‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 86 sur 391 · Var. L. VII. xxxii. Formula qua moneta committitur · texte numérisé non relu

Var. L. VII. xxxii. Formula qua moneta committitur

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est la ruine de tous?. . Nous voulons qu'on laisse aux deniers leur poids réglementaire . . . Nous ne voulons pas qu'ils tombent dans le mépris par un alliage impur. Nous te recommandons en conséquence le soin de notre monnaie pendant cinq ans. De même qu'un châtiment sévère t'attend, si tu manques à tes devoirs , de même tu peux compter sur notre gratitude, si tu les remplis en conscience. »

Le Cornes sacrarum largitionum et le Procurator^ comme le prouve la teneur même de ces formules, étaient des fonctionnaires publics, plutôt que des monnayeurs proprement dits. Ils avaient le contrôle, et non la fabrication des monnaies ; et ce contrôle , ils l'exerçaient comme délégués du prince , au nom de la société.

Le monnayage appartenait aux monetarii qui constituaient la familia monetalis^ une corporation soigneusement close. Il était aussi difficile aux étrangers d'y entrer, qu'aux fils des monnayeurs d'en sortir. Pour être agrégea ce corps, lorsqu'on n'y était pas appelé par la naissance et à moins d'un cas de nécessité pressante , il fallait , non seulement donner des preuves de capacité, mais encore obtenir l'autorisation du gouverneur de la province , l'aveu de la corporation , et la confirmation de l'Empereur lui-même*. Si ces formalités n'étaient pas observées, l'intrus était chassé de la corporation, banni à perpétuité de la province, et la même peine frappait tous ceux qui l'avaient aidé.

D'un autre côté , le monnayeur devait demeurer dans sa condition et n'en pouvait être affranchi par aucune dignité *. Si par une faveur spéciale, l'Empereur lui permettait de substituer un autre à sa place, sa postérité n'en restait pas moins attachée à la corporation , et ses biens demeuraient sous la dépendance des Largesses sacrées *. Si une femme d'un rang

1. L. 16. C. de murilegulis, etc. 11. 7. Ne quis publias corporibus ascribatuT, nisi urgente necessitate , vel nisi sit ex eo génère, et tant arte quam œtate habilis atque idoneus, actis apud Prœsidem provinciœ factis^ et esse illum idoneum corpore déponente, rursusque gestis ad nos delatis, ut confirmentur divino oraculo nostro vice probatoria,

2. L. 1. id. Monetarius in sua semper conditione dur are oportet : nec dignitatis cujuscunque privilegio ab hujus modi conditione liberari {anno

3. L. 13. id. Si quis ex corpore,, monetariorum,,. addivinas largitiones nexu sanguinis pertinentium , voluerit posthac de suo collegio liberari, . . universi

illustre, s'unissait à un monnayeuret refusaîlde s'en séparer, elle et ses enfeints participaient à sa condition. Les fils et les filles de monétaires ne devaient se marier qu'avec des membres de la corporation K

Enfin un autre texte nous apprend que la condition des moonayeurs les rendait incapables d'être élevés aux titres de Perfectissime, de Duc, d'Egregius. Dussent-ils mériter ces charges, on devait les en excliire et les rendre à leur collège *.

Tous ces renseignements ne donnent à notre curiosité qu'une satisfection bien incomplète. Les dignités qu'on refase aux monnayeurs, laissaient à leur ambition une carrière encore très-vaste. Le fils deveiit suivre la profession du père ; ' mais au iv* et au v« siècle, c'était la condition commune de toutes les classes de la société romaine. Des liens de dépendance soumettaient tous les monnayeurs , corps et biens , au fisc impérial ; mais cette dépendance répondait à des situations si diflférentes ! Elle ne s'appliquait pas plus à l'esclave proprement dit , qu'à l'affranchi ministre , qui , sous le nom de son maître, fesait trembler les descendants effacés du patriciat romain et les rois barbares voisins de l'Empire.

Les monnayeurs formaient un corps puissant, soit par leur nombre, soit par leurs richesses. On le voit par un soulèvement qu'ils tentèrent, vers 270, contre l'empereur Aurélien. Voici comment ce prince en parle lui-même, dans une lettre adressée à Ulpîus, son père adoptif : « C'est une espèce de fatalité; tout ce que je fais ne sert qu'à augmenter les troubles. Une sédition qui éclata dans l'enceinte de Rome, est devenue ainsi une guerre terrible. Les monétaires se sont révoltés à l'ins-

generis sut prosapiam infUnctione memorati corporis, cum omnibus ejus, qui absolvitur , rébus obnoxiam largitionibus sacris futuram esse non dubitet ianno 4o6),

1. L. 7. id. Mulier splendidioris gradus monetarii adhœrens consortio. . . sicomplexui monetarii putaverit inhcerendum, non ambigat sibi et liber is prœjudicaturam^ et ejus conditioni esse nectendam .... Ut monetario nullam extraneam necti volumus, ita et ex monetario pâtre susceptas prohibemus extraneis copulari (a. 38 o).

2. Const. 1, a. Bithynos . . . Nec dignitates eis perfectissimatus tribut 'oportet), vel ducence, vel centence , vel egregiatus. Basilic. L. vi, t. i, 22. Sullus negotiator, vel monetarius, vel abjecti officii, dignitatem aliquam consequi pertentet, Quod si etiam consequatur, rursum collegio suo reddatur.

tigatioa de Félicissimus, le dernier des esclaves, que j'avais nommé procurateur * du fisc. Ils ont été comprimés , mais

dans la lutte ont péri sept mille de mes soldats On voit

par là que les Dieux immortels ne m'accordent point de victoire facile. »

Le chiffre des soldats tués , suppose aux Monnayeurs une véritable armée. L'historien Zosime qui raconte aussi cette révolte, insiste encore ailleurs sur le nombre considérable des monnayeurs. A l'en croire , Julien l'apostat craignait que les Chrétiens ne fissent une sédition à Cyzique, de concert avec les artisans du fisc , les ouvriers en laine et les monnayeurs. « Ces artisans qui étaient très-nombreux et répartis en deux innombrables cohortes, habitaient Cyzique avec leurs femmes et leurs domestiques , par l'ordre des princes antérieurs. Ils payaient au fisc une rente annuelle , consistant en habits militaires, pour les uns ; en deniers nouvellement frappés^ pour les autres^. »

Ces dernières paroles nous semblent dignes d'être notées. Mais avant d'insister là dessus , plaçons ici une explication indispensable. Le mot monetarius toX, par lui-même équivoque, ou si vous le préférez , il s'appliquait, en général, à tous les membres d'un corps , qui se subdivisait au Moyen-Age en deux catégories distinctes. On pouvait donner ce nom aux ouvriers qui s'occupaient de la fonte, de l'ajustage, delà taille, de la gravure des monnaies, au personnel subalterne des ateliers. Il désignait aussi les changeurs, les financiers, les banquiers, qui fournissaient le métal précieux aux ouvriers proprement dits, les salariaient et se réservaient les bénéfices du monnayage ^.

Les lexiques anciens préfèrent même le nom de monetarius pour cette dernière classe de monnayeurs , et appellent les autres des nummularii. « Le nummularius^ dit un grammairien

1. Flavius Vopiscus, auquel nous empruntons cette lettre, rappelle rationalis.

2. V. 15. Qui numéro abundantes et in duos numerosas cohortes distributi,. certam quotannis pensionem flsco inferentes , iîli vestem militaremy hi nummos recens cusos.

3. Nous voulons parler des profits que peuvent procurer, soit le remède, soit l'achat des métaux précieux au dessous du tarif qui sert de base aux règlements monétaires.

du ix« siècle S est ainsi appelé du mot nummus (denier), parce qu*il frappe les deniers. Le monetarius reçoit de l'argent de certaines personnes, le transforme en deniers , et au bout de Tanaée, rend la somme qu'on lui a confiée , avec la part de profit qu'il doit à son travail. » « Les nummularii^ dit à son tour Jean de Garlande (xi« siècle) , qui fabriquent la monnaie paraissent être riches , mais ils ne le sont pas. Bien qu'ils monnaient les deniers, ceux-ci ne leur appartiennent point ; mais on les envoie au change, où les changeurs les échangent avec profit, p Personne n'ignore d'ailleurs que, dans une foule de chartes et de documents, le mot latin moneta, comme l'expression allemande Mûnt^ , désigne une banque de Change, plutôt qu'un atelier monétaire.

La même distinction, sinon dans les termes, du moins dans la condition des personnes, ne se serait-elle pas déjà rencontrée sous l'empire romain ? C'est à résoudre cette question que nous semble servir le texte de Zosime. La position des moonayeurs y est assimilée à celle des colons. Ils n'étaient donc point , vis-à-vis de l'État , des esclaves , nourris par un maître, auquel ils doivent leur temps et leur travail ; ni des ouvriers , qui accomplissent une tâche fixe , pour un salaire conventionnel. Ils ne donnaient au fisc qu'une rente annuelle de nouveaux deniers , une espèce de dîme , prélevée sur le produit de leur industrie.

N'est-on pas en droit d'en conclure que cette industrie a, sous certains rapports , un caractère privé ? Elle s'exerce sans doute dans des édifices publics , elle est placée sous la surveillance du gouvernement, qui veille à l'intégrité du monnayage et perçoit sa part dans les bénéfices. Mais }es monnayeurss o\i du moins les plus riches d'entre eux, peuvent se procurer eux-mêmes les métaux précieux, les mettre en œuvre avec le concours de ceux de leurs confrères , qui n'étaient que de simples ouvriers , et échanger les nouvelles monnaies contre des lingots, dès qu'elles étaient agréées par le représentant du pouvoir central.

De cette manière on s'explique mieux l'extension que reçut la sédition de Félicissimus. Elle fut provoquée par des mesures qu'Aurélien avait prises , contre la mauvaise mon-

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