CHAPITRE II
LES ATELIERS iVlONÉTAIRES.
Devenus les maîtres du monde romain , les Empereurs revendiquèrent le droit exclusif de battre monnaie , comme l'un des attributs les plus incontestables de leur puissance souveraine. Leurs efforts furent couronnés de succès. Le monnayage de Tor leur fut réservé partout ; et si quelques villes d'Orient conservèrent le droit d'émettre des espèces d argent et de cuivre, cette faculté ne sembla plus qu'un privilège qu'elles devaient à une faveur spéciale, à une concession de leur gracieux souverain.
Dans la Gaule, le monopole ne rencontra point d'obstacle. Dès la fin du iv« siècle, on n'y trouve que les trois ateliers impériaux de Trêves , d'Arles et de Lyon. Plus tard, il est vrai, l'usurpateur Priscus Attalus (409-416) établit à Narbonne une officine monétaire qui , d'après Sidoine Apollinaire {carm 13), aurait encore existé au milieu du v« siècle. Mais cet exemple ne prouve rien contre le principe général. C'est au nom de l'Enapereur qu'on monnayait à Narbonne , aussi bien que dans ces fabriques ambulantes qui suivaient les armées, et qui travaillaient dans les camps , dans les places fortes, selon les besoins des troupes.
Telle était la situation du pays au moment où commencèrent les invasions. Les Germains , par leurs relations avec les sujets de Rome , s'étaient familiarisés avec l'usage des monnaies , mais ils n'en fabriquaient point eux-mêmes. Ils ne mirent la main à l'œuvre que lorsque la conquête eût fait tomber en leur pouvoir l'outillage et le personnel des Monuciies romaines.
Les Burgundes * monnayèrent après la prise de Lyon (458) et les Wisigoths, après celle d'Aries (480). Quant aux Francs, Trêves leur appartenait depuis longtemps. Mais saccagée deux fois (407 et 413) , cette ville n'avait sans doute pas vu son atelier monétaire survivre à la ruine de ses autres établissements romains. S'il est possible que les Francs monnayèrent dès le v« siècle , ils le firent avec tant de timidité , avec une imitation si scrupuleuse des types impériaux, qu'on ne saurait leur attribuer avec certitude aucune des pièces qui semblent remonter à cette époque.
Après la conquête de la Bourgogne (534), Childebert prend des allures plus indépendantes. Il conserve encore , sur ses pièces, le nom et l'image de l'empereur Justinien ; mais au revers se déploie son monogramme avec le nom d'un monnayeur, qui semble donner à l'innovation la garantie du corps qu'il représente.
En Austrasie, l'ancien système prévaut encore longtemps. On y respecte le poids et le type des pièces , alors qu'on les modifiait ailleurs, et le nom des rois fi-ancs ne remplace que rarement celui des empereurs romains.
Les Francs des autres royaumes montrèrent moins de longanimité. L'occupation d'Arles (536) et surtout l'abandon de cette province par l'empereur Justinien (543), contribuèrent puissamment à cette émancipation. Les monnaies d'or qui y furent fabriquées, présentent un type nouveau ; l'eflBgie des empereurs en a disparu, et le nom des rois francs s'y étale sans scrupule.
' Au triomphe des Francs se rattache un fait qui semble une révolution complète des anciennes traditions. Dans la Gaule romaine , la monnaie se febriquait au nom du souverain et dans trois ou quatre ateliers. Dans la Gaule des Mérovingiens, les ateliers se comptent par centaines , et le nom des rois, omis surlaplupart des pièces, ne figure sur une foule d'autres qu'en compagnie, et , pour ainsi dire, sous le patronage d'un obscur monnayeur.
Quelques écrivains ont voulu , sinon nier ce fait, du moins en diminuer l'importance. Aies en croire, les noms de localités qui sont marqués sur les pièces, désigneraient, non les lieux