PROSPERITE
Les créances montent à 358,841 fl. 18 pi. 6 h. L^encaisse est de . . 160,151 4
Bénéfice 10,181 3 lO
PROSPÉRITÉ DU WEXEL. 575
Ce tableau nous permet d'entrevoir l'étendue des opérations faites par le Change. Son encaisse (un million de fr.) nous semble trop considérable , et se trouvait probablement hors de proportion avec les besoins de la place. La chambre des XV en jugea sans doute de même, car nous la voyons prendre différentes mesures destinées à la réduire. C'est ainsi qu'elle lui enlève 50000 fl. pour la caisse des dettes publiques, qui devsiit les employer au remboursement de quelques renies, prises à un taux élevé. Une somme de 10000 fl. est aussi avancée par le Change pour des achats de grains et de vins, faite au nom de la ville. Enfin il est statué que le capital du Wexel ne doit pas s'élever au-delà de 300000 fl.,et qu'il aura à rembourser 100000 fl. avant la S. Jean, et 100000 fl. avant Noël 1600. Dans ses emprunts, le Change préférera les rentes perpétuelles aux capitaux dénonciables ; mais s'il peut obtenir ceux-ci à 4 Va ou 4 ^o , ils seront plus avantageux que les premières à 5 %.
Quelques nuages apparaissent à l'horizon, vers la fin de Tannée 1599. On oblige les Wexelherrn à laisser dans leur banque leurs parts de bénéfices; on leur interdit de faire des avances de plus de 1500 à 2000 fl. à la même personne , sans laveu des XV. Enfin une enquête est commencée discrètement contre Mathis Karcher.
Mais ces menaces se dissipèrent bientôt. Mathis Karcher et Kips conservèrent la direction du Change, dans laquelle on leur adjoignit (novembre 1600) Nicolas Braun, en remplacement de Grienwaldt. Ils obtinrent aussi l'appui du magistrat, contre diflférents particuliers, qui nuisaient à leurs opérations, en se contentant d'un change de 10 ou 10 72 %, tandis qu'ils prélevaient, eux, 13% sur les monnaies d'Empire '.
Ces hommes étaient tous trois actifs, entreprenants, avides de gain. Les affaires de banque et de change ne leur suffisaient pas. Au mois de janvier 1601, nous les voyons présenter à la Chambre des XV, un mémoire d'un nommé Michel Heitzmann de Lyon, sur la ferme du sel à Valence. Il ne s'agissait de rien moins, à ce qu'il paraît, que de se charger d'approvisionner de sel les marchés du midi. Mais les XV ne
1. Il ne faudrait pas se méprendre sur la valeur de ces indications. Il ne s'agit pas ici d'un bénéfice réel de 13 ^/^ ; mais du cours des thalers et des guldcnthaler, résultant de Taffaiblissemcnt des espèces d'appoint.
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voulurent rien entendre de ce commerce et recommandèrent aux Changeurs de ne plus disposer de l'argent confié à leurs soins, pour de pareilles spéculations lointaines Ceux-ci ne se laissèrent cependant pas décourager par ce refus. Ils revinrent plusieurs fois à la charge , et finirent par obtenir la liberté d'accepter la ferme du sel à Frîbourg, avec une avance de 27000 fl. Ils avaient représenté cette entreprise, comme le seul moyen de recouvrer une créance véreuse de 23000 fl.
Parmi les règles que l'on prescrivait à cette époque (1601)aux agents du Change, nous remarquons celles-ci. Ne pas prêter plus de 2000fl. à la même maison et exigerde bonnes garanties, sous peine d'encourir une amende de 100 U., et de subir les pertes qui pourraient résulter d'une conduite imprudente. Poursuivre le paiement des intérêts, dès qu'ils sont échus. Diminuer successivement le fonds social, et le ramener à 300000 fl. (1 74 million). Ne prêter à un déposant qu'en déduction de son dépôt, et inscrire le prêt sur son obligation. Donner dans leurs comptes le détail de toutes les dépenses — Deux membres de la Chambre des XV étaient chargés de surveiller leurs opérations, à tour de rôle, pendant deux ans chacun. Jusque là le contrôle était confié à des commissions, qui se renouvelaient annuellement.
En même temps, on réduit la part des Changeurs dans les bénéfices à '/a au lieu de^/s . Ils protestent pour conserver le statu quo. Ils ne peuvent, disent-ils, se procurer les fonds dont ils ont besoin, qu'en multipliant des voyages coûteux. Ils font des avances considérables (24000 fl.) à la caisse des grains, et lui cèdent gratuitement des capitaux, qui leur coûtent souvent à eux-mêmes jusqu a 8 %• Enfin, sans aucun concours pécuniaire de la ville, ils ont su élever le crédit du Change à des proportions qu'il n'avait jamais atteint. Toutes ces réclamations demeurèrent infructueuses. Les XV maintinrent la proportion Va ; il fut stipulé, toutefois, qu'il serait alloué un intérêt de 5 ^o , pour les capitaux avancés aui Kornherm, Sa L'ère des procès commença, ce semble, en l'année ie02.
M^cADKNCE. Pallalt-il traiter les créances du Change comme celles de la MUnt\^ du Stall (caisse des contributions), et du Kaufhûus (douane)? Telle est la question qui divisa quelque temps les jurisconsultes de Strasbourg.
DÉCADENCE DU WEXEL. 577
D'après le règlement adopté en 1537, pour le Petit Conseil, quand un de ces établissements avait une dette à réclamer, il ne Ja spécifiait pas. On faisait comparaître l'inculpé, et on lui demandait, s'il se reconnaissait débiteur. En cas de réponse affirmative, huit jours lui étaient accordés pour purger sa dette, et le délai passé , il était déclaré désobéissant (ungehorsam) et exécuté. Niait-il au contraire la dette ? Le plaignant devait en faire la preuve et spécifier son importance. Alors le Petit Conseil jugeait l'afiFaire, ou la renvoyait au Grand Conseil, selon le chiffre de la réclamation.
Cette procédure était sommaire, peu coûteuse , et rendait moins fréquente Tintervention du Grand Conseil; mais elle n'était pas tout à fait régulière. Le Petit Conseil refusait de l'admettre, pour les créances du Change. Ici, disait-il, les deniers de la ville ne sont pas seuls en cause. Il s'agit trèssouvent de sommes considérables, qui provoqueront des appels, et les cours impériales ne manqueront pas de constater les vices de notre procédure. Enfin le Change exige des intérêts, qui soulèveront les scrupules du fiscal de l'Empire ; et les poursuites de ce dernier pourraient attirer sur la ville des peines sévères. En dépit de ces craintes, l'assimilation fut admise, et les créances du Wexel obtinrent les mêmes privilèges que celles des caisses municipales.
Les données nous manquent pour Tannée 1C03, et sont très-rares pour l'année 1604. Tout ce que nous savons pour cette époque, c'est que les profits du Change se bornèrent en 1603 à la somme de 8896 fl. 8 f. 5 8., et qu'en 1604, l'un des agents de cette banque, Mathias Karcher, dut être arrêté pour malversation et remplacé par Martin Trausch.
Au mois de mars 1605, le Change subit quelques réformes, dont la nature n'est pas indiquée ; elles semblent porter surtout sur les heures de bureau, sur les pots de vin, et autres détails. Le mois suivant, les Changeurs se plaignent de n'avoir plus rien à faire, parceque le cours officiel des grosses espèces est dépassé dans la pratique du commerce. On leur permet de donner 23 74 batzen pour le Phillipsthaler et 24 V2 b. pour Ie5ï7bercronen ; mais le magistrat se refuse à toucher à l'évaluation du thaler et du florin d'Empire. Ils se plaignent aussi du Petit Conseil , q ui accorde trop facilement des délais à leurs débiteurs. A la fin de l'année 1605, la situation du Change était celle-ci :
DATION.
578 CH. IX. — s. II. — LES BANQUES.
Actif 512,023 fl. 1 pi. 1 h.
Passif 507;269 5 5
Profit . . . 4,753 15 8
Ainsi la réduction du capital, quoique souvent recommandée, ne s'était pas faite. Avec un chiffre d*affaires aussi considérable qu'en 1599, on n'avait réalisé qu'un bénéfice trois fois moindre. Encore ce bénéfice se serait-il converti en pertes, si Ton avait examiné la valeur de toutes les créances portées à l'actif. On le verra bientôt. Lioui- Cette décadence n'échappa point au magistrat. En même temps les prédicateurs recommençaient à tonner contre le Change, du haut de leurs chaires. Mais il était impossible de songer à une suppression immédiate de l'institution ellemême. Il fallut donc se résigner, et la conserver quelques temps encore. On se borna à lui défendre d'accepter de nouvelles créances, et à préparer la liquidation de celles qui existaient.
En 1606 on voit éclater, entre Trausch et ses deux collègues, des dissentiments , que le temps ne fait qu'accroître et qui aboutissent, le 2 novembre 1607, à l'arrestation de ces derniers.
Dès-lors les opérations du change proprement dit , la refonte des monnaies décriées qui se rencontrent dans ses caisses , les poursuites contre ses collègues emprisonnés, les procès inséparables d'une liquidation, plus ou moins amiable, absorbent tous les instants de Martin Trausch. Ces détails l'occuperont pendant plusieurs années , et ce n'est que le 1^ décembre 1511, qu'il put déposer son bilan définitif.
Le passif était de 390,993 fl. l pi. 5 h. ou 1,513,143 fr. 49
L'actif ne s'élevait qu'à . . 374,156 6 7 1,447,986 26
Déficit . . 16,836 4 10 65,157 ifâ
Ce résultat n'eût pas été trop onéreux, si l'actif n'avait pas compris des créances véreuses montant à une somme de 232,369 fl. 6 pi., dont la perte était presque certaine. Or ces 232,369fl. de 161 1, ne représentaient pas moins de 899,269fr. 37.
Les trois changeurs infidèles figuraient, pour une somme importante, dans l'actif de cette liquidation.
Karcher devait pour lui même plus solidairement avec Kips.
plus pour sa participation à des placements mauvais. . .
Total . .96,136 11 11 37^,050 95
36,178 fl.
Pl.
, ou 140,009 fr.
WECHSEL DE BALE,
Outre la dette qu'il avait à payer solidairement avec Karcher, Kips était, pour son compte personnel, débiteur d'une somme de 8574 fl. 10 h. (32407 fr. 71). Enfin Nicolas Braun devait, pour lui-même, 10940 fl. 8 pi. 2 Va h. et, pour sa part dans les pertes, 2753 fl. 4 pi. 9 h. (en tout 52997 fr.)
Le Change fut définitivemen fermé le 1" août 1612; sa caisse et ses papiers passèrent entre les mains des Losungsherren, qu'on chargea de liquider, en dernier ressort, l'héritage de cette désastreuse entreprise.
DE BALE
Après les destinées si longtemps brillantes de la banque Wechsel strasbourgeoise, après l'histoire si accidentée du Wechsel, nous éprouvons quelque embarras à parler des banques de Baie et de Colmar. Nous n'avons rencontré sur la première que des données fugitives, et quant à la seconde, elle n'eut jamais qu'une importance fort modeste.
Nous dirons néanmoins ce que nous savons. Le Wechsel de Colmar nous représente en petit l'organisation et les principes, que nous avons constatés à Strasbourg.
En 1400, une ordonnance bâloise défend au schultheiss de conserver entre ses mains les sommes d'argent, les objets d'argent ou d or, consignés en justice. « Il doit les faire déposer au nom du tribunal, chez un Wechsler^ digne de cette confiance. En 1608, ces sortes de dépôts devaient être remis au Stadtyi/echsel *. Ne peut-on pas conclure de là que le Stadtwechsel n'existait pas en 1400 *, et que la mission qu'il remplit dans la suite, appartenait, à cette date, aux Changeurs privés?
Les renseignements que nous avons rencontrés sur ce Stadttvechsely ne sont pas très-nombreux. Ils suflBsent toutefois pour nous prouver, qu'il était organisé sur le même pied que la Miinti de Strasbourg. Il formait une caisse de dépôts et consignations, il recevait à 4 Vo l'argent des pupilles, il avait obtenu du trésor municipal une certaine somme, un fonds roulant, avec laquelle il faisait toute espèce d'opérations de banque.
Voici ce que nous en dit un règlement de 1574. « Les Wechsler peuvent avancer à des bourgeois ou à des étrangers, des