LES PÈRES DE
522 CH. IX. — s. 1. — TAUX DE l'iNTÉrÊT.
tuées ou du prêt commercial. Aujourd'hui le prêteur, dans ces divers cas, ne devient usurier que lorsqu'il dépasse l'intérêt légal ; il Tétait toujours dans les siècles passés, parce qu'il semblait spéculer sur la misère ou l'infortune de ses frères , parce que tout intérêt était considéré comme une aggravation de charges pour l'emprunteur.
C'est une pensée de charité, qui inspirait les prohibitions admises par les codes, tant civils qu'ecclésiastiques. Les subtilités aristotéliciennes des philosophes sur la stérilité naturelle des métaux ; les subtilités scolastiques des légistes sur la gratuité absolue du mutuum, n'ont servi qu'à couvrir d'une teinture scientifique un sentiment chrétien. L'usure La loi mosaïque autorisait l'usure vis-à-vis des étrangers; ET elle la défendail entre Juifs, Lorsque le Christianisme eût fait des frères de tous les hommes, on dut être porté à généraliser l'église, cette défense. Ajoutez à cela l'impression que devait produire sur des âmes chrétiennes la dureté de l'usurier romain, dureté que consacrait la loi civile, et que la mort elle-même ne pouvait désarmer. S. Ambroise nous apprend qu'il fut souvent forcé de faire porter à la demeure du créancier le cadavre du débiteur. « Combien de fois, s'écrie-t-il, n'ai-je pas vu l'usurier garder en otage les restes de son débiteur et lui refuser la sépulture, jusqu'au remboursement de la créance. Tels sont les droits du créancier *. »
Quant on lit les écrits que les Pères de l'Église consacrèrent à l'usure, on constate qu'ils se révoltent avant tout contre des excès, qu'aucune àme honnête ne saurait approuver. Qui pourrait prendre la défense de ces cœurs cupides et impitoyables, qui exploitent la misère du pauvre, la passion du joueur, Tinexpérience du fils de famille?
D'un autre côté, leur langage généreux ne distingue presque jamais ce qui est de pur conseil ou de strict devoir. « Donnez de l'argent, si vous en avez , dit S. Ambroise. Donnez comme si vous ne deviez plus être remboursé. Ce sera un gain pour vous, si l'on vous rend votre argent ; ce sera encore un gain, si
vous perdez votre fortune ; vous gagnez des mérites vous
donnez peu et vous recevez beaucoup ; vous donnez sur la terre et vous serez payé dans le ciel. . . Rendez les gages déposés