‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 82 sur 391 · BERGHEIM · texte numérisé non relu

BERGHEIM

ces velléités de monnayage, qui étaient pour eux , avant tout, une satisfaction de vanité.

Dans une ville voisine des Ribeaupierre , se trouvait un Bergheim. atelier qui semble remonter à une date fort ancienne. Les évêques de Toul , possesseurs de Bergheim, obtinrent dès le milieu du xi' siècle, le droit d'y frapper monnaie '.

Ce droit passa-t-il réellement à la ville elle-même, et à quel titre? On l'ignore. Ce qui est certain, c'est qu'une charte qu'elle obtint en 1375 (9 août), de l'archiduc Léopold II, le lui reconnaît sans aucune réserve. Bergheim, engagé avec le château de Reichenberg aux nobles de Hattstatt , s'était dégagé de ses propres deniers. Pour les récompenser de ce dévouement et leur fournir le moyen de rentrer dans leurs déboursés , Léopold II , en son nom et au nom de son frère Albert III, reconnaît à ces braves bourgeois, « que la monnaie et le droit de monnayage, qui étaient (waren) dans notre ville de Bergheim, doivent être et rester dans la susdite ville, avec tous les droits, franchises et bonnes coutumes, qui y existaient {gewesen sin) . De la sorte, nos susdits bourgeois auront pleine et entière puissance , de prendre un maître monnayeur, de frapper et d'émettre des deniers, comme cela se pratique dans celles de nos autres villes qui ont la monnaie. >

Tel est le texte même du diplôme. N'est -il qu'une simple confirmation ? Transforme-t-il une concession temporaire en privilège perpétuel? Assure-t-il à la municipalité un établissement exploité jusque-là par d'autres ? Renouvelle-t-il un droit tombé en désuétude ? Autant de questions, que le langage de Léopold II ne permet pas de résoudre. Il n'en ressort que trois points, bien clairement établis : qu'il y avait eu antérieurement un atelier monétaire à Bergheim , que cet atelier se trouvait fermé en 1375 , et que la ville pouvait le rouvrir à son bénéfice particulier.

Elle se montra disposée à profiter sans retard de cette faveur. Dès le mois suivant elle obtenait du même archiduc, une nouvelle charte, destinée sans doute à lever quelques difficultés de détail. Le prince y dit, qu'ayant permis à ses fidèles bourgeois de Bergheim, de frapper une nouvelle mon-

1. V. Archives de Bergheim, Colmar. 1866. Notice de M. Bernhard,

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naie, il les autorisait aussi à acheter partout de l'argent, comme les autres villes, investies du même droit *.

La ville de Bergheim prit part aux conventions monétaires de 1377 et 1387. Elle monnaya en même temps. Ce fait, qui a été souvent mis en doute , nous est prouvé par les Archives de Strasbourg. Nous y avons rencontré, et nous les citerons plus loin , l'indication d'essais qui furent faits, en 1386, sur des deniers de Bergheim.

Mais ce monnayage ne dura pas longtemps. Bergheim ne s'associa , ni au traité monétaire de 1399 , ni aux traités qui furent conclus, plus tard , par la confédération de la RappenmUnti *.

CoLMAR. Il nous reste maintenant à parler des États alsaciens qui constituèrent, avec Bâle et les villes badoises de Fribourg et de Brisach, la confédération de la Rappenmiint^. Ce que nous avons dû rappeler plus haut, dans l'histoire générale de cette association , nous permettra de résumer en peu de mots ces notices particulières.

Colmar doit son droit de battre monnaie à deux chartes distinctes, qui lui furent accordées, toutes deux, le même jour (23 avril 1376) et par le même empereur.

Par l'une d'elles, Charles IV lui permet de monnayer — vu son dévouement et jusqu'au retrait de ce privilège — c de bons deniers d'argent , qui doivent être réglés sur le titre et la monnaie de Bàle, mais avec une effigie particulière ^. »

La seconde est motivée par « les dommages de toute espèce que les Colmariens éprouvent à cause de la monnaie qu'on frappe à Bàle et dans les cercles du voisinage. » En conséquence, elle les autorise à émettre « à leur effigie particulière des deniers d'argent conformes au pied qui leur paraîtra le plus avantageux *. »

i. Als. dipL t. Il, p. 272.

2. Dans une charte de 1387 (Arch. du Bas-Rhin. H. 1616), une rente de 1 «. str. est vendue pour 19 ^., « deux deniers bâlois, pour un denier de la monnaie qui est en usage à Bergheim, ^(wene basler pfenning fir ein der Mùn^e^ die :{u Bergheim gange und gebe ist. » Ce texte prouve qu'à cette époque, Bergheim avait la même monnaie que Colmar. V. plus bas, chapitre vu.

3. Die besteen sullen auff Baseler korn und mûnjce , doch unter yrem sunderlichen c^eichen und gebrege.

4. Und auch von mancherley gebrechen und schaden wegen den sic haben.

COLMAR. 107

Nous ne chercherons pas à expliquer la coexistence de ces deux chartes. Les hypothèses que Ton pourrait faire à ce sujet, sont aussi variées que stériles. Il nous suffira de constater le fait.

Malgré rinsistance que le magistrat de Colmar'semble avoir déployée en cette occasion, il ne montra aucun empressement à exploiter son nouveau privilège. On ne le voit prendre une part active à aucune des conventions monétaires qui remplirent le dernier quart du xiv^ siècle. Ni les archives, ni les médaillers, ne permettent de croire qu'il ait monnayé à cette époque. Enfin, comme les monnaies qui figurent dans les coQtrats colmariens du temps , forment le double des espèces bàloises , ou se confondent avec elles , rien ne nous engage à supposer, pour Colmar, un monnayage particulier.

Ce n'est que le 23 février 1403, que cette ville renonce à son abstention. Elle entra dans la confédération de la Rappenmûntz, et, le 5 mai suivant, se mit en mesure de remplir ses engagements. Un traité fut conclu avec le maître-monnayeur Frédéric Eschbacher, qui promit d'exécuter loyalement et pendant toute sa durée (6 ans) les diverses clauses de la convention. Le magistrat renonçait en sa faveur à tout seigneunage, lui abandonnait le monopole du change, et lui allouait même une somme de 3 /it ou 6 florins (51 fr. 60) pour frais de logement *.

Ces conditions, plutôt onéreuses que profitables à la ville, expliquent son peu d'ardeur à user de ses droits. Elles Thonorent du reste et prouvent qu'elle cherchait dans le monnayage , non une source de profits , mais le moyen d'assurer aux habitants l'avantage toujours précieux d'une monnaie régulièrement taillée et de bon aloi.

L'atelier de Colmar devait monnayer un minimum de 300 marcs d'argent fin par an. Dans les six derniers mois de 1403 il fabriqua 617 m. 11 1. d'alliage, soit 411 V2 marcs d'argent

von der Mûn^e die man slehet f m Basel und in den Kreysen dorumb, . . . silberjrne pfenninge slahen lassen als sie die Mûncje nuc:{e und gut dunket. 1. Und hat in von der Stette und der gemeinde wegen fw Colmer des selben siège schat^es guotliche ledig geseyt und in des erlas^en und imme dar^uo versprochen und verheisen fwo gebende allejare dru pfiint' pfenninge oder aber sechs guide n fur hus und her berge darinne er die mûnsiejbesorgen wd getriben kônne.

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fia. Ea 1604 il resta au-dessous de ses engagements (21 1 marcs d'alliage), mais il les dépassa de nouveau dans les huit premiers mois de Tannée 1605 (580 Va marcs d'alliage, 387 marcs d'argent fin).

L'histoire monétaire de Colmar se confond dès-lors avec celle de la Rappenmûntz. Les archives prouvent sa participation très-active aux règlements communs édictés pendant le cours du XV* et du xvi* siècle, aux négociations incessantes qui interviennent entre les confédérés et les propriétaires des mines, etc. Mais elles ne nous présentent aucun fait saillant qui lui soit particulier.

Pendant le xvi« siècle nous trouvons à la tète de l'atelier colmarien, M. Carlin (1529), Wendelin Werner (f 1535), Adeberg Rosenblatt (1535), Louis Rosenfarb (1543), Werner Zentgrafif (1564, 1571), Caspar Mock de Strasbourg (1583), Martin Frœschesser (1589), Balthasar Moser (1584 — 1604). Vers le milieu du siècle on y monnayait environ 2250 marcs fin, soit 120,000 fr. par an. Mais la fabrication diminua des deux tiers, quand l'argent des mines fut accaparé par la Monnaie d'Ensisheim (1584).

La guerre de Trente ans ferma l'atelier de Colmar, et il ne se rouvrit qu'en 1659. A cette époque le maître-monnayeur de Bâle , Jacob Schultheiss , vint monnayer à Colmar environ 2000 fl. de petites monnaies.

En 1670 (9 août), Jean-Martin et Jean-Valentin Bitsche, de

Strasbourg, se chargèrent de la Monnaie colmarienne et y

/21 février\

déployèrent une assez grande activité. En 1674 l— )

\ «3 mars, /

Jean-Michel Bitsch , « bourgeois et monnayeur de Strasbourg, » qui avait promis d'en prendre la direction, recevait du magistrat de Colmar et de l'intendant La Grange , l'exemption « des impositions pécuniaires, logements des gens de guerre, et généralement de toutes les charges tant ordinaires qu'extraordinaires. » Mais cet acte qui annonce un bail nouveau et qui devait être ainsi le point de départ d'une fabrication plus développée , ne semble avoir eu aucune suite. C'est le dernier signe de vie que nous ayons rencontré pour la Monnaie de Colmar.

L'explication du mystère se trouve sans doute dans les données suivantes, que nous empruntons aux Protocoles de

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la Chambre des xv de Strasbourg. On y annonce , dans la séance du 13 février 1674, que des deux monnayeurs de la ville, Tun doit avoir proihis par contrat de « monnayer à Ck)lmar Targent de l'armée française, » tandis que Tautre continuerait à surveiller l'atelier de Strasbourg. Il fut statué en conséquence qu'ils auraient à résilier cette entreprise ou à donner leur démission. Dans la séance du 28 février, on s'inquiète de nouveau d'une visite que l'intendant français de Brisach doit avoir faite au maître monnayeur. Enfin le 13 mars il est encore dit que Jean-Michel Bitsch a offert jses services à la ville de Colmar ; mais on lui adresse une sommation impérieuse de renoncer à tout engagement de ce genre.

C'est ainsi que s'éteignit le dernier atelier de la Haute Alsace. Celui des archiducs avait disparu depuis longtemps.

Ces princes semblent s'être tenus pendant plusieurs siècles Les en dehors des préoccupations monétaires du pays. On nelesvoit archiducs sortir de cette réserve que dans le dernier quart du xiv*^ siècle. ^ Autriche. Ils accordèrent alors le droit de battre monnaie à la ville de Bergheim, en 1375, à celle de Thann, en 1387. Ils prirent part aux conventions monétaires de 1377 et 1387, ils dominèrent dans celles de 1399 et 1403, et bien qu'ils ne s'engageassent pas à monnayer , ils se réservèrent le droit de le faire, si bon leur semblait.

La ville de Thann reçut un privilège conçu en des termes, A thann. qui méritent d'être signalés. Pour Haguenau, Léopold s'était contenté de dire , qu'il autorise la ville à frapper, de concert avec les officiers de l'Empire , des monnaies d'or et d'argent. A Bergheim, le même prince accordait la faveur de faire une monnaie nouvelle, d'avoir un maître monnayeur et le droit d'acheter partout l'argent nécessaire à cette fabrication. Thann obtient des archiducs, le privilège « de fondre et frapper leur monnaie, avec la taille et les droits qu'ont leurs autres villes de l'Alsace et du Sundgau. »

Ce n'est donc pas une Monnaie indépendante, une Monnaie municipale que la ville de Thann acquiert; c'est l'exploitation de la Monnaie archiducale. Au lieu de monnayer eux-mêmes, ses princes lui concèdent le droit de le faire en leur place.

Thann tarda quelque temps à user de son privilège. « Vers cette époque, dit la Chronique de Thann en 1418, on com-

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mença à fabriquer ici des monnaies et le premier maître monnayeur fut Clevin Bûrcklin, qui demeurait dans la maison de la Licorne, en face de T hôtel de ville *. > Cette indication n'est pas complèteiîient exacte. Thann monnaya dès 1404; mais il est probable qu'après le procès , qu'on fit à son monnayeur en 1406 , la fabrication des espèces fut suspendue et ne recommença que vers 1418.

Thann ne faisait pas directement partie de la confédération de la Rappenmûnt:(. Si ses représentants assistèrent parfois aux conférences monétaires de l'association, ce ne fut que par faveur et ils n'y obtinrent jamais le droit de voter.

L'atelier de Thann n'en continua pas moins à fonctionner avec activité , jusqu'en 1565. A cette époque il constata par des calculs , que nous citerons ailleurs , que les règlements ne permettaient pas de monnayer sans perte , et la ville renonça prudemment à un privilège que les circonstances avaient rendu onéreux.

Fermé par des motifs d'intérêt, cet atelier ne se rouvrit que sous l'empire des mêmes préoccupations , vers la fin de la crise monétaire , qui désola toute l'Allemagne jusqu'en 1623. Mais il fut supprimé peu de mois après le rétablissement de l'ordre et disparut pour toujours.

A La Monnaie d'Ensisheim ne fut établie qu'en 1584. Lors de

l'invasion suédoise, on la transféra dans la ville de Brisach, où elle survécut, pendant quelques années, à la ruine de la domination autrichienne en Alsace. Elle était destinée à remplacer l'atelier de Thann fermé , comme nous venons de le dire, en 1565. Elle fonctionnait au compte des archiducs euxmêmes , et grâce à cette situation exceptionnelle, jouit, pendant son existence d'un demi siècle, d'une prospérité rarement interrompue. Tout l'argent des mines d'Alsace y affluait. Des agents nombreux, juifs et chrétiens, allaient chercher au loin les métaux que ses machines hydrauliques convertissaient en espèces, avec une rapidité et une économie remarquables pour l'époque.

Le lecteur trouvera dans le chapitre sixième, quelques détails sur l'installation intérieure de cet atelier/ On y verra aussi avec quelle estime Briot parle de la Monnaie d'Ensisheim.

1. Chronique de Thann, par Tschambser. Colmar. 1864. 1. 1. p. 506.

ENSISHEIM.

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