire, conservent pour l'or leur répugnance traditionnelle ; ils préfèrent , même pour les sommes considérables, le paiement en argent ; les vieux deniers de Rome, les gros deniers, se réfugient chez eux et y ont cours pour le douzième du sou d'or.
Mais tout passe avec le temps. Les vieux deniers s'usent, se perdent, se refondent, et comme ceux qui disparaissent ne sont pas remplacés par des émissions nouvelles , ils finissent par manquer au commerce. Alors il fallut bien recourir aux nouveaux petits deniers, qui furent reçus comme tiers du saiga '. Alors l'habitude de compter par sous de 12 saiga, a pu s'étendre à ces nouveaux deniers et donner naissance au sou de compte.
Cette question vidée, revenons à notre sujet principal.
Le sou d'or fut donc, au iv* siècle, VT2de la livre. Il conserva cette valeur au v* siècle, mais il la perdit en Gaule à la fin du vi«. En 584, pendant l'insurrection de Gundovald, l'empereur
1. Lex Alam. t. vi, 3. Saiga autem est quarta tremissis^ hoc est^ denarius unus. . . Tremissis est tertia pars solidi et sunt denarii quatuor. D'après ce textCf on voit que dans le système de nos adversaires, il faudrait encore créer un tremissis de compte^ ce qu'ils ont oublié de faire.
2. Lex. Baj. t. viii. 3, Si unussaigam^ id est, très denarios furaverit. Le saiga valait exactement 3 s, Vio, mais personne ne s'étonnera qu'on ait nég-ligé ce Vioi surtout à l'occasion d'une monnaie affaiblie par l'usure et presque disparue de la circulation. On voit par plusieurs capitulaires (Baluze i p. 350) que compter les sous à 12 d. c'est Vantiqua consuetudo.
Maurice fit frapper à Marseille des sous et des trientes, qui, au lieu de 24 et 8 siliques , n'en pesaient que 21 et 7. On taille ainsi dans la livre , non plus 72 , mais 82 */? sous. Le roi des Visigoths Léovigild (572 — 586) et son successeur Récarède avaient aussi adopté le même pied. L'exemple fut suivi bientôt partout , le solidus francus se distingua dans les documents du solidus romanusy et Ton rencontre même beaucoup d'aurd, dont le poids suppose une taille de 87 à 90 à la livre.
L'étude des deniers d'argent présente de plus grandes difficultés. A défaut de renseignements diplomatiques, les Numismates ont cherché à déterminer leur valeur par des pesées. Ils n'admettent qu'un seul denier , auquel Guérard ' donne pour poids légal 21 V« grains ou 1,14 grammes; Longpérier* et Cartier ^, 24 grains ou 1,27 grammes ; MûUer ♦, 26 grains ou 1,38 grammes. En réalité on ne connaît guère jusqu'ici que 300 deniers mérovingiens , d'une conservation souvent fort imparfaite et dont l'âge exact est presque toujours inconnu. Leur poids varie entre 16 et 27 grains, 0,85 et 1,43 grammes.
Pour nous, nous l'avouerons franchement, s'il nous semble évident que ces deniers se rapportent tous à un même système, il nous semble non moins évident, que le denier Mérovingien n'a pas dû demeurer invariable pendant deux siècles et demi. La loi fatale, qui condamne à une dépréciation successive toutes les valeurs monétaires, n'a pas pu être suspendue pour l'époque mérovingienne, où la concurrence de plusieurs centaines d'ateliers favorisait étrangement la hausse des métaux précieux. D'un autre côté, le denier devait être modifié, ne fût-ce que pour le maintenir en rapport avec les espèces d'or, qui furent plusieurs fois diminuées^ nous l'avons vu, pendant cette période.
Cette dernière réflexion nous a suggéré l'idée de déduire des monnaies d'or, la valeur et le poids des deniers d'argent. La base de ces calculs repose sur une hypothèse qui n'est pas prouvée, il est vrai, mais qui est très-plausible. Sous l'empire romain, on admettait entre l'or et l'argent la proportion dou-