VALEUR DE CHANGE. — ESSAI DES MONNAIES
Mais avant d'apprécier ce système , disons quelques mots Moyens des divers procédés qui servent à constater la valeur des ^^ monnaies.
Le premier de ces procédés consiste dans Texamen des monnaies elles-mêmes, telles quelles sont conservées dans les cabinets de médailles. Il est d'une apparente simplicité et ^^^^^ ^^^ semble, au premier abord , ne se prêter à aucune incertitude. Il vous place en contact immédiat avec des monuments originaux; la vérification de leur poids et de leur titre suflBt pour constater leur témoignage. Vous obtenez ainsi leur valeur intrinsèque, qu'on hausse ensuite légèrement afin d'atteindre leur valeur probable de change.
Mais quand on considère les choses de plus près, on voit surgir des diflScultés de toute espèce. Cette monnaie que vous tenez entre les mains, est-elle d'une authenticité incontestable, d'une conservation satisfaisante? Souvent elle ne porte point de date , le nom d'aucun personnage connu ; elle n'a qu'une légende vague qui fixe à peine le lieu de sa fabrication, pouvez- vous déterminer l'époque précise qui l'a vu naître? Pouvez-vous même dire le nom qu'elle portait, si c'était un denier, une obole, un double denier ?
Sans parler des altérations qui sont le fait des faussaires, nous savons que, pendant de longs siècles, il fut difficile d'obtenir un monnayage régulier. C'était alors une industrie très-commune , quoique sévèrement interdite , de trier les pièces qui, par leur poids ou leur titre , dépassaient la valeur réglementaire, pour les refondre et ne laisser dans la circulation que les monnaies légères ou de mauvais aloi. Plus tard nous aurons l'occasion non-seulement d'établir cette vérité, mais de prouver qu'on arrivait encore à des inégalités presque incroyables pour des espèces complètement contemporaines, par l'obligation même qu'on imposait aux monnayeurs de compenser dans une brève ce qui manquait à la brève précédente.
En face d'une situation pareille , le numismatiste ne'doit-il pas se défier de la rigueur de ses conclusions , quand elles ne se basent que sur un petit nombre d'exemplaires mal assortis, amassés à l'aventure par la patience des collectionneurs ?
Loin de nous la pensée de condamner une méthode, qui ^t la seule praticable , non seulement pour toute l'antiquité,
mais encore pour une grande partie du moyen-âge. Notre but est de prémunir le lecteur contre certaines théories, qui supposent à cette méthode une autorité exclusive. Nous désirons surtout montrer, qu'elle exige l'application d'une critique sévère. Les tergiversations de M. Guérard et de tous ceux qui se sont occupés des monnaies franciques, prouveraient à elles seules, combien il est difl&cile d'échapper aux écueils semés sur cette voie, quand on ne peut l'éclairer d'aucune autre lumière , combien il serait imprudent et contraire à la science, de rejeter a priori le concours précieux , que des documents de toute nature peuvent offrir pour une époque plus récente.
Documents A partir du xiv« siècle, la numismatique alsacienne abonde MONÉTAIRES, eu documcuts de ce genre. Ce sont d'abord des règlements monétaires, qui prescrivent aux monnayeurs la marche qu'ils ont à suivre, Ils indiquent quel alliage doit être joint au métal précieux, combien de pièces doivent être taillées dans un marc d'alliage. Ces points connus , une division donne aussitôt la valeur intrinsèque de chaque monnaie.
La plupart même des textes vont plus loin , ils nous permettent de déterminer sa valeur numéraire. Pour cela il suffit qu'ils marquent soit le prix de l'argent fin, soit la somme prélevée par marc comme seigneuriage et fixais de fabrication. Quelques uns enfin , renferment un véritable tarif d'évaluation et font connaître le rapport des nouvelles monnaies avec lès grosses espèces d'or et d'argent , admises dans la circulation. Ici du reste, cette valeur de change ne saurait être distincte de la valeur numéraire. Comme nous l'avons déjà remarqué, ces deux valeurs se confondent toujours, à ses débuts, pour toute espèce de monnaie.
Ce sont ensuite des procès-verbaux d'essais faits par les monnayeurs, tantôt sur des espèces indigènes, tantôt sur des monnaies étrangères. De pareils actes méritent une grande confiance. Ils constatent ce qui est^ lorsque les règlements monétaires se bornent à noter ce qui doit être. Tandis que les numismatistes modernes ne peuvent opérer que sur des exemplaires isolés, souvent affaiblis par l'usure, toujours peu nombreux, les essayeurs contemporains disposaient de toutes les ressources qui assurent la régularité d'une semblable vérification. Il est probable toutefois que dans ces essais, les