T. I. p. 547, 350 et
CHATENOIS, ALTORP ET SCHLETTSTADT. 65
la suppression de Tatelier de Schlettstadt doit être rangée parmi les concessions de l'Empire. Dans l'acte de 1221 , Frédéric II abandonne, par l'article précédent, des conquêtes qu'il avait Élites à Molsheim et à Ettenheim ; et par l'article suivant , il restitue à la juridiction de TÉvêché les hommes de Saverne. Pour les chartes de 1223 et 1224, la disposition du texte n'est plus la même ; et cependant le paragraphe qui concerne la Monnaie, reste toujours placé au milieu de concessions ou de restitutions faites par l'Empire.
Ne doit-on pas conclure de là, que cette Monnaie est une fondation du parti impérial ? N'est-ce pas d'ailleurs une idée plus qu'étrange, de supposer que les évêques, qui possédaient de grands domaines près de Schlettstadt , ont été mettre un atelier monétaire dans cette ville impériale, où ils n'avaient aucune autorité et qui leur était ouvertement hostile ? Et cet atelier, établi dans une ville ennemie , aurait tranquillement fonctionné * pendant la durée même de la guerre.
Nous ne pouvons donc partager le sentiment de Schœpflin, ni sur ratelier[de Schlettstadt, ni sur celui deChâtenois,[qu'il suppose avoir succédé au premier.
L'oflScine de Châtenois doit son origine à sa situation. Placée à l'entrée du val de Lièvre et de S. Marie, elle offrait un débouché naturel aux mines d'argent, qu'on exploitait dans cette vallée dès le x* siècle. Il est donc probable qu'elle existait longtemps avant le second quart du xiii* siècle , et l'atelier voisin de Schlettstadt pourrait bien avoir été ouvert par les ennemis de l'Évêché , dans l'unique but de lui faire concurrence.
Cette officine ne nous est toutefois signalée en termes formels et précis, que par deux actes (1296 et 1306) qui constatent, en même temps, son existence antérieure et sa suppression. Nous avons vu plus haut que, lorsqu'il engagea sa Monnaie de Strasbourg , l'évê^ue Conrad de Lichtenberg promettait de fermer , pendant toute la durée du bail , les ateliers de Châtenois et d'Altorf. Rien ne nous autorise à croire qu'ils aient été rouverts dans la suite.
Les chartes de 1296 et de 1306 ne mettent toutefois pas ces
1. Moneta que adpresens in Sles^estatt cuditur^ removeatur^ omnino amplius «on cudenda, dit le premier traité (1221).
CH. II. — S. I. — ATELIERS DE LA BASSE ALSACE
deux ateliers sur la même ligne € Nous leur promettons aussi, dit la première, de supprimer pendant ces quatre ans , la Monnaie d'Altorf et notre Monnaie de Châtenois *. > La même distinction se retrouve dans la seconde *. TI résulte de là que si l'atelier de Châtenois était propriété directe des évêques de Strasbourg, il n'en était pas de même de celui d'Altorf, quoiqu'il fût alors, lui aussi , soumis, à un titre quelconque, à leur autorité.
Nous voyons en effet, par deux chartes de la Diplomatique ^ Léon IX et Frédéric I affirmer, en 1050 et en 1153, que par l'entremise du comte Eberhard , l'empereur OtHon I avait accordé le droit de monnayage à l'abbaye d'Altorf. Celle-ci usa sans doute de son droit, pour fonder une Monnaie, dont l'exploitation aura passé , à une époque inconnue , entre les mains des évêques. C'était pour ceux-ci le meilleur moyen de supprimer une concurrence toujours fâcheuse en pareille matière, et d'assurer au diocèse le bienfait de l'unité monétaire.
Les évêques Après la suppression des Monnaies d'Altorf et de Châtenois CONSERVENT (fljj d^ xin» sièclc), après les usurpations faites à Strasbourg (vers 1400) par le magistrat de cette ville , les évêques semblent n'avoir eu aucun atelier à leur service.
Pour le xv*^ et la première moitié du xvi» siècle, M. Berstett n'a trouvé qu'une seule pièce de monnaie * qu'il puisse attribuer à un évêqne. Elle fut frappée à Strasbourg, et notre numismate la revendique pour Robert de Bavière qui occupa son siège de 1440 à 1478.
On rencontre toutefois , pour la même période , des nominations de monnayeurs et de maîtres monnayeurs, faites par l'Évêché. Nous citerons parmi ces derniers Gaspar Ritter d'Urendorf (1479), Hamman Bôcklin (1507), Balthasar Bocklin (1508), Jérôme Hirschkorn (1531), Martin Hawg (1549), Israël Murckel (1561). Mais il est difficile de dire si ces offices répondaient alors à des fonctions réelles , ou si ceux qui s'en