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MULHOUSE

Le monnayage de Mulhouse fut de si courte durée, laissa Mulhouse. dans l'histoire si peu de traces, que nous avons entendu des savants distingués, pleins d'amour pour les traditions de cette ville, le contester avec une vive insistance.

Mathias Graf * a consacré plusieurs pages aux monnaies de Mulhouse ; les médaillers conservent un certain nombre de pièces frappées à son effigie ; les coms qui servirent à cette fabrication, subsistent encore. Mais toutes ces preuves ne suffisaient point à dissiper les doutes. Graf, disait-on , s'est laissé tromper par de vaines apparences. Les monnaies Mulhousiennes ont été faites dans l'atelier de Bâle, et c'est là que furent employés les coins qui sont arrivés jusqu'à nous.

En face de ces dissentiments nous hésitions nous-même à nous prononcer, lorsque les archives de Mulhouse vinrent lever tous nos scrupules.

On y trouve d'abord une lettre du 6 février 1622, par laquelle Jean-Henri et Jean-Ulrich Weitnauer, avertis de l'intention qu'avait Mulhouse d'ouvrir un atelier monétaire (ein mUnt\n^erck uffrichten), lui présentaient leurs offres de service.

Le magistrat , dans sa réponse , promit de songer à eux ; mais, sur la recommandation du docteur Jacques Henri- Petri, de Bâle, ce fut avec Bernhart Weitnauer, maître-monnayeur de Rothwil, et Jean-Ulrich Falckner de Bâle, qu'il traita le 20 mars suivant. La ville leur abandonnait le monnayage pour dix ans, moyennant un canon annuel de 8000 florins (12,000 francs). Ils se chargeaient de tous les frais d'installation , acquisition d'immeubles, aménagement, outillage, etc. Le montant du fermage leur était laissé jusqu'à i entier remboursement de ces avances..

L'Alsace se trouvait alors, comme nous l'avons déjà dit, au milieu d'une grande crise monétaire , qui ne devait se terminer que vers le milieu de l'année suivante. Les monnayeurs affaiblissaient à l'envi les pièces d'appoint , et réalisaient , par ces altérations officielles, des bénéfices aussi considérables que funestes au peuple.

En fondant un atelier monétaire, le Magistrat de Mulhouse voulait-il préserver ses administrés de ce pillage éhonté, ou

l. Geschichte der Stadt Mûlhausen, 1820, 2" partie, p. 324 et suiv.

112 CH. II. — s. II. — ATELIERS DE LA HAUTE ALSACE.

ne songeait-il qu'à y prendre lui-même une part lucrative? La réponse à cette question n'est point douteuse, quand on songe au prix relativement élevé du fermage, et qu'on lit avec attention le texte même de la convention. Elle exige que les thaler^ les florins, les pièces de six et trois batien soient conformes au pied monétaire de Bâle. Mais « quant aux vierer, aux rappen ou deniers, ajoute-t-elle , ils sont laissés au bon plaisir de notre maître-monnayeur ; sur ce point nous ne leur prescrivons rien *. >

Les fermiers se mirent aussitôt à l'œuvre. Une maison fut achetée dans la Spittelgasse, et les travaux commencèrent dès le 23 mars. Ils durèrent près d'une année. C'est le 19 février 1623 qu'on annonça officiellement au sénat l'installation définitive de l'atelier, et qu'il écrivit lui-même aux divers États de la province, pour leur notifier solennellement son monnayage.

On monnayait cependant depuis deux mois , comme nous l'apprend une intéressante notice insérée dans le Rathsprotocoll par le secrétaire du sénat. La voici littéralement traduite: « Vers Noël , l'année dernière , on a fait des vierer. Ce sont là les premières pièces qui aient jamais été fabriquées en cette ville ^. Ces vierer ont d'un côté une croix comme d'habitude, et à l'entour, sur la proposition de mon père le docteur Jacques Henri-Petri de Bâle, l'inscription : Ex uno omnis nostra salus. Sur l'autre côté se trouvent la moitié de l'aigle impériale, la moitié de la roue de Mulhouse , et la légende : Moneta nova Milhusina 1622. >

Nous ignorons quel accueil fut fait au dehors à la notification de Mulhouse et à ses monnaies elles-mêmes. Tout ce que nous savons, c'est que la ville expédia, à la fin de la même année (1'" décembre), une nouvelle circulaire qui nous a été conservée par les archives de Colmar. Le magistrat y affirme qu'il monnaie en vertu d'une concession que la ville tient de l'Empire, et s'engage du reste à se conformer fidèlement au pied monétaire admis dans le cercle du Haut-Rhin.

En dépit de ces réclames, le monnayage de Mulhouse n'eut

1. Soll es mit den vierern und pfennigen oder rappleren \u unsers mûnt\meisters belieben und gefallen stehen, in dem schreiben wir ihnen nichts vor,

2. Es seind die ersten Mûnt^en, namblichen vierer, gemacht worden uff Wienachten verchienenen jahrs, unnd dièses ist a'ie erste tnûntj gewesen, so

jehmalen in dieser Statt geprdgt worden.

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