‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 29 sur 391 · VALEUR INTRINSÈQUE ET NOMINALE · texte numérisé non relu

VALEUR INTRINSÈQUE ET NOMINALE

Pour raisonner d'une manière moins abstraite, hous prendrons comme exemple Técu fabriqué en France , par édit du mois de mai 1709. Il était le huitième du marc pris à "/,« de fin, et devait valoir 5 1. Le marc fin ('^is) se vendait alors 34 1.

5 s. 5 d. Vil.

La valeur nominale de notre écu était ainsi de 5 1. et sa

/ 8 X 12 96 \ valeur intrinsèque I 34 1. 5 s. 5 V« d. : — t- ou — ) de 3 1.

Ces deux chiffres, que disent-ils à notre esprit? Rien, absolument rien. Si nous suivons Thistoire de notre écu, nous les verrons se modifier fi*équemment , sans que ces changements nous apportent quelque lumière *. Au mois d'octobre 1611, la valeur nominale de Técu sera encore de 5 1., mais sa viadeur intrinsèque s'élèvera, par suite de la hausse de Fargent fin (40 1. 16 sous) à 4 1. 13 Va s. Une nouvelle augmentation (42 1. 10 s. 10 d.) portera cette valeur intrinsèque à 4 1. 17 *|2 s. au mois de janvier 1713. A partir du mois de décembre 1713, la valeur nominale de Técu, immobile jusqu'à cette époque, entre elle-même dans une série de dépréciations successives, qui finirent par la réduire à 3 1. 10 s., pendant que sa valeur intrinsèque subit des altérations parallèles. Que conclure de tout cela ? Comment arriver à une compa-

1. Voici le tableau complet de ces modifications : Juin 1709 le marc fin coûte 34». 5-. 5d. Val. Nom 100*. Val. Int. 78 »/,

ljanv.1710 » 37 » 100 » 85

7 cet. » » 35 9 1 » 100 » 81 Vi

25 cet. 1711 » 40 16 » 100 » 93 V,

Ijanv. 1712 » 3955 »100 »90

Ijanv. 1713 » 42 10 10 » 100 » 97 V,

Idée. 1713 » » » 97 V, » 95

Ifév. 1714 » > > 95 » 92 V,

15mai. » 3955 » 92 V, >90

1 juin. > 38 3 7 » 90 » 87 V,

Iscpt. > 36 » 85 » 82 V,

looct » 34 18 2 » 82 V, » 80

Idée. » 33 16 4 » 80 » 77 V,

1 fév. 1715 » 32 14 6 » 77 \> » 75

1 avril. » 31 12 8 > 75 » 72 V,

Ijuin. » 30 1010 » 72 V, » 70

iaoût. » 29 9 1 » 70 » 67 V,

raison sérieuse et directe entre le passé et le présent, entre les monnaies de nos pères et les nôtres ?

On se tire d'embarras à Taide d'une hypothèse. On suppose que l'argent fin a toujours valu ce qu'il vaut aujourd'hui, 198 fr. 50 les 900 grammes , 53 fir. 98 l'ancien marc de Paris (244 gr. 75). C'est donc cette somme de 53 fr. 98 qu'il faut diviser par ^/n pour obtenir la valeur intrinsèque de l'écu de 1709, qui se trouve ainsi fixée à 6 fr. 19. Voilà un chiffre que chacun comprend et qui satisfait notre esprit.

Cette hypothèse n'est pas tout à feiit exacte. Elle supprime un feit historique d'une portée restreinte, mais incontestable : la hausse des métaux précieux *. Elle ne permet pas de suivre dans tous leurs détails , les opérations des monnayeurs. Mais elle est nécessaire, et les lacunes qu'elle laisse subsister seront aisément comblées à l'aide d'une troisième valeur, que nous appellerons la valeur numéraire.

Dans l'exemple cité, le marc fin coûtait en 1709, 34 1. 5 s. 5. d. ou 6,85 écus de 5 livres ; en 1711, 40 1. 16 s. ou 8,16 écus de 5 livres ; en 1713, 42 1. 10 s. 10 d. ou 8,51 écus de 5 livres. Ainsi, en 1709, 6 écus ^/loo suffisaient pour payer ce qui vaudrait 53 fi-. 98 aujourd'hui ; il en fallait 8,16 en 1711 et 8,51 en 1713 pour obtenir le même résultat. Évidemment l'écu de 1713 n'a pas la même valeur que celui de 1709. Cependant qu'y a-t-il de changé en lui. Ce n'est pas sa valeur nominale qui est toujours de 5 1. Ce n'est pas non plus sa valeur intrinsèque, immuable par hypothèse , tant qu'on ne modifie ni le poids, ni le titre d'une monnaie. C'est sa valeur numéraire.

Valeur La valeur numéraire est le prix de l'argent monnayé ; comme NUMÉRAIRE, la valcur intrinsèque est le prix de l'argent fin. Elle représente les trois éléments de la monnaie : matière, fabrication, seigneuriage. Elle ressemble en apparence à la valeur nominale, mais elle en diffère en ce que celle-ci s'appuie sur le nom de la monnaie ou sur un tarif d'évaluation, sans préciser l'importance relative des éléments qui la composent , tandis

1. Sans parler des variations arbitraires que les caprices des gouvernements faisaient subir à la valeur des métaux , comme dans Texemplc que nous discutons en ce moment même. — Nous expliquerons au chapitre cinquième ii" section), en quoi consiste cette hausse.

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