L*ÉVÈQUE ENGAGE 5ÎA MONNAIE
Mais les évoques, au lieu d*user directement de leurs droits, les aliénaient par des engagements temporaires, qui les firent peu à peu passer entre les mains de la ville.
Le premier exemple connu de ces engagements date du L'évêquk mois de janvier 1296. Par cet acte, Tévêque Conrad de Lichten- engagr sa berg cède, pour quatre années (Chandeleur 1296—1300) et moyennant la somme de 120 marcs d'argent, « sa monnaie et ses droits à la monnaie de Strasbourg. » Le traité est fait au profit de Nicolas le vieux Zorn , du chevalier Hug Wirich, des frères Jean et Burcart de Mulnheim , des frères Gotz et Reinbolt Vôltschin et de Jean ^u dem Riet , tous bourgeois de Strasbourg. Les engagistes ont à présenter un MUnt\meister de leur choix ; Tévêque l'investira de tous ses droits et de tous les fiefs qui dépendent de la Monnaie. Le prélat promet en* outre de fermer , pendant ces quatre années , les ateliers monétaires d'Altorf et de Châtenois {Kestenhol\), Enfin les oflBciers de l'évêché seront chargés d'assurer, dans la ville et à la campagne, le cours de la monnaie qui doit être émise.
Cette monnaie semble avoir provoqué quelque mécontentement. C'est du moins ce qu'on pourrait conclure d'un nouvel acte d'engagement, fait en 1298 au profit de la ville. L'évêque s'y décide ^ par reconnaissance des services qu'il a reçus de la cité, et dans l'espoir de satisfaire ainsi « ceux qui auraient eu à se plaindre de ses monnaies. > Cette location qui est gratuite — et que, pour cette raison sans doute, la charte appelle une libéralité — devait durer jusqu'à la Chandeleur 1308.
Rien ne fut négligé pour assurer le crédit de la nouvelle monnaie strasbourgeoise. Sur la demande de l'évêque et de la ville, l'empereur Albert promettait de la faire recevoir dans ses domaines d'Oflfenbourg et de Haguenau (1299).
Un nouvel acte d'engagement, conclu pour six années (Chandeleur 1308—1314) , fiit signé le 29 novembre 1306. Mais cette concession ne fut plus gratuite. L'évêque Jean I stipula que les engagistes lui paieraient la somme de 150 marcs. La ville n'obtenait du reste que la moitié de la Monnaie. L'autre moitié revenait au chevalier Nicolas de Kagenecke, le jeune, à Burkart de Mulnheim , à Pierre de Durringen et à Nicolas de Roppenheim. En même temps la ville payait 22 marcs
50 CH. II. — s. I. — ATELIERS DE LA BASSE ALSACE.
d*argent (20 à TEmpire et 2 au landvogt) pour conserver à sa monnaie, pendant ces six années, le droit de courir seule dans les districts d'Ofifenbourg et de Gengenbach. Cette dernière convention faite avec Jean de Saarwerden , landvogt de la Mortenau, qui agissait au nom de l'Empire, stipulait qu'en cas de résiliation , les villes d'Ofifenbourg et de Gengenbach paieraient un dédit de 24 ^. strasb.
La division de la Monnaie strasbourgeoise en deux lots subsista pendant un certain nombre d'années. On le voit par une charte datée du jeudi avant carnaval 1319 , d'après laquelle Nicolas Zorn le vieux, dit schultheiss, fut reçu comme Maître monnayeur. Il achète un tiers de la part que la ville tient en engagement , et un tiers de la part possédée par les Mulnheim. Il entre ainsi pour un tiers dans les bénéfices du monnayage. En qualité de maître monnayeur , il n'a point de salaire, mais conserve son profit traditionnel ' et le produit des amendes. Après sa mort Gôtze de Grozstein lui succède aux mêmes conditions (1322 mercredi après S. Valentin).
La nomination de ce dernier , ainsi que celle de Gôzelin Clôbelouch, qui remplaça, le même jour, feu Nicolas de Roppenheim dans ses fonctions de hiiter, est faite pour la durée d'un nouvel engagement, intervenu pour dix ans (1319—1329) le 5 février 1318. L'aliénation a lieu pour la somme de 200 marcs , au profit de Henri et de Burcart de Mulnheim. Elle ne doit s'étendre , d'après ce qu'on a vu plus haut , qu'à la moitié de la Monnaie. L'évêque Jean stipule que cet acte « ne portera aucun préjudice aux droits de l'évêque et de ses successeurs : les dix ans écoulés, il pourra après un intervalle de trois années *, si la chose lui est agréable , faire tailler une nouvelle monnaie. »
Ni Jean I, ni son successeur, ne profitèrent de cette réserve. Nous voyons au contraire, en 1334, l'évêque Berthold accorder
1. Le dixième du seigneuriage sur lequel pesaient un certain nombre de rentes féodales (Charte datée du lundi avant la S. Barthélémy 1319).
2. Notons en passant le rapport qui se rencontre entre cette stipulation et les prescriptions du Miroir de Souabe (Ms. de Thôpital de Strasbourg, Ch. 138). On lit dans ce dernier : « Les deniers ne doivent être brisés que si la seigneurie change de main. Si le seigneur meurt ou change , les anciens deniers continueront à courir , jusqu'à ce que trois années soient révolues. »