‹ Études égyptiennesChapitre 13 sur 47 · LE CONTE D'APOPI · texte numérisé non relu

LE CONTE D'APOPI

ET

DE SOKNOUNRI.

(Cours du Collège de France, mai 1874.)

Le premier des fragments que renferme le papyrus Sallier n° 1 est-il de l'histoire ? Le style , les expressions employées, le fond même du récit, tout indique un conte , où les rôles principaux sont tenus par des personnages à nom historique, mais dont le sujet est sorti presque entier de l'imagination populaire.

ChampoHion vit deux, fois le papyrus chez son premier propriétaire, M. Sallier: en 1828, quelques jours avant son départ pour l'Egypte , et en 1 83 o au retour d'Egypte. En 1828, l'enthousiasme que lui inspira la découverte du poème de Pentaour ne lui laissa point le sang-froid nécessaire pour reconnaître l'importance des autres textes que renfermait la collection Sallier 1 . Un examen plus long qu'il fit en i83o lui donna l'idée assez nette de la valeur du

1 Dans le Rapport de M. Sallier à la Société dAix (séance du 2 août 1828) qu'a publié le Bulletin Férussac (t. X, p. 2oo-qo3), aucune mention n'est faite du sujet du papyrus n* 1 .

papyrus : les notes publiées par Salvolini prouvent qu'il avait deviné, sinon la nature même du récit, du moins la signification historique des noms royaux qui sy trouvent ! . Le manuscrit, acheté en 1 839 P ar le British Muséum , fut publié en fac-similé dès 1 84 1 : la notice de Hawkins, rédigée évidemment sur les indications de Birch, donne le nom de (antagoniste d'Apophis que Champollion n avait pas lu, mais attribue le cartouche d'Apophis au roi Phiops de la v" dynastie -. M. de Rougé est le premier qui ait su réellement ce que contenaient les trois premières pages du papyrus : dès 18A7, l'examen critique qu'il faisait du grand ouvrage de M. de Bunsen l'avait amené à identifier Raskenen; en i854, il signala la présence du nom d'Hâouâr et publia l'analyse du

1 Salvolini cite les pages • clans lesquelles sont rappelés deux noms de rois : l'un de ces noms paraît être celui d'Apophis de la dynastie des Pasteurs, l'autre m'est tout à fait inconnu». Campagne de Ramsès U Grand (Sésosiris) contre les Schéta et leurs alliés, manuscrit hiératique égyptien appartenant à M, SaUier, à Aix, en Provence. — Notice sur ce manuscrit, Paris, m dcccxxxv, in-8*, p. 1 ai, note.

' On lit dans les Prefatory Remarks, p. a , que les trois pages en question « appear to contain communications beiween the monarch Apepi or Apophis-het and the chiefs and scribes , and to relate to the construction of a temple of the God Râ, or the Sun. Throughout this section, mention is made of Reskenen or Skenenre, a king earlier than the xn ,h dynasty, whose name Salvolini was unahle to read ». Une note ajoute qu'Apopi est « more probably the Apappus of Eratosthenes, the Phiops of the vi u elephantine dynasty ». Ajoutons qu'à cette époque, on ne connaissait pas l'existence, au dos du même papyrus, d'un double de quelques lignes du texte : car on qualifie ces deux lignes de « two lines continuing the subject of the papyrus and probably the end of the eleventh document».

fragnlcnl 1 . Sa découverte fut popularisée en Allemagne par Brugsch , qui essaya de donner le mot à mot des trois premières lignes 2 , puis en Angleterre par Goodwin qui risqua la traduction complète 9 . Depuis lors, le texte a été souvent traduit, par Chabas \ par Lushington 5 , par Brugsch 6 , par Ebers 7 . Goodwin , après mûr examen , émit timidement l'opinion qu'on pourrait bien y trouver moins la relation exacte que la relation romanesque de faits historiques 8 : son opinion ne fit pas fortune, et le récit /du papyrus Sallier passe aujourd'hui encore pour exposer les causes véritables de la guerre qui éclata entre les rois Pasteurs et les princes de Thèbes, et se termina par la délivrance de l'Egypte.

Si Ton a beaucoup traduit le texte, on fa peu

1 L'analyse lue à l'Académie des inscriptions en i85d est publiée dans Y A thénœum français de la même année, p. 53 a.

* Brugsch , jEgyptische Studien. n. Ein œgyptisches Dalum ùber die Hyhsos-Zeit , p. 8-a i, in-8°, Leipzig, i854* (Separat-Abdruck ans dem IX" m B. der Zeitsch. der D. AI. G.)

* Goodwin, Mieratic papyri dans les Cambridge Essays, i858, p. 243-245.

4 Les Pasteurs en Egypte, Amsterdam, 1868, in-4°, p. 16-19. (Mémoire publié par l'Académie royale des sciences à Amsterdam.)

5 Fragment of thefirst Sallier papyrus dans les Transactions of the Society of Biblical Archœology, t. IV, p. 263-266, reproduit dans les Records oj the Past, t. VIII, p. i-4.

• Dans son Histoire d'Egypte, in-4°, 1859, p. 78 sq., Geschickte Mgyptens % in-8°, 1878, p. 222-226, et dans son mémoire Tanis und Avaris (Zeitsch. jûr allg. Erdkunde, Neue Folge, t. XIV, p. 81 sqq.).

7 JEgypten und die Bûcher Moses, 1868, p. 2o4 s f |.

• Dans la traduction anglaise du grand ouvrage de Bunsen, Egypt's place, t. IV, p. 671.

transcrit l : cette bizarrerie s'explique par la difficulté du déchiffrement et par (étendue des déchirures. En l'étudiant de près, il ma semblé que les lacunes, si grandes qu'elles fussent, n'étaient pas absolument irrémédiables, et, qu'en tenant compte des habitudes littéraires de l'Egypte , on arrivait facilement à sa : voir ce qu'il y avait aux endroits disparus. Le texte que je donne a été établi au moyen du fac-similé publié par le British Muséum, d'une photographie que j'ai fait prendre par M. Mansell, d'une copie de M. Eisenlohr, et d'une collation du manuscrit original que M. Victor Loret, élève de l'École des Hautes Etudes, a bien voulu exécuter pour moi lors de son dernier voyage à Londres. La simple transcription , accompagnée d une traduction exacte , donnera , mieux que tous les raisonnements du monde , la preuve que le texte est un conte historique, analogue aux contes qu'Hérodote entendit et que bien des écrivains modernes traitent encore comme de l'histoire.

u II arriva que la Terre d'Egypte était aux Impurs, et, comme il n'y avait point de seigneur v. s. f. roi,

1 Les seules transcriptions sont celles de Brugsch déjà indiquées plus haut et celles de Birch dans Bunsen s Egypt's place, t. V, p. 730-731, qui ne s'étendent pas au delà de la troisième ligne.

1 Toutes les copies que j'ai à ma disposition et aussi la photographie confirment la leçon X du fac-similé. Je crois que le 4» a été appelé ici par l'usage, fréquent dans le reste du papyrus, de la finale e a, et qu'il ne faut voir dans X qu'un lapsus du scribe.

— m-{ 199 Kî—

ce jour-là, il arriva donc que le roi (SornouneH v. s. f. , fut souverain v. s. f. du pays du Midi , et que les Impars de la ville de Râ étaient dans la dépen-

1 On traduit assez généralement au jour ou cela arriva. Je décompose le passage en ra Q , qui signifie cce jour-là • de même que J^ ^ J^ * signifie aujourd'hui, et en j^ € \ p ^ ^ « il arriva , quant à cela, fut le roi etc. f . Ou a w g . . , \ comme plus haut JJB g . . . *L.

1 La prononciation Soknounri de ce nom s'appuie sur la transcription Soixoffofof d'Eratosthènes ,où la finale Ri est tombée comme dans Sorké pour Sorkeri, confirmée : i° pour la présence de la tonalité ou entre les deux nasales, par l'analogie du copte gnon , mollis, etc. v de t~~~ £ 9 (FOOYN6 saccus, pannus, de g—* Q ; a° pour la présence de o , ou , derrière le factitif, par le copte COCN , unguentum , de H y^U jfc, COCNl y eogiiare, coneilium, de H * Vf jfr «

3 Gfr. Chabas, Mélanges égyptologiques , i™ série, p. 29 sqq. Les Pasteurs en Egypte, p. aA.

4 Chabas : «Les Fléaux étaient dans la ville des Amou, et le chef Apapi était à Avaris. • Brugsch (G. jEg., p. aa3) : «Die Feinde aber sassen in der Stadt der Amu und es war Kônig (Ur) Apopi in der Stadt Avaris. » Tous les deux suivent l'hypothèse de Goodwin ( Hieratic papyri, p. a43) « . . .the invaders holding the district of Aamou. The chief Apepi was in the palace of Ouar [Avaris], • Le texte ne

permet pas cette lecture. 1' Le signe derrière <D est 1 c'est-à-dire le

dieu J et non pas le poteau ] , ce qui assure la lecture 01; d'ailleurs, si on lisait Q au lieu de 0, la lecture serait incorrecte au point de vue paléographique, car ©, déterminatif de y I , est ton-

-—-'^^ I I I | t I I .— I I Jl t -Mi- -É-*- I » I A 9«=» III I

dance de (Râ-Apôpi^| v. s. f. dans Hâouârou, la Terre Entière lui rendait tribut avec ses produits manufacturés et Je comblait aussi de toutes les bonnes

jours suivi d'un trait i, dans l'hiératique de l'époque; a° le groupe ]V n'aurait aucun déterminatif. Ces particularités avaient

décidé M. de Rougé, et M. Brugsch lui-même, dans son premier essai (Ein jEgyptisches Dokument , p. 1 3 et t. I), à transcrire

j^f ^O^ \^*f ^^*rt * à traduire : tDie Aufrûhrer waren in der Burg der Sonne, w&hrend war (?) der Grosse, etc.» M. Lushington après avoir traduit : « The Impure in the district of Àmou. their chief, etc.» (p. 2 64 ) ajoute en note (p. a65 a) qu'on devrait lire naturellement icity of tbe Sun-God», et adopte, pour ce

qui suit, la lecture V 1 1 Mb de Birch. Il est bien certain que ce membre de phrase est en parallélisme avec le premier : t Était : le roi f Soufouiwî J v. s. f. lui en V prince de la ville du Midi; — les impurs de la ville de Râ , en V f RA-Apopi jj v. s. f. dans Avaria. » Il est bien certain aussi que le signe qui suit <2 est le pluriel et non un I : le signe qui suit I est indécis. En tout état de cause , je ne vois pour le moment d autre explication que la suivante : « Les impurs de la ville de Râ, en eux V était chef I V Mb h Apopi dans

Àvaris. » Mais cette construction ne m'est pa^s connue ailleurs jusqu'à présent. ,

1 La photographie et la copie Loret donnent ^? ce qui est bien

l'équivalent de fi* . — La phrase prête matière à la discussion.

M. Chabas l'a traduite : « Le pays tout entier lui offrait ses produits manufacturés et le Nord faisait de même avec toutes les bonnes choses du Ta-méri.» M. Brugsch a reproduit cette traduction : « . . . auch die Nordlandschaft that desgleichen mit allen guten Dingen von Tameri. » La première version de M. de Rougé et de M. Brugsch tenait compte de l'orthographe 1 1 tout en passant le trait ( p. 1 5 et pi» II ) :

choses du To-mouri. Voici que le roi (Râ-ApôpQ v. s. f, se prit Sou te kh ou pour maître, et il ne servit plus

t Es zdgte sich ihm das ganze Land leistend ihre Dienste in Fûllen ; » les traductions de Goodwin, de Birch et de Lushington admettent la même lecture ; t . . . vrith their manufactures in abondance, » et f paying tribale alike. . ...» Il est bien certain que ««-4 , écrit ainsi, signifie .soit

coudée tout court , soit une coudée , ce qui ne présente aucun sens en cet endroit; du moment qu'il faut corriger le texte, la correction de

M. Chabas , le Nord, vient naturellement à l'esprit : puisque Sok-

nounrî est le chef du pays du Midi, Apôpi doit être le chef du Nord. Elle présente pourtant des difficultés. On dit, en pareil cas, non pas

tout court, mais ^C "\l v^i W qui serait d'autant plus indiqué , que le passage parallèle donne )^ jl VJ * 1 ^-— En second lieu, "lt jk \~i * «s-*- renferme le Nord aussi bien que le Sud,

et marque une suzeraineté générale, qui rend inutile la mention du pays du Nord. Enfin si Ton examine le parallélisme de la phrase, on voit que I tient la place de • ? * x dans le second membre de phrase, et par conséquent doit avoir un sens analogue. Faut-il y voir une simple variante de c J , une forme de <*=H remplir la

main? Les deux opinions peuvent se soutenir : de toute manière, la traduction de M. Lushington est celle qui me parait avoir le mieux tenu compte du mouvement grammatical de la phrase. Le sens serait donc , autant que je puis le dégager : « Était , présentait offrande à lui la terre entière avec ses produits manufacturés , — emplissant [lui] de même avec toutes les bonnes choses naturelles du To-méri. »

1 Le J est indubitable dans toutes les copies.

* Brugsch et Birch transcrivent "*^ v— i à cause de la longueur de

la barre. Il y a, en réalité , jj8fc c'est-à-dire ^> : • l\fit à lui-même Soutekhou en maître.»

•iViftSJj?sn%:MPe=x+zj

aucun dieu qui était dans la Terre Entière si ce n est Soutekhou, et il construisit un temple en travail excellent et éternel à la porte du roi (Râ-Apôpi^| v. s. f. et il se leva chaque jour pour sacrifier des victimes quotidiennes à Soutekhou, et les chefs vassaux du souverain v. s. f. étaient là avec des guirlandes de fleurs, exactement comme on faisait pour le temple

1 Je crois distinguer sur la photographie et sur la copie Loret les débris de , plus des fragments de signe qui semblent appartenir à C"3, mais cette lecture est douteuse.

1 C'est la même expression que dans d'Orbiney (p. 17, 1. 3-4) :

ÊJLl'l^fAPÎ^lfcXPrte-

9 II n'est pas certain que le mot soit 1 1k Y T •

4 Le fac-similé semble donner ^ 1k : la photographie et la copie Loret -tx .

5 Rétabli d'après la photographie et la copie Eisenlohr.

H y a, pour ce passage, presque autant de traductions différentes que de traducteurs. Goodwin : « The prince [ofthe South prepared] to

>( 203 ) de Phrâ Harmakhouti. Et le roi (Râ-ApôpiJ| v. s. f.

build a temple to ihe son over against ït [i. e. in rivalry with it]. » Chabas : ■ Le roi Apepi (établit) des fêtes. . . et des statues du roi avec bandeaux, comme c'est le cas d'un temple ayant des PhrA-Harmakbis en face l'un de Vautre. » Il justifie sa version en observant < que le groupe dans lequel on a cru lire l'indication du chef du Midi n a pas ce sens, puisqu'il est précédé de l'article féminin. D'un autre côté, l'expression Y %k ] 1 *-^ ne peut se rapporter ni au temple , qui est du féminin, ni à aucun autre mot de la pbrase, à l'exception de Phrâ-Harmakhis, nom qui est bien du masculin. Or les groupes cidessus, suivis du signe de doublement, signifient : vis-à-vis de lui, vis-à-vis de lui, c'est-à-dire vis-à-vis l'un de t autre. Si Ton réfléchit que le sphinx est une figure qui a été attribuée précisément à la forme solaire de YHorus de» deux horizons (Phrâ-Har-em-akhou, en grec Àpfiogff ) , on sera tenté de reconnaître dans notre texte l'indication d'une avenue de sphinx affrontés ». Nous avons vu que la lecture "V parait reposer sur une erreur du fac-similé, car les autres copies donnent -tx . Quant au groupe que M. Chabas lit ▼ V 1 «s—, je ferai

observer, i° que l'intercalation du pronom *— *. entre ] etT) n'est pas fréquente,. si elle existe ailleurs; 2* qu'en hiératique J ] déterminatif de "*— ' *%l est toujours suivi d'un autre déterminatif -»&-, qui

manquerait ici , si nous devions lire *^— ce qui vient après 1 1 ; 3* que les débris de signe que donnent toutes les copies répondent non pas aux restes de «^-^, mais à ceux d'un -m-, dont la haste inférieure serait allongée f . Je ne doute pas qu'il (aille lire Y 1k 1 1 yr\ ;

on a de la sorte une expression Y jL|]l 1k 1 1 j analogue

à <=*' I «=» I <=» et signifiant exactement : « Étaient les chefs du [Hik] v. s. f. avec des guirlandes comme ce que faisait le temple de Phrâ- Harmakhis exactement, exactement, » c'est-à-dire que les chefs assistaient au sacrifice fait dans le temple de Soutekhou , selon le rite usuel du temple d'Harmakhis.

1 La restitution est incertaine. Je ne crois pas qu'il y ait M V 1 > jfr

kJ«+ZJ(°P~C3mPX/M£*

»Aj?oiiii «lui i tt/MM^LiM^^^JT

[songea] à envoyer un message pour l'annoncer au roi (SoknocnrQ. v. s. f. , le prince de la ville du Midi. Et beaucoup de jours après cela, le roi (Rà-ApôpQ v. s. f. fit appeler [ses] grands [chefs] .... »

A vrai dire, le texte s'interrompt ici pour ne plus reprendre qu'au début de la page a : au moment où il reparait, après une lacune presque complète de cinq lignes et demie, nous trouvons des phrases qui appartiennent évidemment au message du roi Apôpi. Or des exemples nombreux, empruntés aux textes romanesques comme aux textes historiques, nous apprennent qu'un message confié à un personnage est toujours répété par lui presque mot pour mot : nous pouvons donc assurer que les deux lignes mises, à la page a , dans la bouche du messager, figuraient dans les lignes perdues de la page 1, et de fait, le petit fragment isolé, qui figure au bas du fac-similé,

dans la lacune : M V I j| ' ' ' 1 ~~ ^ft • « rapport de paroles » est dans tout le texte le nom même du message et exigerait un verbe qui n aurait point de place en cet endroit. Peut-être y avait-il «=> 8 A

i Jl ■ * chercha des paroles d envoi au roi Soknounri ».

porte, parfaitement reconnaissiables sur la photographie, les débris de signes j ^ I I I — " S 9p| qui répondent exactement au passage £5 * * 8 jt ! f 1 1 9 1 — : *™ = du message. Cette première version

du message était donc mise dans la bouche des conseillers du roi : mais qui étaient ces conseillers? Etaient-ce les grands princes qu'il faisait appeler au point où j'ai arrêté le texte? Non, car dans les fragments conservés de la ligne 7, on lit^|^9^

WïÀ.7i~i\ I et * * a ^P 16 - 3 d e la pagç 2, il est affirmé expressément qu Apôpi envoya à Soknounrî le

2c « que lui avaient dit ses scribes savants ». Il faut donc admettre qu Apôpi ayant consulté ses chefs civils et militaires, ils lui conseillèrent de s adresser à ses scribes savants. Le discours de ceux-ci commence à la fin de la ligne 7 avec l'exclamation de

rigueur \jfo\ \\ |J} ^ AP 1 ( I ue ^" Erman a démêlée avec beaucoup de sagacité dans les traits un peu confus du fac-similé. En résumé, pour toute cette première partie de la lacune, nous avons une délibération toute semblable à celle qu'on rencontre plus bas à la cour de Soknounrî et dans le papyrus d'Orbiney, quand Pharaon veut savoir à qui appartient la boucle de cheveux qui parfumait son linge. Le texte se restitue donc, au moyen de formules usuelles, à peu près comme il suit : [ \TM LL'/jM

ip~t]~PM«a~ir:arîiJ-+

ZI(«P«:3tAPX]ktt£&*~.£

A+ziw»sMimiPrr::«a:T

J»]lMimAP[-JtAP~KŒ^!l

wprnîrH+zjK^aïUjntAptx

r.TJaZfc+ZJHaiMiEltAPTlw

ja-i\^jLi[i^]r.T-ik!*T] **p.:~-:::.*-ijefcia;fc°i

©^•«[ses] grands [chefs, aussi ses capitaines et ses

1 Cette ligne devait renfermer un compliment à l'adresse du roi.

1 Cette phrase importante est malheureusement mutilée, de telle sorte que je ne puis pas en rétablir complètement le texte. Goodwin : « King Apepi sends to thee, saying , he is about to go to the fountain

of the cattle, which is in the région of the south, seeing that

has commissioned me to search day and night » Chabas : • C'est

le roi Apapt qui envoie vers toi pour dire que sur la fontaine du

bétail, qui est dans de la ville. Réellement, je n'ai pas laissé

venir à moi le sommeil ni le jour ni la nuit (avant d'avoir rempli ma

généraux avisés, mais ils ne surent pas] lui donner un discours bon [à envoyer au roi (SoknounrQ v. s. f. , le chef du pays du Midi : Le roi (ApôpH v. s. f, fit donc appeler ses] scribes magiciens. [Us lui dirent :

«Su]zerain, v. s. f., [notre maître, »

et] ils donnèrent [au roi] (Râ-Apôpi^| v. s. f. [le dis]cours qu'il [souhaitait. « Qu'un messager aille vers le chef de la ville du Midi pour lui dire : Le roi (RÂ- Apôpi^| v. s. f. t'envoie dire : Qu on [chasse sur Yé\~ tang les hippopotames [qui sont dans les canaux?] du pays, afin qu'ils laissent venir à moi le sommeil, la nuit et le jour »]

mission). » Brugsch suit la traduction de Chabas, ainsi que Lushinglon. En examinant avec attention les copies et la photographie, voici

ce que je trouve : i° I V V * ^^ *$ A . Le «c=» ne peut

guère appartenir, d'après la forme grammaticale, qu'au verbe de mouvement dont le détermina tif est à la fin de la lacune. Or il n'y a guère de verbe de mouvement , avec «=«► en seconde radicale dans cette position et pouvant aller en cet endroit, que jyj [q *t*j ^ «Qu'on

écarte, qu'on chasse* ; a 9 Gomme il s'agit de chasser ▼ sur l'étang les

■**■ 1 ^ M î ' * j en c ° nc * us < \ ue I e * ^ •■ I ^ M ^ tt* 11 ** n ° n p* s

des bestiaux , mais le pluriel en 1 1 du nom de l'hippopotame -■»• J<2 W ; 3° Les hippopotames sont dans un endroit dont le nom est masculin , car l'article )C jk est donné par les copies Loret et Eisenlohr, et qui était une pièce d'eau, car les mêmes copies donnent très lisiblement les déterminatifs gsj ; 4° ^C "jl Sa* servant à expliquer ou à

développer une idée précédente, la suite du discours appartient au message du roi Apôpi et ne doit pas être considérée comme étant une observation du messager; 5° Il semble qu'il y ait H entre /%» jL

£%. et A- " 1 ; 6* Je crois lire JK y k * * à la fin du discours, mais cela n'est pas certain.

Voilà une partie de la lacune comblée d une manière certaine, au moins quant au sens; mais il reste encore, au bas de la page, une bonne ligne et demie, peut-être même deux lignes et plus à remplir. Ici encore la suite du récit nous permet de rétablir en esprit une partie de ce qui manque dans le texte. On voit, en effet, qu'après avoir reçu le message énoncé plus haut, le roi Soknounri assemble son conseil qui demeure perplexe et ne trouve rien à répondre ; sur quoi, le roi Apôpi envoie un second messager. Il est évident que l'embarras des Thébains et leur silence étaient prévus par les scribes d' Apôpi, et que la partie de leur discours qui nous est conservée tout au haut de la page a renfermait la fin du second message qu' Apôpi devait envoyer, si le premier restait sans réponse. Dans les contes analogues, où il s'agit dune chose extraordinaire que l'un des deux rois doit faire, on énonce toujours la peine à laquelle il devra se soumettre en cas d'insuccès et la récompense qu'il recevrait en cas de succès : il en était bien certainement de même dans notre conte, et je propose de restituer comme il suit :

a [Il ne saura que répondre ni en bien ni en mal, alors tu lui enverras un autre message : «Le roi

ZrayHA[4]T1JT^^X[\Ci]

(RA-Apôpi^| v. s. f. t'envoie dire : «Si le chef du Midi ne peut pas répondre à mon message , qu'il ne serve d'autre dieu que Soutekhou! Mais s'il y répond, et qu'il fasse ce que je lui dis de faire, alors je ne] lui prendrai [rien] et je ne m'inclinerai plus devant aucun autre dieu du pays d'Egypte, qu'Ammon-Râ, roi des dieux! »

1 Chabas traduit : t . . . avec loi , hormis que je ne consens pas , etc. », et il ajoute en note : « Le groupe a été gauchement rétabli , il faut lire M -xxî. » C'est une modification légère du premier sens de Goodwin : • . . . with him,, in case of his not consenting [to worship] ail the

gods. » Je ne vois pas comment V 3c I I c J peut se prêter au sens de hormis. H est certain que cette locution terminait un membre de phrase, tel que [~ \ Ç ^ ? JL*3 ! £5 V^- \ \ «[Je ne deviendrai pas] avec lui à l'état de ». 3^. I I

a le sens de prendre, enlever, qui irait assez bien ici : « Je ne serai pas avec lui à l'état tf enlevant, je ne lui prendrai rien. » Cette traduction est douteuse, mais s'accorde mieux que les précédentes avec les règles de la grammaire.

J. As. Extrait n° 2. ( 1880.) i4

«Et beaucoup de jours après cela, le roi (Râ- ApôpQ v. s. f. envoya au prince du pays du Sud le message que lui avaient donné ses scribes magiciens; et le messager du roi (Rà-ApôpH v. s. f. arriva chez le prince du pays du Sud. On le mena devant le chef du pays du Sud. Celui-ci dit au messager du roi (RA-ApôpQ v. s. £ : « Quel message apportes-tu au pays du Sud ? Pourquoi as-tu accompli ce voyage ? »

1 Le texte porte, derrière le pluriel droit, tracé de manière & ressembler au signe du dieu, un signe indistinct qui parait être une

forme de n^.

1 Le fac-similé publié porte Jfo * ^ (?) : la copie Loret et la photographie montrent que le signe -•— « du fac-similé est le prolongement de la queue de ^p« qu'un accident a déplacé , et qu'il faut lire A

Le messager lui dit : ce Le roi (Râ-ApôpQ v. s. f. t envoie dire : «Qu'on chasse sur 1 étang les hippopotames qui sont dans les [canaux?] du pays, afin qu'ils laissent venir à moi le sommeil de jour comme de

nuit » Le chef du pays du Midi

Ait frappé de stupeur et ne sut que répondre au

le déterminatif f soit J£) /* tout le groupe. Dans la phrase suivante, le Fac-similé porte assez clairement \ C A , et c'est la lecture que M. de Rougé a adoptée dans sa Chrestomathie , II, p. 96. La copie Loret donne très nettement \ • \ ^ , et cette version

est confirmée par la présence des détermina Vifs % A , inusités derrière . «■» f et obligatoires derrière J^f , marcher. J^ m ~ m ~ \ ^

est d'ailleurs le verbe employé plus bas (p. a , 1. 11) pour le messager d'Àpôpi.

1 La copie Loret donne 1res nettement ▼ u Q lk jfr ce qui nous ramène à un radical connu. Le mot suivant est illisible dans tontes les copies , mais le sens général est évident et a été indiqué par tous les traducteurs.

(Ici encore le* lacunes recommencent et je ne sais trop comment les

\ I I ^ l I I J a t ^ 1 *-». l l l «—i lliil \j*ïtiâ*L&/A l

messager du roi (Rà-Apôpi} v. s. f. Le chef du pays du Midi dit donc au messager : « Voici ce que ton

maître v. s. f. [envoie] pour le

chef du pays du Midi [les paroles] qu'il m'a

envoyées ses biens [Le chef du pays

du Midi fit] donner toute sorte de bonnes choses,

de la viande, du gâteau, des , [du vin, au

messager,] puis il lui dit : «Retourne [dire à ton maître : « ] tout ce que tu as dit, je ïap-

1 Restitué d'après la copie Loret.

' Restitué d après la copie Loret.

GX/A

xkKrî.î.+zjKHaiiyjMii 1 ?

VTîJ^êi+ZJ(««l«jBJWP

prouve » [Le messager du roi] (RÂ-

ApôpiI v. s. f. se mit à marcher vers le lieu où était son maître v. s. f. Voici que le chef du pays du Midi fit appeler ses grands chefs, aussi ses capitaines ^ et ses généraux avisés et il leur répéta tout le message que lui avait envoyé le roi (Rà-Àpôpi^| v. s. f. Voici qu'ils se turent d une seule bouche pendant un

1 «£ certain , v" 6 jfr douteux d après la copie LoreL

* C est en cet endroit que commence, au verso de la page s , le duplicata des dernières lignes du texte.

long moment, et ils ne surent que répondre ni en bien ni en mal.

« Le roi (Râ-ApôpiJ| v. s. f. envoya au [chef du pays du Sud 1 autre message que lui avaient donné ses scribes magiciens .....]»

Je crois qu'on peut , sans grande difficulté , deviner la tournure que prenait le récit. La querelle d'Apôpi et de Soknounrî semble n'être qu'une version égyptienne d'un récit populaire en Orient. « Les rois d'alors s'envoyaient les uns aux autres des problèmes à résoudre sur toutes sortes de matières, à condition de se payer une espèce de tribut ou d'amende, selon qu'ils répondraient bien ou mal aux questions proposées. » C'est ainsi qu'Hiram faisait résoudre, par un certain Abdémon, les énigmes que lui proposait Salomon. Sans examiner ici, ce qui serait hors de propos, les différentes formes de ce conte, je me contenterai d'en citer une qui me paraît avoir une certaine analogie avec ce qui reste du récit égyptien. Le Pharaon Nectanébo envoie un ambassadeur à Lycerus, roi de Babylone, et à son ministre Esope : « J'ay des cavales en Egypte qui conçoivent au bannissement des chevaux qui sont

devers Babylotie : qu'avez-vous à répondre là-dessus?» Le Phrygien remit sa réponse au lendemain : et retourné qu'il fut au logis, il commanda à des enfants de prendre un chat et de le mener fouettant par les rues. Les Égyptiens , qui adorent cet animal , se trouvèrent extrêmement scandalisez du traitement que F on luy faisoit. Ils l'arrachèrent des mains des enfans, et allèrent se plaindre au roy. On fit venir en sa présence le Phrygien. Ne savez-vous pas, luy dit le Roy t que cet animai est un de nos dieux ? Pourquoy donc le faites-vous traiter de la sorte? C'est pour V offense qu'il a commise envers Lycerus, reprit Ésope, car la nuit dernière, il luy a étranglé un coq extrêmement courageux, et qui chantoit à toutes les heures. Vous estes un menteur, reprit le Roy; comment seroit-il possible que ce chat eust fait, en si peu de temps, un si long voyage? Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos jumens entendent de si loin nos chevaux hannir et conçoivent pour les entendre *?» Les hippopotames du lac de Thèbes , qu'il faut chasser pour que le roi du Nord puisse dormir, me paraissent présenter quelque analogie avec les chevaux dont le hennissement porte jusqu'à Babylone , et avec le chat qui fait en une seule nuit le voyage d'Assyrie, aller et retour. Je ne doute pas qu'après avoir reçu le second message d'Âpôpi, Soknounri ne trouvât, dans son conseil , un sage aussi perspicace qu'Ésope le Phrygien : grâce

1 La vie d'Esope le Phrygien, traduite par La Fontaine (Fables de La Fontaine, ëdit. Lemerre, 1. 1, p. 4 1 -4 a, 45).

à ce secours , il se tirait sain et sauf de l'épreuve , et Apôpi v pris à son propre piège , était contraint de renoncer à Soutekhou pour adopter le culte d'Ammon-Râ. Le roman allait-il plus loin et montrait-il Apôpi refusant de se soumettre à la loi commune v la guerre éclatant entre les prinees du Nord et du Sud, l'Egypte délivrée du joug des Pasteurs? Il faudrait, pour répondre à ces questions, retrouver un manuscrit renfermant la fin de l'histoire , et c'est ce qu'on ne peut guère espérer.

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