Arch. de Colmar. Dette de
352 CH. VII. — s. I. — LE MARC D*ARGENT.
partie du moins, les conséquences funestes d'un monnayage purement local.
Le bon sens suffirait à lui seul pour nous faire admettre cet usage des lingots. Mais nous n'en sommes pas réduits à de simples conjectures. Dans son livre de Regimine Principutn , S. Thomas d'Aquin nous expose, à la fois, et le mal et le remède qu'on lui opposait. « Lorsque des monnaies étrangères , dit-il , sont employées dans les échanges, il faut recourir à l'art des Changeurs, parceque ces monnaies ont au dehors moins de valeur que dans leur patrie. De là une perte inévitable (et hoc sine damno esse non potest). Cela arrive surtout en Allemagne, et dans les régions voisines. Aussi y est-on forcé, quand on va d'un lieu à un autre , d'emporter des lingots d'or et d'argent (massam auri et argenti)^ et on en vend autant qu'il en faut pour payer ce qu'on achète. ^
C'est à cet usage que se rapporte le règlement des Husgenossen bâlois (1289), déjà cité plus haut. «Les susdits changeurs, et les autres habitants de Bâle, bourgeois, chevaliers ou prêtres, peuvent acheter de l'argent sans dommage dans les circonstances suivarltes: pour achat de propriétés, pour viatique de pèlerins qui visitent les saints , pour étude louable dans les écoles, pour acquisition de chevaux ou d'armes, le tout sans fraude. » Et plus loin : « Les bourgeois et les étrangers doivent vendre leur argent à la Monnaie ou aux Changeurs. S'ils ne le font pas, ils paieront à la Monnaie 4 è. par marc. . . Ce qui est vendu aux Changeurs ne paie rien, i
La mêrtie pensée se retrouve à Strasbourg dans l'art. 78 du code d'Erchambaud. «Tout monnayeur habitant au dehors de la cité, doit payer le seigneuriage de l'argent qu'il y achète >
Rien déplus fecile à saisir que la portée de ces prescriptions. La monnaie pouvait convertir en espèces les lingots dont elle disposait, et percevait sur cette opération le bénéfice connu sous le nom de seigneuriage. Ce bénéfice, elle y renonçait, quand elle cédait son argent en lingots ; elle en était frustrée, lorsque le lingot au lieu de passer par ses mains, ou par celles de ses changeurs officiels, était directement remis à quelque particulier. Elle se croyait donc en droit, dans ces deux cas, d'exiger le paiement du seigneuriage.
La règle souffrait pourtant des exceptions. On vient de voir rénumération des circontances assez nombreuses, dans Its-