‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 34 sur 391 · MARCHE SUIVIE DANS CES ÉTUDES · texte numérisé non relu

MARCHE SUIVIE DANS CES ÉTUDES

plus de certitude , si Ton peut appliquer simultanément les trois méthodes, les contrôler, les compléter l'une par Tautre. Mais la science critique n'exige pas ce concours.

Sans aucun doute, ce serait une trahison que de le négliger systématiquement , de se contenter d'une seule source d'informations, quand il est possible de multiplier ses preuves et ses garanties. Il est vrai néanmoins , qu'un seul genre de preuves peut suffire. L'essai consciencieux des anciennes monnaies, fait dans des conditions favorables, doit donner des résultats satisfaisants. Les règlements et les procèsverbaux des monnayeurs méritent pleine confiance, aussi longtemps qu'aucune raison particulière ne nous autorise à suspecter leur loyauté. Enfin les évaluations de change, officielles ou non, quand elles se présentent avec une suite et une concordance naturelles, ne sauraient être rejetées sansinjustice. Au lieu de discuter sur la prééminence de ces divers procédés, rhistorien songera plutôt à en user avec mesure et discrétion. Il se réglera sur la nature des ressources que les temps et les lieux mettent à sa disposition, sans déprécier les matériaux qui lui manquent , sans exalter ceux qu'il trouve avec plus d'abondance autour de lui.

Ces ressources varient en effet selon les pays; et dans la même province , telle époque est riche en un certain genre de documents qui font complètement défeiut à une autre époque. En Alsace , par exemple , avant la fin du xiii» siècle , les chartes de monnayage sont très-rares, les données de change le sont encore davantage. On ne dispose donc guère, pour l'histoire de ces âges reculés, que des renseignements fournis par l'étude des monnaies.

Pendant le xrv® et le xv* siècle , les monnaies signées par des villes et sans date , ne donnent plus que des indications vagues et confuses. Il est presque impossible de les classer, même avec le secours des règlements monétaires ; quelle utilité peut-on tirer de leur vérification ? Les données de change continuent à être clair-semées. Celles que nous rencontrons , portent toutes sur le rapport des deniers locaux avec le florin d'or, qui, lui même, changea souvent de valeur pendant cette période. Au contraire, les règlements destinés aux monnayeurs abondent et forment une suite de documents, aussi précieux par leur clarté, qu'imposants par leur nombre.

Ils constituent donc naturellement , pour cette époque , la base de notre travail. Les variations du change leur serviront de contrôle, et nous aideront à combler quelques lacunes.

Au xvi« et au xvii« siècle, la situation se modifie de nouveau. Les monnaies , désormais datées , reprennent un caractère plus précis ; les règlements monétaires quoique moins nombreux, offrent encore un concours précieux ; mais nous trouverons un appui plus constant et plus sûr, dans les évaluations du change. Il y a dans le monnayage de ce temps une foule de péripéties qui, sans elles, échapperaient à toute appréciation.

Les évaluations qui nous servent alors de point de départ ne concernent que des espèces d'argent, le rapport des monnaies locales ou d'appoint avec le Reichsthaler, monnaie type pour toute l'Allemagne. Elles sont toujours directes, relatives aux mêmes localités , constatées par des centaines de documents officiels ou commerciaux. La critique la plus méticuleuse ne saurait donc contester leur autorité.

Armé d'un instrument si commode et si puissant à la fois, nous aurions pu , pendant cette période , renoncer à toute recherche sur la valeur intrinsèque et la valeur numéraire. Nous ne l'avons pas fait. Il nous a semblé que ces recherches seraient pour les évaluations de change un commentaire éloquent. Nous espérions surtout fournir à la Numismatique un peu confuse de cette époque, un faisceau de renseignements et d'éclaircissements qu'elle chercherait en vain ailleurs.

Avec la réunion de l'Alsace à la France s'ouvre une ère nouvelle. Les espèces allemandes et les espèces locales disparaissent peu à peu. L'Alsace conserve un monnayage particulier de 1681 à 1716 ; à partir de cette dernière date , elle ne connaît |plus que les monnaies de la patrie commune. Médaillers, Édits de fabrication, règlements de change, aucune ressource ne manque à nos investigations. Ces témoignages s'accordent du reste avec un ensemble complet. Qu'on les invoque simultanément, ou qu'on les interroge en particulier l'un après l'autre, le résultat sera toujours le même.

Le lecteur connaît maintenant et nos principes et l'application que nous en avons faite.

En théorie nous n'excluons et ne préconisons aucune des trois méthodes ; en pratique, nous les appliquons tour à tour et quelquefois en même temps, selon l'opportunité des circonstances.

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