‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 42 sur 391 · LA VILLE S*EMPARE DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

LA VILLE S*EMPARE DE LA MONNAIE

aux bourgeois , pour quatre ans , et moyennent 200 marcs, l'autorisation de frapper une monnaie nouvelle. Il promet € de soutenir de tout son pouvoir , par ses tribunaux ecclésiastiques et séculiers, le cours de cette nouvelle monnaie. » En même temps percent dans son langage , d'ailleurs trèsmodéré , quelques sentiments de défiance, que l'avenir ne devait que trop justifier. « Nous voulons, dit-il , que les oflBciers de notre Monnaie conservent leurs offices, comme nous le leur avons promis, et comme c'est leur droit *. »

Cette charte est le dernier acte d'engagement que les Archives nous aient transmis. Le temps, qui a détruit tant d'anciens monuments , a-t-il fajt disparaître le souvenir des conventions postérieures ? La ville de Strasbourg, au milieu de ses luttes incessantes contre le pouvoir temporel des évoques, a-t-elle négligé la rénovation publique de ces contrats? Nous l'ignorons. Ce qui est certain, c'est que le magistrat continua de monnayer, avec ou sans autorisation officielle des évoques , et peu à peu se forma une espèce de prescription, qui, dès les premières années du xv« siècle, fut invoquée comme une tradition immémoriale.

L'usurpation, nous le prouverons en pariant des Husgenos- La ville sen , semble s'être faite pendant la guerre de Strasbourg s'empare de contre l'évêque Frédéric de Blanckenheim (1391—1392). Elle ^^ monnaie. était un fait depuis longtemps accompli , lors des dissensions qui éclatèrent entre la ville et l'évêque Guillaume de Dietsch (1422—1428). Le magistrat oppose aux réclamations de ce dernier les démentis les plus formels , et le système obtient un succès complet, auprès des arbitres chargés du rétablissement de la paix. L'art. 25 du traité que l'archevêque de Mayence et le marquis de Bade rédigèrent à Spire en 1422, est conçu en ces termes : » Au sujet de la Monnaie, il est contenu que le susdit évêque Gruillaume nommera le MUnt^meister . comme d'antiquité. De même la ville conservera sa Monnaie comme d'antiquité. Aucune partie ne devra léser l'autre dans ses droits. >

De la sorte la Monnaie de Strasbourg se trouvait scindée

1. Le lecteur trouvera dans le chapitre suivant l'histoire de la lutte acharnée, que le magistrat de Strasbourg poursuivit contre les oflBciers patriciens de la Monnaie.

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en deux parts, ou, si vous le préférez , on reconnaissait l'existence de deux Monnaies, Tune épiscopale, l'autre municipale. Le point de départ de cette distinction est facile à retrouver dans ces chartes d'engagement analysées plus haut.

Au fond l'arbitrage de 1422 ne satisfit personne. La ville ne voulut pas abandonner à l'évêque la nomination du maître monnayeur. De son côté, l'évêque prétendait intervenir dans la détermination du titre et de la taille des monnaies.

La nouvelle commission d'arbitrage, formée en 1428 , eut donc à enregistrer encore une fois les griefs de l'évêque. Il reprochait à la ville de fouler aux pieds les privilèges des Husgenossen ; de concentrer entre ses mains , malgré le traité de 1422, la nomination, les revenus et la juridiction du MUnt:{meister. Enfin il l'accuse «d'avoir, sans son aveu et son autorisation, altéré gravement le titre des monnaies , ajouté * par marc trois loths de cuivre \ contrairement à ses droits. >

A ces plaintes les députés de la ville se contentaient de répondre , que la Monnaie lui appartenait depuis un temps immémorial, et qu'elle avait le droit de fixer, comme elle l'entendait, le titre de ses espèces.

Les réclamations de Guillaume étaient évidemment fondées. Mais la ville avait pour elle la force et le fait accompli. Elle traita de rebelles et de traîtres ceux des Husgenossen qui résistaient à ses prétentions, et les réduisit au silence par la rigueur des châtiments. Grâce à ces mesures énergiques , les protestations de l'évêché n'obtinrent à Strasbourg qu'un faible écho, et le magistrat demeura maître paisible du champ de bataille.

Strasbourg Strasbourg jouissait de sa victoire depuis près d'un siècle, MONNAIE lorsque l'empereur Maximilien I. lui accorda le droit de

DES FLORINS frapper des florins d'or (1508).

Cette concession impériale devait flatter agréablement l'orgueil national des Strasbourgeois et légitimer, aux yeux de tous, leurs usurpations antérieures. Elle fut pourtant loin

1. L'alliage fut de 1 loth en 1513, de 2 loths depuis 1340, de 3 loths depuis 1393, de 4 loths depuis 1422. L'accusation suppose donc que, depuis l'autorisation de 1334 ci-dessus mentionnée, les évêques n'avaient pris aucune part aux changements successivement intervenus dans les monnaies de Strasbourg.

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