‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 6 sur 391 · NOS PRÉCURSEURS. — M. DE BERSTETT. VII · texte numérisé non relu

NOS PRÉCURSEURS. — M. DE BERSTETT. VII

OÙ il doit s'arrêter et ceux qu'il peut traverser rapidement; il profite des écarts de ses devanciers autant que de leurs découvertes. Mais lorsqu'on s'aventure dans une région encore inexplorée , tout est vague , nouveau , inconnu. Or rinconnu , s'il vous ménage des surprises agréables , vous prépare aussi de fréquentes déceptions. Dans votre ignorance des lieux, vous brâle\ , sans vous^ en douter, les sites les plus intéressants , vous sondez avec une malheureuse obstination des terres ingrates et stériles. Si vous étudiez tout ce qui se trouve sur votre chemin, vous vous embarrassez d'un bagage inutile, vous vous condamnez à une perte précieuse de temps ; si vous faites un choix, comme ce triage, au début, ne repose que sur des présomptions , il ne saurait être éclairé, et vous êtes forcé de revenir sans cesse sur vos pas, soit pour vérifier l'exactitude de vos premières observations , soit pour les compléter.

C'est le son que nous avons trop souvent éprouvé. Combien de documents n'avons-nous pas déchiffrés et transcrits , déçu par de vaines apparences, sans en retirer plus tard le moindre service ! Combien d'autres n'avons-nous pas dédaignés dans le principe, qu'il a Êillu rechercher et revoir ensuite, pour en extraire les renseignements qui nous avaient d'abord échappés! Que de tâtonnements n'aurions-nous pas évités, si nous avions pu être fixé d'avance sur les limites de notre travail et sur les ressources dont nous disposions ! Cette direction nous fit défaut. Les auteurs alsaciens, qui jusqu'à ce jour se sont occupés de nos anciennes monnaies , ont négligé presque entièrement le côté économique de la question.

Le premier en date, M. de Berstett *, n'a fait, au fond, qu'un M. de traité de numismatique alsacienne. Son ouvrage se compose d'une description de monnaies , précédée de quelques notices

1. Versuch einer Mûn^geschichte des E basses, Fribourg, 1840,

Berstett.

VIII INTRODUCTION

historiques sur les ateliers monétaires. Au point de vue où nous nous plaçons, une description numismatique ne pourrait nous intéresser , quelque parfaite qu'elle fût , que si elle nous édifiait sur le poids et le titre des diverses espèces. Or sur ce terrain, les indications de M. de Berstett sont trop rares et trop incomplètes pour avoir une utilité réelle. Quant à ses notices historiques , elles sont toutes empruntées à Ylllustrata de Schœpflin ; elles ne présentent qu'un avantage assez restreint, celui de grouper, en un petit nombre de pages, des données que notre illustre historien avait dû disperser dans les diverses parties de son vaste recueil. M. M. Levrault ^ a choisi un.cadre différent. Il a voulu décrire,

Levrault. g^yg Yunt de ses faces les plus saillantes , la lutte acharnée qui arma , pendant tant de siècles , la ville de Strasbourg contre son Évoque. C'est le droit régalien de battre monnaie qui absorbe son attention. Comme il le reconnaît lui-même, il < ne commente les monuments de l'atelier, soit pièces mon- « nayées, soit documents écrits, que pour jeter, autant que < possible, un jour nouveau sur les annales de l'évèché et de « la ville impériale de Strasbourg. >

Ce plan , M. Levrault l'a suivi avec une plume toujours élégante et facile, avec une merveilleuse souplesse d'esprit. Mais les vues les plus ingénieuses ne sauraient avoir l'autorité d'un document; les conjectures les plus spécieuses ne peuvent résister à l'affirmation de témoignages contemporains.

A l'époque où M. Levrault écrivait son livre , les archives de l'évèché ne possédaient plus qu'une partie de leur fonds monétaire, déjà si pauvre au siècle dernier. Le fonds monétaire de la ville était encore plongé dans cette confusion chaotique, d'où il a été tiré depuis par les patientes investi-

1. Essai sur Tancienne monnaie de Strasbourg. Strasbourg, 1842.

M. LEVRAULT. — SCHCEPFLIN. IX

gâtions de M. Brucker : on ne soupçonnait pas même son existence. On ne connaissait sur le monnayage de Strasbourg que quelques chartes transcrites dans ses cartulaires.

Par ce concours fatal de circonstances , M. Levrault n'apportait au procès, qu'il se proposait de vider , qu'une quinzaine de pièces réellement inédites. Grâce à cette pénurie de ressources, il a dû s'incliner devant les idées reçues et consacrer par l'autorité de son nom , des erreurs qu'il n'était pas en mesure de rectifier. C'est ainsi que, pour ne parler que de la dernière phase de Thistoire monétaire de Strasbourg, il s'est vu contraint de s'approprier, en les répétant , toutes les inexactitudes que Hermann avait publiées sur les monnaies françaises de l'Alsace (1682—1716).

Les deux monographies de M. de Berstett et de M. Levrault, ne jetaient donc aucune lumière sur la valeur des monnaies. La dernière seule renferme sur l'histoire des ateliers monétaires et des monnayeurs, l'une des parties secondaires de notre étude , des vues et des données nouvelles. Ces vues, nous ne les avons pas toujours acceptées. D'ordinaire notre . réfutation est implicite ; elle se borne à substituer au récit de M. Levrault les faits et les documents , qui n'avaient pu arriver à sa connaissance. Quelquefois cependant il nous a paru nécessaire de le combattre directement. Plus est grand et légitime le crédit d'un écrivain , plus il est urgent d'attaquer de front les erreurs qu'il a couvertes de son patronage.

A propos de MM. de Berstett et Levrault , nous avons cité deux auteurs , qui , sans faire des questions monétaires une élude spéciale , en ont parlé avec une évidente complaisance. On nous en voudrait , si nous n'accordions pas à leurs écrits une mention plus explicite.

Ddus son Alsace diplomatique ^ Schœpflin a édité quelques Schcepplin. chartes monétaires; dans son Alsace illustrée, il a décrit un certain nombre de médailles et esquissé rapidement, à propos

X INTRODUCTION

des diverses souverainetés de l'Alsace , leur droit régalien de battre monnaie. Ce savant érudit n'est pas un de ces hommes qu'il est facile de trouver en défaut. Dès qu'il a dépassé l'époque francique, l'âge privilégié des conjectures et des hypothèses, il ne s'avance guère qu'à pas sûrs. On peut développer, compléter son récit; on n'a que bien rarement l'occasion de le rectifier. Quant à nous, sur la question particulière qui nous occupe, nous ne saurions lui adresser qu'un reproche, qui est surtout un regret, bien naturel dans notre bouche. Ses données sont trop brèves, trop sobres de détails. Hkrmann. Les Notices historiques , statistiques et littéraires * de Hermann forment, à nos yeux-ç l'un des monuments les plus intéressants de la bibliographie alsacienne. Il comprenait l'histoire comme nous. L'agriculture, le commerce, l'industrie, les arts , les sciences et les lettres ^ occupent une large place dans son étude sur le vieux Strasbourg. Les questions économiques y sont traitées avec ampleur. Mais les monnaies le frappent surtout par leur gravure et leur forme. Il ne semble même pas soupçonner l'intérêt historique qui se rattache à leur valeur ; ou, s'il entrevoit le problème, il en méconnaît les éléments les plus rudimentaires.

En voulez-vous la preuve? A la page 166 de son premier volume, Hermann publie, d'après une brochure de 1629, le prix du marc fin de 1398 à 1628. A la suittf de ce tableau il ajoute la note suivante : t II ne faut pas perdre de vue que la « livre-pfennings valait 20 schillings (4 livres-sous).... » Que signifie cette parenthèse? La livre strasbourgeoise ou pfenning a valu 4 livres d'Alsace de 1682 à 1716, 4 livres de France de 1716 jusqu'à la révolution. Mais en quoi cette donnée sert-elle à l'intelligence d'évaluations dont la dernière est de 1628? Ne suppose-t-elle pas contrairement à toute vérité, et même à

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