‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 5 sur 391 · UTILITÉ DE CES ÉTUDES. V · texte numérisé non relu

UTILITÉ DE CES ÉTUDES. V

Notre réponse est bien simple. Quand on veut résoudre un problème , il feut tenir compte des termes dans lesquels il s'impose. Pendant plusieurs siècles les monnaies les plus usuelles sont des espèces locales dans leur origine , locales dans leurs cours. Ce n'est donc que parune série de monographies qu'il sera possible d'en déterminer la valeur. Notre prétention est , avant tout, de fedre ce travail pour les espèces alsaciennes.

Est-ce à dire pour cela que nos conclusions n'aient pas une plus grande portée ? De ce qu'elles ne s'appliquent dans toute leur étendue, qu'à l'histoire de notre province , s'en suit-il qu'elles perdent toute autorité à ses frontières ? Nous ne le pensons pas. En matière économique , les peuples sont solidaires les uns des autres. L'Alsace était trop morcelée pour qu'un pouvoir quelconque y ait pu imposer, soit à l'argent, soit aux denrées, une valeur fectice. Elle était trop commerçante pour ne pas subir l'influence des autres marchés de l'Europe. Ainsi, en règle générale, le prix des denrées a dû être ailleurs ce qu'il fut en Alsace; le change de nos monnaies a dû se baser sur la valeur exacte et réelle des monnaies étrangères.

Il résulte de là , — comme en pareille matière une rigueur mathématique est aussi impossible qu'inutile, — que nos données sur le pouvoir de l'argent pourront être acceptées par les pays voisins du nôtre, et suppléer au silence de l'histoire locale, jusqu'au jour où des recherches sérieuses, faites sur des documents indigènes, seront venues combler cette lacune.

Il en résulte aussi, que nos indications sur les monnaies étrangères auront, même au dehors, une incontestable autorité. Ces monnaies sont de deux espèces. Les unes sont des pièces d'or ou d'argent, qui étaient admises sur toutes les places de l'Europe et dont le cours, fixé partout sur les

VI INTRODUCTION

mêmes bases , ne variait que dans des proportions fort restreintes. Les autres sont des pièces d*appoint , que le commerce des provinces limitrophes amenait sur notre territoire. Ces dernières seules subissaient parfois une dépréciation sensible. Mais alors même que cette dévaluation avait lieu, elle était précédée d'essais consciencieux et multiples, qui ne nous laissent aucune incertitude sur leur valeur réelle.

Voici donc les limites dans lesquelles, à notre sens, doivent s'appliquer les conclusions de notre travail. Elles ne sont absolues et complètes que pour l'Alsace (y compris Bile). Sous le rapport du pouvoir de l'argent et du prix des denrées , elles s'étendent au loin et dans un vaste rayon , où elles ne peuvent rencontrer que des exceptions aussi rares pour leur nombre, que bornées pour leur importance. Sous le rapport des évaluations monétaires , elles sont exactes en ce qui concerne les monnaies dont l'usage était commun à tous les peuples de l'Europe, et si elles présentent des lacunes pour les menues espèces de la Lorraine et de la Suisse, elles fournissent à leur sujet des renseignements précieux , que l'on chercherait souvent en vain dans les archives de ces pays.

Un pareil résultat était assez beau pour stimuler notre ardeur, et nous donner le courage de surmonter les obstacles qui se rencontraient sur nos pas.

Nos PRÉ- ^^ obstacles étaient de diverse nature. Nous verrons CURSEURS, ailleurs ceux qui se rapportent au pouvoir de l'argent. Bornons-nous à dire ici , pourquoi l'évaluation exacte des anciennes monnaies de notre province formait une entreprise difficile.

La première difl5culté se trouvait dans la nouveauté même de l'entreprise. Quand il entre dans un pays déjà parcouru par d'autres, le voyageur marche avec confiance. Avant de se mettre en route, il connaît la voie qui s'ouvre devant lui ; il sait par où elle passe et où elle mène; il pressent les parages

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