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MONNAIES DES ARCHIDUCS

Enfin rétendue de leur monnayage diminuait, dans une proportion notable, l'importance des frais généraux.

De 1588 à 1598, la Monnaie d'Ensisheim convertit en espèces la quantité de 253,135 marcs d'argent fin, plus de 13 millions. Dans les six années qui suivirent (1599 — 1604), ce chiffre s'éleva à 312,422 marcs, plus de 16 millions. Encore ne parlonsnous ici que des lingots, sans tenir compte de la refonte des espèces étrangères ou des matières d'argent, qui avait aussi son importance. Elle était par exemple, en 1592, de 3782 marcs d'alliage (environ 200000 fr.).

En dehors de l'affaiblissement qu'il faisait subir aux rappen et aux hellers , le règlement autrichien de 1584 portait une grave atteinte aux ordonnances monétaires de l'Empire. Celles-ci avaient adopté le thaler, en 1566, mais à condition qu'on le monnaierait à 14 1. 4 gr. avec une taille de 8 au marc. La Monnaie d'Ensisheim augmentait sa taille de Va et diminuait son titre de 4 gr., réduisant ainsi sa valeur intrinsèque de5fr. 73à5fr.56.

Une pareille dérogation aux Édits impériaux ne pouvait passer inaperçue. Elle provoqua de nombreuses réclamations, mais les archiducs refusaient d'en tenir compte. Il n'est plus possible, disait à la diète de Worms (1591) le directeur de la Monnaie d'Ensisheim , de suivre à la lettre les Édits de 1559 et 1566, Les mines sont épuisées , elles ne fournissent plus autant d'argent , et les frais d'exploitation ont augmenté , les vivres ont presque doublé depuis cette époque.

La question avait en effet , pour les archiducs, une valeur capitale. Ils ne pouvaient abaisser le prix de l'argent fin, sans ruiner les mines. Ils ne pouvaient pas davantage donner au thaler une valeur intrinsèque de 5 fr. 73 , lorsque , d'après le taux payé aux mines, ce thaler n'avait qu'une valeur numéraire de 5 fr. 70, et même de 5 fr..68 après 1594. Ils se refusèrent donc à toute modification , et leur résistance finit par triompher. Quoique inférieur de près de 3 % au Reichsthaler, le thaler d'Ensisheim fut reçu partout au même cours.

Si avec toutes les ressources dont elle disposait, si avec ses désordres approvisionnements larges et à prix réduit, avec son outil- dans lage perfectionné, la Monnaie d'Ensisheim était forcée d en- ' ^"-^ fi^indre les prescriptions impériales, que pouvaient faire les autres ateliers de la Haute Alsace ?

424 CH. vu. — s. III. — MONNAIES DE BALE ET DE GOLM\R.

Quand Ensisheim eut mis la main sur t )us les produits des mines, les confédérés se trouvèrent en présence d'une grave difficulté. Comment alimenter leur monnayage , privés qu'ils étaient des lingots, qui affluaient auparavant chez eux en si grande abondance ? On fit les calculs que nous avons exposés (p. 262); on remit au creuset les monnaies étrangères qui pouvaient être converties avec bénéfice en mauvaises monnaies locales. En d'autres termes, on recourut à un billonnage officiel.

Ces opérations étaient assez lucratives. La ville de Colmar y trouvait un bénéfice de 1665 fl., en 1595; de 1337 fl., en 1596 ; etc.

De pareils profits, on le conçoit sans peine, ne se réalisaient qu'aux dépens des ordonnances monétaires. D'après le règlement de 1564, application loyale des édits impériaux, le v/erer (4 ^. stebler) se monnayait à raison de 293 Vs à 6 loths fin, de 782% au marc fin. L'ordonnance de 1534 élevait la taille à 304; le marc fin en produisait 810%. En 1585, la ville de Colmar autorisait Balthasar Moser, son monnayeur, à faire 332 vierer à 5 loths V2 , par conséquent 965 ®/ii au marc fin. Leur valeur intrinsèque n'était plus que de 0 fr. 0534, au lieu de 0 fr. 0659 K

Le marc fin rapportait de la sorte 12 fl. 52 kr. C'était beaucoup trop. Même en comptant le marc fin à 12 fl., il restait 52 kr., le double de ce que les Édits impériaux accordaient pour la fabrication de cette espèce. Le toonnayeur ne s'en contentait cependant pas toujours. En 1592, au lieu de faire au marc d'alliage 332 pièces noires, environ 342 pièces blanches, il allait jusqu'à 357, 362, 369, 392, voire même 401 ou 402 pièces blanches. Mais on n'était pas encore arrivé à supporter de semblables excès. Les vierer de Colmar furent décriés. Alors la ville, retombant sur son monnayeur, le condamna à retirer de la circulation à ses propres frais toutes ces monnaies de mauvais aloi (21 novembre).

Les demi batzen ne se monnayaient pas avec plus de régularité. D'après le serment du MUn^protocollhaîter de Colmar, ils devaient avoir, en 1593, 4 loths de fin , 358 pièces au marc d'alliage, ainsi 11 fl. 14 batzen au marc fin. Titre 250, poids 0 gr. 653, en argent 0 gr. 163, val. int. 0 fr. 036.

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