ON MONNAIE A PERTE
Il est plus facile d'admettre que les monnayeurs de la Haute Alsace auront fait comme ceux de Strasbourg. Ils durent respecter le titre légal, en se rabattant sur la taille.
C'est ce qui semble du reste confirmé par un incident inattendu, qui ne manqua pasde leurcauser un grand émoi. Le l^"^ juin 1573, les florins de la Confédération furent dénoncés aux cercles de la Souabe et de la Franconie. Au lieu de 60 kr., ils valaient, disait-on, à Bâle 58 7io; à Brisach et à Fribourg 59 7i5; à Colmar, 59^735. Le déficit signalé est plus faible qu'il ne Teût été d'après le projet de 1570; en second lieu, il porte sur la taille et non sur le titre des pièces.
Ce fait ressort des essais que Ton fit à Brisach le 9septembre, pour contrôler les critiques de la diète. Voici le résultat des épreuves :
Bâle . . . titre 14 1. 16, 9 Vt ''• P^n' 15 1. "^/j déC par marc 23 hcllcrs, par pièce i/, kr. Brisach . 14 15 15 ^/« 33 '/lo
Fribourg 14 16 15 Wg 28 */5
Colmar . M 16 V, 15 '/ae 41 ^«/i5
Murbach U 16 15 ^% 25 «/is
La diète monétaire ne s'était pas bornée à condamner les florins de la Haute-Alsace, elle menaçait de les mettre au ban de l'Empire ; elle chargeait les archiducs d'Autriche de feire punir les monnayeurs et d'exiger une prompte réforme.
Dans leur réponse (26 sept.), les inculpés ne nièrent point l'irrégularité de leur taille. Mais nos florins, disaient-ils, n'en valent pas moins que ceux des États qui nous censurent, ils font même prime en bien des lieux à cause de leur bonne qualité.
Une pareille lettre ne suffisait point pour détourner l'orage, dont la Confédération était menacée. Mais il est permis de croire qu'on ne négligea pas de recourir à des moyens plus efficaces et qu'on ménagea pendant quelque temps les préventions de la diète , soit en supprimant le monnayage des florins , soit en se rapprochant davantage des prescriptions réglementaires.
Pour les espèces d'appoint et les monnaies locales, qu*on surveillait avec moins de rigueur , les Confédérés se donnèrent sans doute plus de liberté. Une nouvelle hausse de l'argent fin, qui arriva en 1578 , prouve cet affaiblissement successif des petites espèces, en même temps qu'elle en faisait une né-
Monnaies
DKS
AKCHIDUCS
422 CH. VII — s. III. — MONNAIES DE BALE ET DE COLMAR.
cessité pratique. Le prix du marc monta à 10 fl. 25 kr., et les mineurs en avaient demandé 10 fl. 32 kr. Ajoutez à cette somme les frais de transport et de fabrication, et vous reconnaîtrez que, pour les rappen et les hellers, le pied de 1570 ne suffisait plus lui-même.
Aussi fut- il dépassé en partie par les archiducs d'Autriche, lorsqu'ils ouvrirent, en 1584, leur Monnaie d'Ensisheim. Voici leur règlement :
thaler (8 \ k '%) ....
V, thaler UG ^:, à %,) . .
V, thaler isî V, à »*/,«) . .
zchener (55 ^i^^ à ^^i^^) . .
drey kreutzer m */3 à 7 1. 5 doppelvierer ,175 V, à 7 1.) viercr i30i à 6 1.) . . . .
rappen (548 â 5 1. 5 gr.; . .
hellers (1086 à '
gr.
Titre.
Poids.
28 gr.
en argent.
25 gr.
VaL int.
5 fr. 56
Grâce à une combinaison ingénieuse, le prix de l'argent fin demeura presque invariable pour les archiducs d'Autriche pendant tout un demi siècle , jusqu'à la fin de la domination autrichienne en Alsace. Placés dans une position particulièrement avantageuse , directement intéressés dans l'exploitation des mines, ils ne payèrent pour le marc que 10 fl. 15 kr., et à partir de 1594, 10 fl. 18 kr. Seulement il fut stipulé que ces achats seraient toujours soldés en thalers, comptés à 68 kr. la pièce. Par suite, la crise, qui sévit au commencement du xvn* siècle et qui porta uniquement sur les monnaies d'appoint , sur les rapports entre les petites et les grosses espèces , n'atteignît en rien la convention conclue entre la Régence d'Ensisheim et les sociétés minières.
Cette fixité dans le prix de l'argent eut pour conséquence une grande stabilité dans le monnayage des archiducs. Si, pour empêcher l'exportation et la refonte des petites monnaies, ils furent forcés de les aff*aiblir fréquemment, à l'exemple des États voisins , ils respectèrent toujours le pied qu'ils avaient adopté pour les espèces supérieures. Le Change rétablissait l'équilibre entre les deux sortes de monnaies. Rien ne les sollicitait à des innovations. Ils obtenaient la matière première à un taux constant. La perfection de leur outillage maintenait la main d'œuvre à un chiffre relativement inférieur.