MONE. XIII
classait par ordre chronologique, faisait ses calculs, et déversait dans la Zeitschrift le contenu de ses cartons. Puis il recommençait la même manœuvre, et deux ou trois ans après paraissait une nouvelle fournée de notices.
Des matériaux riches et nombreux furent mis de la sorte à la disposition des savants. Mais il était impossible à Mone, dans un travail entrepris sur une si vaste échelle et continué sans suite , de leur faire subir une élaboration toujours judicieuse. Ici il assigne à un document une date arbitraire, même évidemment fausse ; là il applique à un pays des principes qui ne conviennent qu'à un autre ; tantôt il transforme l'exception en règle , tantôt le sens précis des textes lui échappe. De là des incohérences, des contradictions, des anomalies, qui déroutent sans cesse le lecteur.
Les fautes qui déparent l'œuvre de Mone, étaient d'ailleurs , à notre sens , inévitables pour lui ; elles sont, avant tout, la conséquence forcée de sa position et de sa méthode. Lorsqu'on a un horizon borné , tous les détails vous frappent. Vous voyez le même règlement monétaire proposé par une commission d'enquête , discuté dans une conférence, formulé par une loi , exécuté par les monnayeurs , contrôlé par des essais , appliqué dans les livres de compte. Si l'un des éléments fait défaut, les autres y suppléent. Si la date est omise sur une pièce, elle vous est fournie par l'écriture, par un nom propre, par une allusion. Si une erreur se glisse dans vos calculs , pour peu qu'elle soit sensible , vous en êtes aussitôt averti. Aucune lacune ne passe inapperçue, et vous trouvez toujours quelque indication, qui vous permette de la combler. Rien ne distrait votre attention. Tout concourt à la soutenir et à l'éclairer.
Ces ressources manquaient à Mone. Grâce à la nature intermittente de son travail, on n'y rencontre ni suite, ni unité de vue ou de procédé. Grâce à l'étendue presque illimitée du
XIV INTRODUCTION
champ qu'il exploite, il perd en profondeur ce qu'il gagne en superficie : il effleure le terrain sans le creuser. Les données qu'il publie n'ont pour lui, comme pour le lecteur, qu'un caractère isolé, individuel. Il ne songe pas à les coordonner , et l'eût-il voulu, il ne lui eût pas été possible d'en former un ensemble systématique et rationnel.
Cette situation une fois constatée, les évaluations de Mone ne pouvaient plus être acceptées que sous bénéfice d'inventaire, comme des points de comparaison, comme des moyens de contrôle , mais non comme des résultats scientifiquement certains. Il ne dépend du reste que du lecteur, d'établir un parallèle entre notre travail et le sien , et de se prononcer en connaissance de cause. Il verra que les conclusions de la Zeitschrift et ses prémisses elles-mêmes, ont toujours été soumises par nous à une vérification sérieuse et franchement indépendante. Pour mieux dire, nous avons fait abstraction complète des articles de cette Revue ; nous avons recommencé , comme si l'œuvre n'avait jamais été tentée, le dépouillement minutieux des documents monétaires que renferment les diverses archives de l'Alsace. Nous avons ensuite classé, dégrossi, élaboré ces matériaux. Nous avons arrêté notre plan et tracé les principales lignes de l'édifice que nous nous proposions d'élever. Ce n'est qu'alors, au moment de terminer notre tâche , que nous sommes revenu à Mone , pour faire la révision critique de notre propre travail. Lorsque nos données ne concordaient pas avec les siennes, nous avons recouru de nouveau aux archives, à la source où, l'un et l'autre, nous avions puisé. Quand d'accord sur les prémisses, nous ne nous trouvions en dissentiment que sur les estimations elles-mêmes , nous avons revu avec soin et nos calculs et les principes sur lesquels ils s'appuyaient. M. Telle fut aussi notre conduite à Tégard d'un autre savant,
JM. Schreiber, auteur d'une histoire de Fribourg. De 1403 à