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LE THALER

Cet écart de 2 ^, peut être regardé comme la compensation des avances considérables faites aux mines sans intérêt , et des frais de transport qui restaient à la charge des Monnaies. Mais indépendamment de ce détail, le règlement réservait un seigneuriage qui, selon les espèces, variait entre 1,14 et 2 Vo. Défalcation faite du salaire de l'essayeur (4 ^. ou 0 fr. 91 par essai) et du contrôleur (3 ^. ou 0 fr. 69 par jour), payé, sur le produit du seigneuriage, il restait encore un honnête bénéfice, que devait grossir chaque jour l'activité déployée, à cette époque, par les ateliers de la Confédération.

Il n'en fut plus de même, lorsque le prix de l'argent fin s'éleva en 1543 à 9 fl. Ve , et en 1645 à 9 fl. 74 • Supposons les mêmes frais de monnayage pour ces diverses époques, et nous arriverons aux résultats suivants.

Sur les batzen par marc fin :

1533. Targ.coûic 2700 ^., moimay.96 d.^ total 2796 «J., rapport 2840 <J., bénéfice 44 «r.ou l,,')5*'/ç 1543. 2750 96 2846 2840 P«rtc 6 0,21

Sur les blaphart par marc fin :

1533. 2700 120 2820 2856 bénéfice 36 ou l,26*/o

1543. 2750 120 2870 2856 perle 14 0,49

On aboutirait à des conclusions analogues, en opérant sur les autres espèces. Aux pertes données par ces calculs, il faudrait encore ajouter les salaires des essayeurs et des contrôleurs, les frais de transport de l'argent, les avances gratuites faites aux mines, etc.

Dans ces conditions , le monnayage devenait ruineux , si Le thaler. la Confédération n'avait obtenu de l'Empereur, en 1542 , le droit de fabriquer des thalers. On en taillait 8 dans un marc d'alliage à, 14 lotbs V4 . Donc, titre 890,6; poids brut 29 gr. 281 ; poids en argent 26 gr. 032. On frappait aussi, au même titre et avec une taille proportionnelle, des moitiés, des tiers {dickpfenning) et des quarts {prier) de thaler.

Ce thaler, dont la valeur intrinsèque n'était que de 5 fr. 73, était reçu pour 68 kreutzer ou 17 batzen. De là un fait étrange et presque incroyable. Monnayé en thalers, le marc fin rapportait 610 kreutzers % ; tandis qu'il ne produisait, en batzen, que 568 kreutzers. Lre thaler, avec une valeur intrinsèque de

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5 fr. 73, était Téquivalent de 17 batzen, dont la valeur intrinsèque (0 fr. 364 X 17) s'élevait à 6 fr. 19.

C'était le renversenient des principes les plus universellement admis. De tout temps, on a exigé moins de valeur intrinsèque des monnaies d'appoint que des grosses espèces.

Le droit d'émettre des thalers était donc ainsi un privilège précieux. On conçoit que la confédération, à peine investie de ce droit , ait décidé (31 mars 1542) la fabrication de 4 à 5000 marcs de thalers.

Sans le monnayage des thalers , pratiqué sur une vaste échelle, nous ne comprendrions rien à une convention faite en 1547 entre la ville de Colmar et le maître monnayeur Louis Rosenfarb. Celui-ci s'engageait à suivre le règlement de 1533, prenait à sa charge les appointements des contrôleurs et des essayeurs, et payait en outre à la ville un seigneuriage moyen de 3 kr. par marc d'alliage, de 6 kreutzers par marc fin, environ 1 % . Ces conditions étaient évidemment absurdes et ruineuses pour le monnayeur, s'il ne trouvait pas dans la fabrication des thalers une large source de compensation.

Nous avons prouvé tout-à-l'heure la nécessité de cette compensation. Voici un rapport que les quatre villes confédérées envoyaient sur cette question à la Régence d'Ensisheim, le 24 janvier 1553. Il compte le marc fin à 9fl. Va , pris aux mines ; à 9 fl. 8 /^. 5 ^., ou 9 fl. Va , livré aux Monnaies. Il remarque en outre qu'il néglige les intérêts d'une somme de UOOà 1200fl., prêtée aux mines par pure gracieuseté. Ses chiffres se réfèrent au marc d'alliage, nous les réduisons tous en steblers, pour la commodité du lecteur.

blaphart, coût de l'arg. 1404 '/«, monnay. 78, total 1482 V,, apport 1431, déficit 5P ,

doppelvierer 1362 102 1464 1408 56

Vierer 1182 V* 108 .1290 V* 1248 42 V,

rappen 1137 V, 119 1256 V, 1216 40V,

hellers 1137 V, 133 1270V, 1232 38 V,

thalers 2194'/4 108 2602 '/« 2720,bciiéf.ll7*'4

D'après ces données, les confédérés éprouvent sur les

blaphart, ««« P«rtc de 3,60*/<„ qui peut être réduite à 2,34, par le remède roaxiuium 2«

doppelvierer 3,98 2,00 24-32

vierer 3,38 2,10 IW^

rappen 3,33 o,70 32

hellers 3,12 o 32-40

Ces pertes pouvaient encore être atténuées par le remède de titre, qui était de un grain par marc. Mais on conçoit qu'il est impossible de profiter, en pratique, de toute la latitude que laisse la tolérance légale.

Il n'y avait donc de réellement rémunératoire que la fabrication des thalers. On réalisait sur cette espèce un bénéfice de 4,54%.

Un pareil profit pouvait servir de dédommagement aux monnayeurs ; mais la situation n'en était pas moins mauvaise en elle-même. Elle devait avoir pour résultat l'exportation des monnaies d'appoint.

La réforme n'eut cependant lieu qu'en 1555, au moment où le prix de l'argent fin coûtait 9 fl. 50 kr. dans les mines, 10 fl. rendu dans les ateliers monétaires et tous frais compensés.

Avant cette époque avait paru le premier cdit créateur de la monnaie d'Empire (1551). La place que les archiducs d'Autriche occupaient dans la Confédération de la Rappenmûntz, ne permettait pas à celle-ci d'échapper aux conséquences de l'ordonnance impériale. Le traité de 1555 statue donc, que la Confédération convertirait en espèces d'Empire le tiers de son argent; le reste pouvait être transformé en monnaies locales. Mais celles-ci furent elles mêmes mises en rapport avec le pied commun.

Dans un marc d'alliage, on taillait 114 blaphart et 172 doppelvierer à 7i6 ; 297 vierer à Vie ; 550 rappen à 5 V2 loths ; 1032 hellers à ^le fin. En d'autres termes :

Monnaies

Poids brut.

Poids en arg.

Val. int.

Val. num.

plaphart . . .

doppelvicrer vierer ....

rappen . . .

helfers ....

2 gr. 051 1 36 0 787 0 425 0 2«6

0 gr. 897 0 595 0 295 0 116 0 071

0 fr. 198 0 131 0 065 0 032 0 0156

Le marc de Cologne fut substitué à cette époque â l'ancien marc de la Haute Alsace.

Le traité, conclu avec les mines en 1555, ne fut pas continué en 1558, et les négociations traînèrent jusqu'en 1563. Pendant ce temps la Confédération privée de métaux précieux, ou forcée de se les procurer à des conditions plus onéreuses, dutdimi-

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nuer Timportance de son monnayage et aflfaiblir, soit le titre, soit la taille de ses monnaies.

Le premier de ces faits nous est prouvé par les archives de laRégence d'Ensisheim. Elles nous apprennent en eflfetquele pays avait été envahi par une quantité considérable de monnaies étrangères. En 1565, quand on fit la collecte du maimis denier , le receveur général de Thann , sur une perception totale de 7305 ^. 16 /*., toucha 4436^. 12 f^., plus des % , en espèces lorraines. LaRégence songea d'abord à les refondre, mais, réflexion faite, elle trouva plus avantageux de les renvoyer aux mines lorraines deSt. Marie, en paiement de leurs lingots. Son agent, Jean Tubinger, en écoula de la sorte, pendant les années 1564 — 1566, pour plusieurs centaines de mille francs.

Quant à l'afiFaiblissement de la Rappenmûnt^^ nous en trouvons des traces fréquentes dans les comptes de la douane de Colmar. D'après de nombreuses indications de change, se rapportant aux années 1564 — 1566, la valeur des nouveaux ^. serait de Vi5 plus grande que celle des anciens *.0r cesancieos à, ne sauraient être les à. de 1555, qui, on le verra bientôt, ne diflféraient point de ceux de 1564. Il faut donc admettre que pendant la crise, qui s'étendit de 1558 à 1563, ou plutôt vers la fin de cette période, on eut recours à une légère altération des monnaies. L'affaiblissement ne fut sans doute pas de Vis- En pareil cas, on exagère toujours; mais il n'en dut pas moins atteindre des proportions sensibles.

DE 1564. La paix rétablie, l'approvisionnement des monnaies assuré de nouveau, la Confédération arrêta un règlement général peu différent de celui de 1555, mais plus directement en rapport avec les ordonnances impériales de 1559. On y voit figurer des gulden (60 kr.) 9 Va à 14 1. 16 gr. ; des demi florins et desi^eAener (10 kr.) au même titre, mais avec une taille proportionnelle ; des doppelvierer ( % kr.) 171 à 7 1. ; des vierer ( % kr.) 293 % à 6 l.;des rappen( % kr.) et des hellers ( Vs kr.)550 et 1140p. à 5 Vs loths. En d'autres termes :

1. On y lit par exemple : Hat der Ungelter. , . în heiîig Creut:^ Rechnung, die beyde Jargefell a, 64 und 6s empfangen , jemelier werung 48 ^ S ^.. tût jet^iger werung nach, fw guettent gelt gemacht, 44 ^. 14 fi.

Titre

Poids.

en argent.

Val, int.

Val. num.

gulden ....

24 gr. 615

22 gr. 90 1

5 fr. 05

5 fr. 10

\', gulden . .

zehener . . .

doppelvierer

vierer ....

rappen. . . .

helfcrs. . . .

Quelques unes de ces espèces étaient des monnaies d'Empire. Il fut convenu que Bâle mettrait sur les siennes : d'un côté, l'aigle impériale à deux têtes, le globe sur la poitrine et sur le globe le cbifiFre indiquant en kreutzers la valeur de la pièce, avec la légende bâloise Domine conserva nos in pace ; de l'autre, les armes de la ville et la légende Moneta nova civitatis basilien. Colmar, comme ville impériale, suivait les prescriptions des ordonnances de 1559, et en place du Domine, etc. inscrivait la légende réglementaire Ferdinandi Imp. Aug, F. F. decreto. Fribourg, Brisach etThann, plus directement rattachés à la maison d'Autriche, substituaient à Taigle l'effigie de l'Empereur.

Tous les détails du monnayage ainsi réglés, ilrestaitencore deux graves difficultés à résoudre.

Il fallait d'abord obtenir le retrait des anciennes espèces. On ne put s'entendre sur ce point dans une conférence réunie, le 10 juillet 1564, à la demande de la Régence d'Ensisheim. La mortalité qui éclata peu de temps après, retarda ensuite les négociations, et ce n'est qu'à la fin de l'année 1565, qu'un décri général fut promulgué.

Il fut moins facile encore d'arriver à l'observation exacte et On monnaie fidèle du règlement nouveau. Il supprimait touteespèce dere- ^ perte. mède et laissait, entre l'argent fin et l'argent monnayé, un écart si faible, qu'il était difficile de s'en tirer sans perte. On s'était strictement conformé à l'édit de 1559, dont notre règlement reproduit les |§ 3, 4, 5, 16 et 27. Mais cet édit, déjà parcimonieux dans la somme qu'il allouait pour frais de monnayage, comptait le marc fin à 12 fl. Or les confédérés le payaient 12 fl.5kr. pris aux mines. Ils avaient en outre à subir des frais de transport plus ou moins considérables, et perdaient, par an, de 5 à 600 fl., pour intérêts d'avances qu'ils faisaient gratuitement aux mineurs.

Nous avons déjà cité (p. 329) les chiffres , que présentait

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à cette occasion la ville de Thann. Nous les rappellerons cependant, parce que rien n'éclaire mieux les embarras delà situation. Le marc fin, avec le transport (4 kr. Vs ), lui revient à 10 fl. 9 kr. Vs . Elle débourse de plus pour monnayage des

gulden .... 9 kr., tôt, 10 fl. 18 kr. ^/j, et en relire 10 fl. 12 V, kr..pene 6 kr. ^f^^ ou 1,0"2 \

zehener ... 12 10 21 *U 10 12 V, 9 \o ^i^â

doppelvierer 20 lo 29 */& lo 25 Vs 4 Vs «,"3

vierer .... 24 10 33 *j^ 10 26 7 % 1,36

rappen. ... 36 10 45 Vs lo 40 5 Vj o,90

hellers. ... 48 10 57 Vs H 3 Vs; ^^"^^- ^ *;5 Ml

Ces calculs étaient si sincères et si péremptoires, que la ville de Thann ferma son atelier. Elle ne monnayait que par délégation des archiducs. Dès que cette faveur devenait si évidemment onéreuse, elle refusa d'en user, et abandonna aux autres membres de la Confédération les lingots qui lui revenaient.

Ceux-ci restèrent à leur poste par amour propre, et soutenus par Tespoir d'un avenir meilleur. Leur attente ne fut pas justifiée. En 1570, la ville de Bàle constatait avec douleur, qu'après avoir monnayé, de 1565 à 1570, la quantité de 39231 marcs d'argent fin (environ deux millions), elle subissait une perte de 4129 fl., un peu plus de 21000 fr.

Aussi songea-t-on à cette époque (1570) à une réforme complète du pied monétaire. On conservait pour la plupart des espèces la taille de 1564, mais on mettait le titre des premières à 14 1. 4 gr. ; les doppelvierer à 6 l . 14 ; les vierer (294 p.) à 5 1. 14 ; les rappen et les hellers (1100 p.) à 5 1. 6 gr. :

Titre.

Poids.

en argent.

VaL int.

florins ....

4 fr. 75

demi florins

zehener . . .

doppelvierer

vierer ....

rappen. . . .

hellers. . . .

Mais nous doutons que ce règlement ait pu être mis en pratique, du moins pour les grosses espèces. L'écart entre la valeur intrinsèque et la valeur numéraire était trop considérable. On foulait trop ouvertement aux pieds les prescriptions des édits impériaux , pour que lès diètes de vérification aient pu tolérer de pareils excès.

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