‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 85 sur 391 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les Archives de TAlsace, celles de Strasbourg en particulier, présentent à propos des Monnayeurs deux séries de documents, qui méritent de fixer notre attention.

Les uns s'étendent du xii' au xv« siècle, et concernent la corporation connue sous le nom de Husgenossen ou de Mûnt^er. Les autres ne datent que du siècle dernier et se rapportent à la cour des Monnaies, que la France établit à Strasbourg, peu de temps après l'occupation de cette ville. Entre ces deux époques on ne rencontre dans les ateliers monétaires que des ouvrier3plus ou moins habiles, sans importance politique, dont les noms seront cités ailleurs, pour l'histoire de l'art.

Les démêlés de Strasbourg avec la Monnaie française, nous édifieront sur la condition légale que subissaient , au xviii* siècle, plusieurs de nos plus importantes industries.

Les documents qui concernent les Husgenossen , nous montrent que le patriciat primitif de nos vieilles cités, se confondait avec le corps des monnayeurs. Par les lumières qu'ils jettent sur leur organisation politique et civile , ils peuvent éclairer d'un jour précieux , non seulement les débuts de ces intéressantes républiques , mais encore les destinées antérieures de la corporation monétaire.

Malgré les recherches qu'on a faites à ce sujet , malgré les lettres si curieuses que M. de Barthélémy a publiées dans la Revue de Numismatique (1847, 1848, 1850 et 1852), ce que l'on sait sur les monnayeurs de Rome et de l'époque francique se réduit à peu de chose. Leur condition reste toujours enveloppée de ténèbres épaisses.

Mais si les fiaits que l'érudition a pu constater, si les traits que fournissent les recueils d'histoire ou de droit, permettent de reconnaître, entre les monnayeurs anciens et les Husgenos- 5«i de Strasbourg, de frappantes analogies, n'est-on pas en droit d'aller plus loin ? N est-on pas autorisé à croire que l'assimilation s'étend encore à une foule d'autres points , sur lesquels les données précises nous font défaut ?

Pour mettre le lecteur à même de se prononcer en connaissance de cause, résumons en peu de mots, ce que l'on sait des anciens monnayeurs.

Sous la République romaine, le monnayage était soumis à la surveillance immédiate des Triumviri monetales ^ qui relevaient eux-mêmes des Questeurs de la ville , responsables vis-à-vis du sénat. Sous l'Empire , les Triumviri un instant supprimés , puis rétablis par Auguste, virent leurs fonctions se confondre avec celles des Curatores monetœ, plus connus sous le nom de Procuratores , qui avaient succédé aux Questeurs. Chaque Monnaie eut alors à sa tête un Procurator qui dépendait du Cornes sacrarum largitionum.

Les attributions de ce cornes nous sont signalées par la Notice de l'Empire et par les formules de Cassiodore *. « C'est toi, lui dit le roi Théodoric , c'est toi qui fais imprimer sur les métaux les traits de notre figure, et qui , par la monnaie, transmets à la postérité un souvenir de notre temps. Idée grande et ingénieuse ! Admirable institution de nos pères ! Les princes dont la pensée ne cesse de veiller au salut de tous, semblent encore protéger, par leur image , le commerce de

leurs sujets Les négociants, si nécessaires à la vie sociale,

sont placés sous ton autorité. Tout ce que les hommes ont de plus précieux, vêtements , airain , argent, pierreries, tout est réglé par toi. »

Quant à ceux qui dirigent les Monnaies , voici en quels termes Cassiodore décrit leurs devoirs * : « Avant tout il faut rechercher la bonté des monnaies, qui sont marquées de notre effigie et créées pour l'utilité publique. Que respectera-t-on, si l'on ne respecte pas notre propre image?... Comment admettre qu'un homme puisse trouver son profit dans ce qui

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