‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 32 sur 391 · DOCUMENTS MONÉTAIRES · texte numérisé non relu

DOCUMENTS MONÉTAIRES

monnayeurs subissaient, même à leur insu, une préoccupation assez naturelle. Ils devaient se montrer plus sévères pour les produits des Monnaies voisines , que pour ceux qui sortaient de leur propre atelier. Le critique impartial tiendra compte de cette tendance.

Une troisième source d'information se trouve dans les éva- Évaluaiuations de change, fournies soit par des ordonnances ofB- '^^^^^ délies, soit par des livres de Comptes. Encore ici la critique trouve à s'exercer. L'ordonnance officielle indique le cours que l'État vettt imposer aux espèces ; mais dans une province morcelée, comme l'était l'Alsace, cette volonté n'était efficace, que si elle répondait réellement à la valeur relative des diverses monnaies : nous le prouverons plus tard, et le bon sens suffit d'ailleurs pour le concevoir. En second lieu , l'ordonnance oflBcielle ne coïncide pas toujours exactement avec les variations des cours. D'ordinaire le commerce plus impressionnable, plus sensible aux courants monétaires , prend les devants ; l'État intervient ensuite pour consacrer une situation déjà admise en pratique, quelquefois pour limiter les écarts provoqués par l'agiotage.

Les livres de Comptes peuvent donc paraître une expression plus fidèle et plus complète de la réalité. Ils ont en eflfet ce caractère, lorsque des circonstances que la critique doit noter avec soin, ne viennent pas le leur enlever. Mais ces circonstances sont très-nombreuses. Quand il s'agit de rentes, du remboursement d'un capital , il est rare que le cours réel des espèces soit observé. Le florin du Rhin a valu dans la haute Alsace, 20 schillings en 1404 , 21 en 1409 , 22 en 1424 , 23 en 1454, 24 en 1450, 25 en 1480, 26 en 1520, etc., etc. Ouvrez un livre de Comptes de 1530, vous y rencontrerez dix évaluations diflférentes du florin ; chaque compte mentionnera le cours qu'avait cette monnaie à l'époque où fut conclu le contrat de rente , aucun peut-être , n'indiquera sa valeur de change actuelle. D'un autre côté, un marchand peut avoir besoin, vu ses relations, de telle ou telle monnaie, et en offrir un prix de faveur; il accordera parfois un change exagéré, parce qu'en le refusant il manquerait un marché avantageux à d'autres égards. Autant de situations que la critique doit examiner.

Aux conventions arbitraires des parties, il faut même

ajouter les décisions non moins arbitraires de Tautorité. En 1537, le magistrat de Colmar avait à régler le remboursement d'un ancien capital de 630 fl. de Florence. Ne sachant comment évaluer ce florin, il s'adressa au magistrat de Bàle. Celui-ci répondit, qu'à l'époque où Ton stipulait en florins de Florence, ceux-ci avaient la même valeur que les ducats du xvi« siècle. Après un pareil début , la conclusion semble certaine. Qui s'attend à voir le magistrat de Bàle déclarer qu'il avait décidé, par ordonnance publique, qu'en cas semblable, le florin de Florence serait considéré comme l'équivalent du florin rhénan, qui ne valait que les V? du ducat?

Mais, nous dira-t-on peut-être, vous parlez avec raison de la critique qu'il faut appliquer aux procés-verbaux d'essai et aux tarifs de change, vous ne faites aucune réserve pour les règlements monétaires. Pensez -vous qu'on puisse s'y fier toujours, et la pratique des monnayeurs ne fut-elle pas souvent en désaccord avec les règles qu'on leur imposait?

Nous n'ignorons pas ce qui a été dit et ce qui peut se dire à ce sujet ; nous sommes loin d'accorder à tous les règlements monétaires une confiance illimitée ; mais sur le terrain défini où nous nous trouvons, nous n'hésitons pas à les croire dignes de foi, jusqu'à preuve du contraire. Si ce principe peut et doit soufl*rir ailleurs des exceptions fondées , il nous semble incontestable pour les ateliers de l'Alsace.

On conçoit qu'un prince assez absolu , assez omnipotent, pour faire accepter, dans ses États, des évaluations fictives, puisse demander à l'altération des monnaies une ressource passagère contre ses embarras financiers. Mais ces altérations, d'ordinaire il les affichera hautement ; pendant la crise néfaste que la France traversa de 1690 à 1726 , toutes les variations que l'on fit subir aux monnaies nationales furent publiquement reconnues dans les Édits royaux. Lorsque le souverain use de dissimulation, il ne publie pas d'ordinaire un règlement menteur ; il se tait ; il donne aux monnayeurs, complices forcés de sa fraude, des ordres qui peuvent demeurer secrets pour les contemporains , mais qui sont révélés à la postérité par les indiscrétions des Archives.* Ainsi même dans les États despotiques, l'histoire peut presque toujours s'éclairer sur la portée réelle des règlements monétaires.

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