‹ Études égyptiennesChapitre 12 sur 47 · PRÊTRE D'AU MON, NOFRIHOTPOU · texte numérisé non relu

PRÊTRE D'AU MON, NOFRIHOTPOU

«11 dit : L'immobilité du chef, c'est elle, en vé-

1 Dûmichen, Hist. Ins., L II, pi. XL; Stern, Dos Lied des Harfners, dans la Zeitschrift, 1873, p. 58-63, 73-73. Cf. dans Y Annuaire de f Association pour l'encouragement des études grecques , 1876, p. 188, une traduction française des premières lignes de ce texte , et dans l'article de M. Laulh sur la musique égyptienne (Monatsberichte de l'Académie des sciences de Munich, 1873, p. 577-580), une traduction allemande.

1 Le chef est ici Osiris, comme le prouve la variante nb^A

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rilé, qui est le destin excellent. Les corps se produisent pour passer depuis le temps de Dieu, et les générations jeunes viennent en leur place : Râ se lève au matin, Toum se couche au pays de Manon; les mâles engendrent, les femelles conçoivent, tous les

du Papjrus llarriï. L'immobilité [ *^* -»■ Si ***" ) mentionnée ici eit l'immobilité du cœur ( V^ — A.^"}' 1"' nïa ' t donné un de ses noms à Osiri.i mort.

' Sur ]HlI^t \ 'destinée i, voir p. i34. note î.et le Conte d« /irinci prifkitinc. p. 14-17. Ajouter, aux exemples que j'ai déjà don. nés. les suivants, cités, mai, non compris, par M. t'habas {'Aeûtchriji. 1 o 7 J, p ..ï 7 -.M}: J^UÙlll ]l~~Zh^12 * La dominée el la fortune furent à »a formation ; . I mm J ° t J(J

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fie hieiatic an,l itrmniir rWuclu- fr«m ihc collei-tunn of (ne Brtlith Hua», pi. XXVI; Oslracon StUS, obvene , Lu) .Àmmon-Râ. «Win el fortune île loul vivant dans . . . ; . 4 *T S fl "T J •

Sicrn, dans la Zeitsekrifl de 1873, p. 7S, 1. 3) • La vie avec toila force eu loi. le destin at la fortune swit (buis ta main. » Ajouler

Jr-j (E. von lie. H mann, Das B«ch rom DunhwanMn .fer Bwig- Ktit ,1.85] -Le dieu Fortune prospère daua la maison de la Grande Accoucheuse, ■ el le litre d'Anloniu le Pieux, eilê par M. Bergman», p. 46, noie 1, de son excellent mémoire: nTlT 1 1 înw ^FH Q. Atj- 9<i3aifair Aijvb7ou «Dieu-Fortune de l'Egypte».

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nez goûtent l'air au matin de leur naissance jusqu'au temps où ils vont à leur place ! Fais un heureux jour, ô prêtre ! Qu'il y ait toujours des parfums et des essences pour ton nez, des guirlandes et des lotus pour les épaules et pour la gorge de ta sœur chérie, qui est assise auprès de toi! Qu'il y ait du chant et de la musique devant toi, et, négligeant tous les maux, ne songe plus qu'aux plaisirs, jusqu'à ce qu'il vienne ce jour où il faut aborder à la terre qui aime le silence , sans que cesse de battre le cœur du fils qui vous aime ! Fais un heureux jour, Nofrihot-

1 Ou peut-être à la terre du dieu Mer-Soker, le dieu qui aime le silence.

* Litt : «Ne s'immobilisant pas de cœur, \efiU qui l'aime , » c'est la fin de ce développement, commencé plus haut sur ce thème, que les vieilles générations s'en vont pour céder la place aux nouvelles.

Sur la valeur de l'ei pression fa^ *3^ j^ "^-— , voir dans les Travaux du quatrième congrès des orientalistes à Florence, p. io, note 4.

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pou, prêtre sage aux mains pures ! J'ai entendu tout ce qui arrive aux [ancêtres] : leurs [murs] sont détruits, leur place n'est plus, ils sont comme qui n aurait jamais été depuis le temps du Dieu. [Tes murs à toi sont fermes, tu as planté des arbres] sur la rive de ton bassin , ton âme reste sous eux et boit de leur

1 J'ai comblé la lacune au moyen d'expressions empruntées aux passages correspondants du Papyrus Harris n° 5oo.

1 La locution J& prouve que , dans la lacune , il avait été

question d'arbres , probablement de ces sycomores que Ton plantait autour des tombeaux et du milieu desquels la déesse Nout versait

l'eau de vie et de jeunesse ( *~«* *— * 3) ) ( Dùmicben , Kal. Ins. ,

pi. XXXVI, 1. So; Cf. Mémoire sur quelques papyrus du Loutre, p. 39, 34, etc.). Je me suis servi, pour restaurer cette partie de la phrase, d'un passage de la stèle C 55 du Louvre, gravée sous le roi Ai, et, par conséquent, presque contemporaine du tombeau de No-

f] N^t Ai m è ! >£ a Qu'ils accordent que mon

Ame se pose sur les plantations du monument que je me suis fait, que je me rafraîchisse sous mes sycomores. » — La première partie de la restitution m'a paru nécessaire comme transition entre le développement précédent et celui qui commençait par la mention des sycomores.

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eau; suis ton cœur résolument [aussi longtemps que tu es sur terre]! Donne du pain à qui n'a pas de domaine, afin de gagner une bonne renommée à tout jamais. Regarde [les dieux qui ont été auparavant : leur viande d'offrande est déchiquetée comme par une] panthère, on salit de poussière leurs pains d'offrandes, [leurs] chanteuses, leurs

formes [ne] sont [plus] debout dans le temple de Râ ,

et leurs gens mendient; on ne [leur] fait plus

[Rannit] vient en sa saison, le destin compte ses

jours Fais un heureux jour, prêtre aux

mains pures, Nofrihotpou ! »

1 Restitué d'après le passage correspondant du Papyrus Marris n* 5oo, recto, pi. VI, I. 1 1.

1 Dûmichen, Hist. Ins., L II, pi. XL, 1. 1-16.

La fin du texte est malheureusement trop mutilée pour qu'on en puisse tirer autre chose que des lambeaux de phrase. On voit que l'éloge du défunt, entremêlé de réflexions sur la vie , remplissait les dernières lignes. Le vivant « n'a que faire des greniers de l'Egypte, ses magasins à lui sont riches 'de [toutes bonnes choses] *. » Que Nofrihotpou voie ceux qui ont été avant lui , « cerles , ils ont fait leur heure heureuse 2 » et ils ont réservé la tristesse qui abrège aies instants, pour le jour où les cœurs sont détruits 9 . » Fais comme eux et « rappelle-toi ce jour où l'on te conduira au pays qui mêle [les hommes. Il n'y a point d'homme qui y ait mené ses biens avec lui], absolument ! On ne peut pas en revenir 4 . » L'autre version ne peut guère servir à remplir les lacunes

•«--mps-tii^s*?-

Il A ~ . Nous avons déjà vu plus haut, p. 1 35 , note a , l'expression «la terre qui mêle les hommes* dans un autre texte du tombeau de Nofrihotpou. Le reste de la restitution est emprunté au Papyrus Harris n* 5oo, recto, pi. VII, 1. 2-3.

de celle-ci , elle est plus courte et peut-être plus ancienne, s'il est vrai, comme l'annonce le préambule, qu'elle ait été gravée dans le tombeau d'un des Entew de la xi e dynastie. Elle se trouve perdue au milieu des chants d'amour qui couvrent le verso du Papyrus Harris n # 5oo*, et a été, comme eux, traduite par M. Goodwin*. Elle avait été gravée dans le tombeau d'un contemporain de Nofrihotpou, Patenemhab, dont les débris transportés à Leyde ont été publiés par M. Leemans 9 . Il est fâcheux que ce double hiéroglyphique ne nous soit pas arrivé intact : mutilé qu'il est, il m'a servi à corriger le texte hiératique et à en combler partiellement les lacunes.

CHANTS QDI SONT DANS LA DEMEURE DE FEU ANTUW, ET QUI SONT DEVANT LE HARPISTE.

k C'est un décret de ce bon chef, une fatalité par-

1 Recto, pi. VI, 1. 2, à pi. VII, I. 3.

1 Dans les Transactions ofthe Society ofBihlical Archœologjr, t. III, p. 385-387» traduction reproduite dans les Records of tke Past, t. IV, p. 1 17-1 20, sous le titre The solemn f estai Dirge oj die Eayptians.

3 Leemans , Catalogue, p. 1 38- 1 4o ; Monuments , 3* partie , pi. XII. J'ai eu à ma disposition une copie prise, à Leyde, sur le monument, par M. Wilbour. Les figures dans Wilkinson, Manners and Castoms, I\ p. 493.

nST=HJ.r»tV^J»!TnJi «..:,£

faite que, tandis qu'un corps se détruit à passer, d'autres restent [en sa place], depuis le temps des ancêtres ! Les dieux qui ont été auparavant et qui reposent dans leurs tombes, les momies et les mânes aussi qui sont ensevelis dans leurs tombes, quand on construit des demeures, ils n'y ont plus leur place; qu'a-t-on l'ait d'eux: 1 J'ai entendu les paroles

1 J'ai déjà montré ailleurs (cf. p. 17a, nol^ 3, fit Mémoire sur qadqun papyrus du Louvre, p. 11-11) que np'g> * est 1111 nom dOsïris.

1 J'ai déjà mentionné ailleurs cnn> le i'apyrus I) ... . . n" joo renferme beaucoup do '^k OLpIrlifi.

' Fragment de Leyde . 1. 1 : '£ ™ tij..

' Le sein de ce membre do phra.se est liotili 111. Le mol à mot donne : .Vois, les faits ils sont ! ■ Il se pourrait que le telle fût rorrompu.

' **» de le r k . I. 3 : J j — ^J, ! J = g .

' Le papyrut porte ici V« J fcd -JE; cYsi une erreur du jeribr. Les oiseaux \. el ^, nul lini par prendr-, en hiératique , unr

d'Imhntp et tic Ilordidiw, que l'on chante en des chants dont le nombre est considérable; que sont aujourd'hui leurs places? Leur enclos est détruit; leurs places ne sont plus, comme s'ils n'avaient jamais existé; personne n'y vient qui célèbre leurs qualités,

forme identique. Us différent en ce que ^, prend un complément phonétique, *=•. que ne prend jamais V : le scribe distrait s'est

laissé aller à tracer cet . qui n'était pas nécessaire ici.

' Le factitif P-M^*) Jl " le sens de i chant, tradition, discours popniaiiv . , dans Un grand nombre de passages ; ici il s'applique a ces deux princes. Imhotpou cl Ilordidiw, qu'on ■ chante en des chants dont la variété, !■■ nombre [ ] est considérable».

■*"!-■*<**•'■»< IPiîili-'lCTiT-'™'

la variante : «Vois, leur place ■ au lieu de toi est, qnellc est

« ftaam. de I*ydt,\. 5: r7S^I^-i.J^R[ ,,,Ùli ' y "'*' l,r donne une prenne nouvelle de l'équivalence dr J <S et J .

1 Dons la *tclc C ai du musée du Louvre, par eiemple, le m«ri. après nroir riposé se.* vcrltis ri se- rhsrp's, ajoute ■ «Ce sont In mei qualités (I . ) . ■ La formule, ordinaire des stèles priait tous

les homme.-, srrihes, prêtres, qui passaient par II de réciter I* prière : • Prosryncme à Osiii." pour qu'il donne des milliers de loulcs choses bonnes et pures au ilonbtr du défunt. ■ V.n li-ant l'eiprcssinn des qualités et en récitant cette formule, on assurait au double du

qui célèbre leurs biens, qui décide notre cœur à noua hâter vers le lieu où ils sont allés. Tu es en bonne santé, ton cœur se révoltera contre les honneurs funèbres : suis tuu cœur, tant que lu existes. Mets des

mort, dnns l'autre ne. la réalité île tout c qu'on ennuierait de la ■uirle C'i'Bl .i quoi lait jlliisioo lu pa.-^a^.' Je notre telle. Imliolp et Hordidiw tout morts si bien t't depuis si longtemps qu'on ne vient plus, lisant leur stèle. • célébrer leurs qualités ou leur» biens.»

1 F™$m.del>yJi!.J.6: !BEi iTî!S^ jy "3F Le nVlarteur il.' l'inscription avait iliî |»«srr un des un '(libres du |>ln.i--.c eiprimé.i dans notre papyrus, romtm- il >'<l Rient de t'«* assurer en restaurant le monument |wr la pensée. Il n gardé, dans lu membre conservé, sauf une variant'.' légère , [ T i [mur ▼, le même texte ijuu notre papyrus avec ses cbangemunts du pronoms- fl ~^ V 1 e.l WJ verbe nouveau [our moi, apparenté à ^Vjl|N*i Dût. hier. , p. ,516) .ta ^ 2j (Bru h 'scl., />;<:(./<;*.. p.i63 7 ).

t,L *1J* ¥>; ■"*!■%■ c,,mme *■•"»». * ^ ^ 3)

fl -, y Jl J^ . ta sens parait être • rendre complet le

csur>. c'est-à-dire • fort i fier le cœur, donner du courages. «Plus no vient. . . . [titi] il rrnd complet notre cwtiv pour MBV al!er vers le lieu où ils sont là. .

1 -"-V ]K'V- B,t ''' ' ael ' , ''' < ' u mol V. niJ' « rebelle • ,

Ik ""^."y" *'■* l "'" t ' ( ' r cœm"*. ilonl j'ai déjà cité ftill.urs quelque» l'iiinplc- {•:(. I.f rouir lia pimer prùletiiiie . p. iS. note I, et Zeit

fc]*V~<<rFrrï&11<Và*krri

parfums sur ta tête, pare-toi de fin lîn, oins-toi de ce qu'il y a de plus merveilleux parmi les essences de dieu ! Fais plus encore que tu n as fait jusqu'à présent ! Ne laisse pas aller ton coeur [à l'ennemi], suis

schrijï, 1879, p. 62). NjK T c*t k mot employé pour désigner

le culte qu'on rend à un dieu ou à un ancêtre* Le mot à mot semble donner : t Ton cœur sa révoltera de cœur contre ( ▼ ) le cuke qui te sera rendu. •

1 Fragm.deLejde,l'j: jfc*^^=jg?^ itrT^I' **" rétabli le W , qui est tombé évidemment par la faute du scribe, d'après le passage du texte de Nofrihotpou : SA A I 1 S*, w» (Dûmichen, Ilist. Ins., t II, pi. XL a, 17).

permet de corriger deux fautes dans le texte du papyrus Harris, et de rétablir V devant J ^fc* Q 1k I I ^ , » et la préposition

▼ devant T . La locution w* \^ T T est fréquente

dans les textes. Elle parait signifier que la personne à laquelle elle s'applique doit faire ou être plus que ses perfections, c'est-àdire /a/rt de son mieux, se surpasser e!le~mcmê. ± II 7 a

M^~rs;>afctfkrhîÈrh # P:iw

"^ 'f \*2» JL 1^1 X fL # ( P *Py™ SalUerU, p. 1 , 1. 2-3)

iii ^^a^,/,^&a.,à \ ! T jdr *fc » J= A 5 n ^-* X

ton désir et ton bonheur aussi longtemps que tu seras sur terre, n'use pas ton cœur [en chagrin] jusqu'à ce que vienne pour toi ce jour où Ton supplie sans que le dieu dont le cœur ne bat plus écoute ceux qui supplient. Les lamentations ne font point que

«Te voilà roi, te voilà gouvernant les trois pays! — Fais de ton mieux. — Qui s'unit à tous ses serviteurs, — tout le monde devient

joyeux après avoir eu peur, à cause de cela. » — ■ ♦ w 1 1^ -»■*t T ^ (Papyrus Sallier II , p. i3, 1. i; Papyrus Anastasi Vil,

p. 9, 1. 5) t Le Nil boit l'eau de tous les y^ux, — réjouissant plus que ses perfections, » c'est-à-du\i ^faisant de son mieux pour réjouir

le, Égyptiens.. ^ £= ifr Ikrh? I d* S ~* CL] (Dùmichen, Hist Ins., t II, pi. XL, 1. 27, dans le chant du harpiste) c Surpasse-toi toi-même en vérité !•

1 11 n'y a pas, à proprement parler, de lacune ^en cet endroit, mais une parcelle de papyrus s'est repliée sur elle-même et cache quelques lettres. Il faudrait enlever les verres pour la remettre en place,

» Fragm.deLejde, l.o: ^ "^ JV ♦ w% a\^ ra . Le

texte hiéroglyphique nous permet de corriger l'orthographe T 2~\ du papyrus et de rétablir la préposition «=», passée par le scribe.

» Fmgm.de Leyie. Lioi £ f J(l J | *3" ffî J 6 !2 \Y

ii* î"! *= \ f W^ WÛ • H* 1 ™ &°° donne en échange de I l

rhomme au tombeau est [réjoui]. Fais un jour heureux, et ne sois pas inactif en lui ! Certes, homme n'y a qui puisse emporter ses biens avec lui; certes, ii n'y a personne qui soit allé et qui soit revenu I »

La version du Papyrus Harris a évidemment servi de thème à la version du tombeau de Nofrihotpou. Le harpiste a découpé le chant traditionnel en strophes terminées par le refrain Fais an heureux joar, et développé , au moyen des lieux communs de la rhétorique égyptienne, chacune des idées exprimées plus brièvement par le poète antique. D'autres compareront le sentiment qui a inspiré ces strophes au sentiment qui a inspiré nombre de pièces anciennes ou modernes. Il me suffit de constater ici

wk. clés lamentations» un mot composé, de même sens, se terminant par l'y** Lt que je ne puis deviner. La variante Harris ^ t

l^ = 6r--i P° ur ï'ï^Tiir» est P ai> faitement légitime. Sur ces formes de mots composés, voir Mélanges & archéologie , t, III, p. 169, note 9.

1 Après f^ manque nn détermi natif. Je suppose que c'est ici Jn et que nous avons un composé \f (^ m "9* * c brillant de cœur», siguifiant • joyeux». Le tout semble signifier : «Ne font pas ( I Q "^ ) les lamentations homme du tombeau joyeux (?). »

— «.( 185 >«— que les Égyptiens avaient déjà découvert « le pays d'où l'on ne revient pas » et « la terre qui mêle les hommes»: Imhotp et Hordîdiw avaient chez eus, comme chez nous Alexandre et César, le privilège de représenter !e néant de la gloire et la vanité des choses humaines. Sur la plupart des monuments que nous avons examinés jusqu'à présent, l'allusion au tombeau est discrète : sur certains monuments de l'époque ptolémaïque . l'effroi de la mort domine. On recommande encore aux survivants de mettre à profit les jours de l'existence, maïs la plus grande partie de la pièce est consacrée à décrire la condition dos morts, et trace de la vie d'outre-tombe le tableau le plus désolé que pouvait en concevoir l'imagination égyptienne.

Sur une des stèles du Rritish Muséum, une jeune femme , qui vécut et mourut peu avant la conquête romaine, prend la parole et dit le bonheur dont elle a joui sur terre, les souffrances qu'elle endure dans l'autre monde. uO docteurs, prêtres, grands, nobles, simples humains, vous tous qui entrez dans celte syringe, allons, écoutez ce qui s'y trouve. L'an IX, du quatrième mois de Sbà, le 9 sous Ptolémée Nouveau-Denys , fut le jour de ma naissance. L'anXXHI, le troisième mois de Shom, le i M , mon père me donna pour femme au grand prêtre Pa- Ptahni , fils de Petuubastî, Ce fut un très grand crèvecœur à ce grand prêtre que je conçusse de lui par trois fois, sans enfanter un garçon, mais rien que des filles. Je priai donc, avec ce grand prêtre, la

Majesté de ce dieu très puissant, très bienveillant, donneur de fils & qui n'en a point, Imhôtp, fils de Phtah, et il entendit nos plaintes, car il exauce ceux qui le prient. La Majesté de ce dieu vint sur la demeure de ce grand prêtre en songe, et lui dit : «Qu'on me fasse une construction parfaite dans le u sanctuaire sacré de Onkhtaouï , le lieu mystérieux « où se cachent les formes , et je t en récompenserai «par un enfant mâle.» Eveillé qu'il fut après cela, il se rendit au sanctuaire de ce dieu auguste , exposa tout aux prophètes , aux chefs du mystère , aux prêtres ainsi qu'aux sculpteurs de la salle d or, en une fois, et il les envoya pour faire une construction parfaite dans le sanctuaire sacré; ils firent comme il avait juré de [faire], il fit un discours au dieu auguste, il fit une grande offrande de toutes les bonnes choses, il paya les sculpteurs de ce dieu et réjouit leurs cœurs par toute sorte de choses, en récompense de quoi je conçus un fils dont j'accouchai en fan VI , le troisième mois de Shom , le 5 , à la première heure du jour, sous la reine Gléopâtre; le jour de la « fête des offrandes qu'on met sur 1 autel » de ce dieu auguste Imhôtp, on lui donna le nom d'Imhôtp , surnommé Petoubasti , et tout le monde se réjouit. L'an VI , le second mois de Pir, le 5 , fut le jour où j'abordai [à la tombe]: mon mari, le grand prêtre Psherenptah me mit dans la nécropole, il m'accorda tous les rites qu'on fait aux formes par* faites, il m'ensevelit d'un ensevelissement excellent, et me coucha dans sa syringe , derrière Rakoti. »

«O frère, mari, oncle 5 , prêtre de PUtali, ne t'arrèle point de boire, de manger, de t'enivrer, de pratiquer l'amour, de faire un heureux jour, de suivre ton cœur jour et nuit; ne mets pas le chagrin en ton cœur; qu'est-ce que les années, si nombreuses fussent-elles, qu'on passe sur terre ? L'Occident est une terre de sommeil et de ténèbres lourdes, une place où restent ceux qui y sont! Dormant en leur forme

1 Le telle es! pldilié il.lnt le» IfoflHiX'-JiM il,. ]'ii-...' il'Avi'illiet

(pl.VWUù.L i5-:n)eldnn«Lepsiu*(d<i<»nft!,pl.XVI!.M. Bircti en n donné une traduction (On ru'O E.[Yptian lableU nf iht Prrfffe periad, i8'J3. I.Uinil de \'.[rcltiriil'i<)iu, I. XXXIX) qui n Blé reproduiLe |-ur Rrng cil [Dit œtjypliiclic G rtebenirit , p. 3o-1ol et par moimême ( tliiinirf iinriennc tli-i /" uples .!'.' I Orient, p. 4 i-ii). La présente traduction diffère sensiblement des précédentes. 1 O • -jour cl nuit-.

J Lin. : «Quoi rein les années nombreuse! de sur terre ?■ 4 Lilt : i Une place du demeurer de ceui qui sont là. > jÉ, est déterminai if de ^ I V, comme il l'est de T V J?k

ri d'milrv* iipr.-isions du même genre.

' Le mot «nnclen, comme j'ai déjà en l'i'irnion de l'indiquer, a un vus honorifique : c'est une manière d'adresser la parole à un Imiunir plus àe,é. quel que soïl le lien du parenté, cm même quand il n'y a mena lien de parente entre lui ei la personne qui parle.

fi i M% i i i -T*- iiii^JfTîSA'fTIwTS' < >

de momies, ils ne s éveillent pas pour voir leurs frères, ils n aperçoivent plus leur père, leur mère; leur cœur oublie leurs femmes et leurs enfants. L'eau vive que la terre a pour quiconque est en elle, c'est de l'eau croupie avec moi; elle vient vers quiconque est sur terre , et elle est croupie pour moi l'eau qui est près de moi. Je ne sais plus où j'en suis depuis que je suis arrivée dans cette vallée funèbre, donnez-

1 Litt. : « Leur cœur lâche laisse échapper leurs femmes et leurs enfants. »

' Le groupe A» *— * est probablement la variante avec la gaielle

debout Sm de %^ w avec la gazelle couchée Jj^ : le mot, cité dans Brugsch (Dict. hier., p. 53g, 54<)) sous la forme J«à, fj, Jiat % %t^' P*™** répondre au copte oyeixe. T., consuma, tabescere : ici, puisqu'il s'agit d'eau, «eau croupie, eau pourrie». .••-» est une variante de 5, perpétuelle à cette époque. Le mot à mot semble donner : « L'eau vivante de la terre pour quiconque en elle, c'est une eau pourrie près de moi : elle vient vers qui (I V % , avec la forme I m pour «=») sur terre, est pourrie pour

moi l'eau près de moi,» c'est-à-dire : «Au lieu de l'eau vivante que la terre donne à quiconque est encore sur elle , je n'ai que de l'eau croupie; au lieu que l'eau vive vient aux vivants, mon eau à moi est croupie.»

1 Le sens n'est pas (oui à fuit certain , faute de sa ce qu'il y a ilam l'original. Je lis comme s'il n'y avait pn> île lacune ; • Ne pas écarter ton vase à libation ( I , "■ Étant le pronom fcminin, et ■ S le dcterminalif Je I <Ic («=>) l'eau..

' Sur ce verb.', voir In IMrcu.j.j [fwv/rroAnjiV i : r;vp(irnnc et aisy* rifjirtf.p. i âo, noie î- La forme -=» -%J I I est mil un factitif H -=» ,1c - y II Mil une forme en = ( cf. MOangu d'arckéatcjic égyptienne el Itpjfjmi. t. II, p. 10,4 , noie & ) nnaiopue lui formes

' Litt. : • donnant face . inclinant ( *"" T ) leur Butor ffiVnyc de ( t ,) Je sa crainte.»

* C'est un nouvel exemple Je -•— masculin pour 1 Ç.

* Le mot t j - — i me pan!) être formé du sreplri- J = X =

moi de l'eau courante à boire, me disant : « N'écarte ù pas Ion vase a lihation de l'eau ! » Mettez-moi la face au vent du nord sur le bord de l'eau, et que la fraîcheur en calme mon cœur de sa douleur! — Celui dont le nom est La mort complète vient, quand il a mandé tout le monde auprès de lui, ils viennent à lui, eiïantnt leur- cœur de sa crainte; il n'est qui ose le regarder en face parmi les dieux et les hommes, et les grands sont pour lui comme les petits. Il né-

pargne pas qui l'aime, il enlève l'enfant à sa mère et aussi le vieillard ; qui se rencontre sur sa route a peur et tout le monde supplie devant lui , mais lui ne tourne pas sa face vers eux. On ne vient point le supplier, car il n'écoute point qui l'implore; il ne voit point qui lui donne des présents de toute sorte de gâteaux! O vous qui venez à cette montagne funéraire, offrez -moi des provisions, de la vapeur d encens, une libation à toutes les fêtes de i'Ament!

Aucun monument ne nous a appris jusqu'à présent quelles cérémonies terminaient ce banquet funéraire. Le mort, désormais seul dans son tombeau, commençait une vie nouvelle. Les textes ne sont pas d'accord sur le nom que portait la partie de lui-même qui demeurait sur terre: quelquefois ils

qcmâ et de ] = ï : ce aérait l'équivalent de rf I V— i ou ^ J 8

c v On aurait alors : cil n écart? pas de lui ( Y ) tous ceux qui l'aiment,» pour les faire rester en ce monde; il ne les épargne pas. 1 f H enlève l'enfant de sa mère jusqu'au vieillard. » Cf. la même idée dans le» Maximes d'Ani (Papyrus de Boalaa, n* IV, pi. XVIII, 1.3-4).

la nomment haï (^ , ), d'autres fois khoa (^k d )> le plus souvent ka (U). Il ne faut pas trop rechercher la précision en pareille matière. Les Egyptiens, comme les autres peuples, depuis le jour où ils songèrent pour la première fois à trouver dans l'homme une partie durable, changèrent souvent la conception qu'ils s en faisaient. Ils la considérèrent d'abord comme une substance à peine moins matérielle que le corps visible , qui avait tous les traits de l'individu vivant, qu'il fallait loger, nourrir, habiller, le ka ou double. Plus tard, leurs idées s'élevant, ils virent en elle un être moins grossier, mais doué toujours des mêmes propriétés que la matière, une substance bi (JJ,^,)» q^i's considérèrent comme étant l'essence de la nature humaine et qu'ils appelèrent pour cela bai (^^ , )» ou bien une parcelle de flamme ou de lumière qu'ils nommèrent ^* « la lumineuse ». Mais à mesure qu'ils modifiaient la condition de leur âme, ils ne surent pas la débarrasser des notions qu'ils avaient entretenues antérieurement. Ils crurent au ^' bai et au ^** khou, sans cesser pour cela de croire au U ka , et chaque homme, au lieu de n'avoir qu'une seule âme répondant à la dernière conception que se faisaient ses contemporains de l'âme humaine, eut plusieurs âmes répondant à toutes les conceptions que les dévots ou les philosophes de sa race s'étaient faites depuis le début. Les prêtres essayèrent -ils de coordonner tous les systèmes relatifs à ces différentes âmes humaines, et de se persuader à eux-mêmes qu'elles étaient né-

cessaires à une saine intelligence de l'immortalité? Je pense qu'on ne saurait en douter, et qu'à un moment donné» vers la xviu' dynastie, ils partagèrent la personne humaine en quatre sections groupées deux à deux : le corps , qui servait de soutien au double et après la mort demeurait avec lui dans le tombeau; Y âme (t^ 1 ), qui servait de corps au lumineux (^ *) et l'accompagnait dans ses transformations et ses existences successives. Mais cette gradation savante et malaisée à comprendre ne fut adoptée que d'un petit nombre de gens, et ceux-là même qui l'admirent confondirent souvent dans le langage ordinaire les expressions qu'ils séparaient soigneusement dans le langage théologique. Ils ne dirent pas que le double fait ses devenirs à son gré, mais, au lieu de laisser le +Q bâi à la suite du Soleil dans le monde des dieux, ils l'amenèrent souvent sur terre et le firent descendre dans le tombeau, se rafraîchir à l'ombre de la syringe et des arbres qui l'entouraient , se nourrir des offrandes et boire l'eau du Nil comme un simple ha. Aussi bien , il ne faut pas exiger des Egyptiens une logique que nos contemporains sont loin d'avoir pour leur propre compte. Demandez aux gens dévots qui ont peur des revenants de réconcilier l'idée d'un fantôme visible et parfois tangible, qui affectionne certaines heures et s'attache à certains lieux , avec l'idée que leur religion leur ordonne de se faire d'une âme humaine , ils seront aussi embarrassés que l'aurait été un Egyptien , et pour les mêmes raisons. Gomme le double et le

bnï des Égyptiens, le fantôme des superstitieux modernes est une survivance, une conception antérieure que des conceptions nouvelles n'ont pu obliger à disparaître; il faut en tenir compte comme d'un fait historique, sans se fatiguer & vouloir trouver des raisons dogmatiques à son existence.

J'ai voulu réunir dans ce mémoire quelques-uns seulement des détails relatifs aux funérailles que présentent les monuments figurés et les textes écrits. J'aurai plus tard l'occasion de montrer ce qu'était, pour les Égyptiens, le tombeau dans lequel ils enfermaient le mort, et d'expliquer en détail les motifs qui les ont poussés à choisir certaines scènes de préférence à certaines autres pour la décoration des murailles. Ces scènes avaient une intention magique : quelles eussent trait à la vie civile ou à l'enfer, elles devaient assurer au mort une existence heureuse ou le préserver des dangers d'outre -tombe. De même que la répétition de la formule des stèles : «Proscynème à Osiris pour qu'il donne un revenu de pains, liquides, vêtements, provisions ,• au défunt No, procurait, sans offrande effective, à ce défunt, la jouissance des biens énumérés, de même la reproduction de certaines scènes sur les parois de la tombe lui garantissait l'accomplissement des actes représentés. Le double, le baï, le lumineux, peu importe, enfermé dans sa syringe, se voyait, sur la muraille, allant à la chasse, et il allait à ta chasse, mangeant et buvant avec sa femme, et il mangeait et buvait avec sa femme, traversant, sain et sauf,

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avec la barque des dieux, les horribles régions de l'enfer, et il traversait sain et sauf les horribles régions de l'enfer. Le labourage, la moisson, la grangée des parois étaient pour lui labourage, moisson et grangée réels. De même que les figurines funéraires déposées dans sa tombe exécutaient pour lui tous les travaux des champs sous l'influence d'un chapitre magique et s'en allaient, comme dans la ballade de Goethe le pilon de l'apprenti magicien, puiser de l'eau ou transporter les grains, les ouvriers de toute sorte, peints dans les registres, fabriquaient des souliers et cuisinaient pour le défunt, le menaient à la chasse dans le désert ou à la pêche dans les fourrés de papyrus. Après tout, ce monde de vassaux plaqué sur le mur était aussi réel que le double ou Yâme, dont il dépendait: la peinture d'un serviteur était bien ce qu'il fallait à l'ombre d'un maître. L'Égyptien croyait, en remplissant sa tombe de figures , qu'il s'assurait au delà de la vie terrestre la réalité de tous les objets et de toutes les scènes représentés : c'était là ce qui l'encourageait à construire un tombeau de son vivant. Les parents, en s acquittant des cérémonies à sens mystérieux qui accompagnaient l'enterrement, croyaient faire bénéficier le défunt de leurs actes; la certitude d'avoir rendu service à quelqu'un qui leur avait été cher les soutenait et les consolait au retour du cimetière, quand, le convoi terminé , le mort , enfin seul dans son caveau, restait en possession de son domaine imaginaire.

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