PORTÉE DES PRIVILÈGES IMPÉRIAUX
Cette rectification religieuse était faite depuis de longues années, lorsque l$i Banque de Strasbourg se vit appelée tout à coup à envoyer en Souabe une somme de 12000 florins d'or. A ce propos des scrupules d'un autre genre vinrent troubler quelques esprits, et le Christe devint tout à coup suspect. On craignit que les Souabes ne refusassent un paiement en nouvelles espèces, et que ce type, contraire au privilège, n'attirât des ennuis sur la ville * La chambre des xv décida en conséquence, qu'on ferait faire de nouveaux coins avec le Virgo^ et que l'on s'en tiendrait scrupuleusement , pour le titre et la taille, aux ordonnances impériales.
Les faits que nous venons de citer, prouvent au moins une chose , c'est que la ville de Strasbourg ne se croyait pas en droit de s'écarter impunément des types prescrits. Il est temps d'aller plus loin et de montrer qu'elle ne se croyait pas davantage autorisée, par le privilège de 1508, à monnayer indistinctement toute espèce d'or et d'argent.
Au commencement du xvii* siècle les ateliers de l'Empire, et même ceux des seigneuries voisines, fabriquèrent des pièces de six batzen connues sous le nom de dickpfennig, Strasbourg n'osa s'approprier cette monnaie qu'en 1613 , après s'y être fait autoriser par le comte palatin vicaire de l'Empire *. En 1615, la ville se montra plus hardie , elle fabriqua sans autorisation préalable des pièces de trois batzen; mais les instigateurs de l'usurpation ont bien soin de dire, pour rassurer les âmes timorées , qu'ils ne font que suivre l'exemple donné par Worms et par d'autres villes impériales. Les monnayeurs dissimulaient d'ailleurs l'innovation, en donnant, selon la tradition reçue, à cette monnaie d'Empire un nom local. A • Strasbourg le dreibât\ner s'appelait double groschen , assis duplex.
En 1633, les Suédois demandèrent à faire frapper, à la
1. Da ettlich herren dafùr hait en es môchten die "Schwaben die losung inn den neuen sorten nicht wôUen annehmen , und dos es wider dos privilegium seyn sollte, dardurch meine herren jfw schaden kommen kônnten, 8 août.
2. A cette occasion cessa risolement où s'était renfermé jusque là l'alclicr de Strasbourg. Son Mûntzmcister et son wardein durent prêter serment, et prendre part aux vérifications communes des cercles monétaires de l'Allemagne.
56 CH. II. — s. I. — ATELIERS DE LA BASSE ALSACE.
Monnaie de Strasbourg , des ducats au coin suédois. La demande fut repoussée. On ne voulait pas concourir à la- fabrication de monnaies étrangères. On reculait surtout devant l'idée de monnayer des ducats , droit que la ville ne possédait points et qu'elle ne pouvait conséquemment accorder à d'autres ^
Mais les succès des armes suédoises , les embarras qui paralysaient alors l'action du pouvoir impérial, et qui s'aggravaient encore chaque jour , ne tardèrent pas à diminuer les scrupules des Strasbourgeois. Ils apprenaient d'ailleurs , dés le mois d'octobre de la même année, que d'autres villes, comme Francfort, Augsbourg, Nurenberg, Ulm, monnayaient des ducats. A cette nouvelle, le magistrat de Strasbourg alla aux renseignements, pour savoir comment ces villes avaient pu obtenir ce droit. En même temps il soumettait à ses avocats, le côté juridique ; et à ses monnayeurs, le côté économique de la question. Avant de faire un pas en avant, il voulait être sur de ne courir aucun risque et d'y trouver son profit.
Au mois de décembre , les Suédois renouvelèrent leur demande ; et cette fois elle fut agréée sans peine. Cependant la ville n'osait encore se prononcer pour elle-même ; ni les avocats, ni les monnayeurs, n'avaient répondu à sa consultation.
La réponse finit par arriver, et elle .arriva telle que la fesaient pressentir les malheurs de l'Empire. Strasbourg monnaya des ducats ; et même, dès le mois de janvier 1636, des doubles ducats.
Le traité de Westphalie, en mettant un terme aux difficultés qui avaient si longtemps entravé la surveillance des Empereurs, réveilla les scrupules des Strasbourgeois. Le monnayage des ducats fut interrompu. Mais comme les villes de Francfort et de Nurenberg continuaient, sans être inquiétées ; comme d'un autre côté, le marc dlor fin rapportait 9 florins converti en ducats, tandis qu'il ne donnait que 3 florins de profit.
1. Umb so vil mehr, weil nicht goldgulden , sondern ducaten^ ^u prdgen gesucht wird, welch regale die Stàtt selbs nicht haben ^16 mars) — besonders weiln prdgung solcher stûck gesucht wird^ daran jus cudendi hiesige STATT SELBST NICHT HAT, und coitscquenter niemand anders bewilligen mag. f20 mars).