‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 341 sur 391 · LE PRÊT COMMERCIAL · texte numérisé non relu

LE PRÊT COMMERCIAL

< qui on demandera de l'argent, répondra donc en cette sorte :

< Je n'ai point d'argent à prêter ; si ai bien à mettre à profit

< honnête et licite. Si désirez la somme que demandez pour « la faire valoir par votre industrie à moitié gain, moitié perte, « peut-être m'y résoudrai- je. Bien est vrai qu'à cause qu'il y a « trop de peine à s'accommoder pour le profit, si vous voulez « m'en assurer un certain , et quant et quant aussi mon sort « principal, qu'il ne coure fortune, nous tomberions bien plus « tôt d'accord, et vous ferai toucher argent dans cette heure. — O mon père ! lui dis-je, voilà des paroles bien puissantes! Sans doute elles ont qqelque vertu occulte pour chasser l'usure, que je n'entends pas ; car j'ai toujours pensé que ce péché consistait à retirer plus d'argent qu'on n'en a prêté. >

Détachez le langage du P. Bauny de la mise en scène, que le Provincial lui a donnée pour cadre , et vous n'y trouverez rien de plaisant. Il ne s'agit ici ni de paroles mystérieuses, ni de vertu occulte , mais de contrats, divers par leur nature et par leurs conséquences juridiques. Ces contrats, le P. Bauny ne les a pas inventés ; si les canonistes et les jurisconsultes permettaient dans un contrat ce qu'ils défendaient dans un autre , il n'en peut ; mais s'il y a quelque subtilité dans la question, elle n'est point son fait. Le capitaliste que suppose le Père Bauny, refuse de faire un prêt simple, xxnmutuum ; c'est son droit. Il propose un acte d'association, avec partage des profits ou pertes, ou, pour plus de commodité, avec profit limité mais garanti. Au lieu de se moquer du P. Bauny, un économiste sl'rieux le remercierait d'avoir si bien exposé la nature de deux contrats, qui servent de base à l'industrie moderne : l'action et V obligation. Dans le premier, le capitaliste s'associe à tous les risques ; il peut gagner et perdre beaucoup. Dans le second, l'intérêt est limité ; mais il a plus de garantie. . L'argent procurait ainsi autrefois, comme aujourd'hui, des revenus à celui qui voulait le placer, des ressources à celui qui demandait au crédit un remède à ses embarras, ou le moyen d'étendre le cercle de ses opérations La qualification d'usuraires ne frappait guère que certains prêts sur gage ou sur cèdule, les emprunts contractés par des personnes que leur indigence, leur incapacité juridique, des considérations de vanité, des circonstances pressantes, empêchaient de recourir au crédit public par la voie avouable des rentes consti-

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