‹ Études égyptiennesChapitre 18 sur 47 · COMMENCEMENT DES CHANSONS RÉCRÉATIVES · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DES CHANSONS RÉCRÉATIVES

pourpiers, mon cœur est en suspens quand tu fais ce qu'on recherche et que je suis dans tes bras ! Je me suis adressée au kohol des yeux pour que j apparaisse avec les yeux brillants, et je me suis approchée de toi à la vue de ton amour. O maître de mon

1 )k TV )k TV * * est le copte M62MOY26, T.,

M62MOY*», M., jJLa.jJ! «pourpier».

' Litt. : «Tu as fait ce que on (il, X,t) recherche cela! » Je crois que ce membre de phrase est l'expression adoucie de l'idée rendue plus bas par le verbe N % J"-$ : au moins ce qui suit * ^* V I ?** A semble-t-il l'indiquer.

3 Litt. : «Mon implorer le kohol des yeux, mon être vue brillante des deux yeux, j'accours à toi. » Le verbe V 8 j^ est suivi dans

l'original hiératique de signes à moitié détruits, dont je ne saisis pas bien la forme. Le parallélisme avec le membre de phrase suivant semble demander ^, mais les traces d'encre qui subsistent

ne se prêtent pas à cette lecture. Je crois, du reste, que ces signes, quelle qu'en fût la forme exacte, sont des explétifs sans signiGcation, comme il y en a tant dans notre texte, et qu'on peut les omettre sans altérer en rien le sens du morceau.

MKH* i -prxïii^ , pr:xrA îTip^i*i3iv*:*\t:*Ainx

cœur, qu elle est belle mon heure ! C'est une heure de 1 éternité qui me vient, quand je repose avec toi ! Mon cœur s'élève vers toi.

armoises de mon frère devant qui l'on se sent plus grand, je suis ta sœur favorite, et je te suis

1 Litt. : «ô homme, grand de mon cœur. ■

' Les déterminalifs des deux mots significatifs ont disparu en tout ou en partie, ce qui rend plus que douteux le sens de cette Gn de chanson.

J Le nom M '__ * W A i , qui se trouve souvent mentionné au

Papyrus Ebcrs (Glos. , p. 38) , a été rapproché par M. Stem du nom a6fu, qui, d'après Dioscorides (Mat. Med,, III, a3), était le nom égyptien de l'absinthe ou de Yartemisia arborescent, sorte d'armoise

qui n'est point rare en Egypte. Le déterminatif A qui, s'il est exact

ici, fait songer à une plante arborescente, rappelle le mot <rov/x (al, oovr) qui, dans le même Dioscorides (Mat. Med., II, i85), sert à désigner Yagnas costal. J'ai préféré la traduction « armoise t, à cause des jolies petites fleurs violettes que porte cette plante. Dans cette

phrase : H \ * w in 1, comme dans la phrase jC. 1k I j^

1 1 * \ a qui commence la chanson suivante , 'k— désigne l'amant. Je n'ai pas réussi à rendre en français le jeu de mots produit par

l'altération de II V â i , nom de la plante , avee 11 ^ i être agrandi ».

comme le champ où j'ai fait pousser des fleurs et toute espèce de plantes odorantes, où sont charmants les canaux que j'ai creusés de ma main pour me rafraîchir au vent du nord, place délicieuse où me promener, ta main dans ma main , le sein ému , le cœur en joie daller tous deux ensemble ! C'est une boisson enivrante pour moi qu'entendre ta voix et je vis de l'entendre : te voir et te voir encore me profite plus que manger, plus que boire !

O marjolaines de mon frère, j'ai pris tes guir-

1 Litt. : « Mon cœur se souvenant. »

4 Le mot à mot donne : «Mon voir en vue toute, ils sont plus utiles,» etc.

3 La transcription de ce mot nous donne I"PT • olivier » , mais je

ne pense pas que le contexte nous permette de reconnaître ici cet arbre. D'après ce qui suit , il semble que les fleurs appelées >C, 1k

landes quand tu viens à moi ivre et que tu te couches dans ton alcôve; j entre

Le procédé de composition est curieux à noter. Chaque couplet commence par un nom de plante,

qui fait allitération avec le verbe suivant : J^ f V V TV* * makhmokhaoatou , avec \k T \l ) ) *» n*àkhaï ; fl ^3 \l ^t X ' s ^ amou > avec P *~~ V ~*"~ sâalou ;

effets de son ne s'obtiennent guère qu à la condition de sacrifier parfois un peu le sens; mais cette considération n'arrêtait pas les littérateurs égyptiens. Il est probable que le chant tout entier était composé sur le modèle des trois couplets subsistants : malheureusement, la dernière page ne renferme que quelques lettres au commencement de chaque ligne.

I Jï M servaient a faire les guirlandes dont on se parait

pour boire. Une des fleurs employées à cet usage était la marjolaine, aujourd'hui nom mie en Egypte j&jjf YAciaos de Pline (Hist. nat. , XXI, i5, 27) : c'est aussi une de celles dont on a trouvé des spécimens desséchés dans les tombes thébaines. Je la considérerai jusqu'à nouvel ordre comme pouvant répondre assez bien au nom

Tels sont les deux manuscrits dont je m'étais engagé à rendre compte. Qu'il y eût en Egypte d'autres recueils du même genre, c'est ce dont on ne saurait douter. Je crois, quant à moi, que l'inscription de la stèle G. 100 du Louvre est un fragment détaché de l'un d'eux 1 . Cette stèle, dédiée par un roi à sa fille Mouliritis, renferme, au lieu du proscynème ordinaire, une description des beautés de la princesse :

« Une palme d'amour, la prétresse d'Hathor Moutiritis , — une palme d'amour, auprès du roi Menkhoprirî ! — C'est une palme auprès de tous les hommes, — un amour auprès de toutes les femmes , — que la fille royale , — une palme d'amour excellente parmi les femmes , — une jouvencelle dont on n'a jamais vu la pareille ! — Noire est sa chevelure plus que le noir de la nuit, — plus que les baies du prunellier, — [rouge] sa [joue] plus que les grains du jaspe rouge ,

1 Le texte a été publié , avec plusieurs fautes , dans Prisse d" Avennes , Monuments, pL IV, 1, et dans Pierrel, II, p. 105-107. J'en ai déjà donné la traduction dans les Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, S 3 (ZeitschriJÏ fur Aïo.jrptiscke Sprache, 1879, p. 53- 54).

— plus que l'entame d'un régime de palmes; — ses seins sont bien plantés (?) sur sa poitrine. »

C'est là évidemment un morceau de poésie populaire que le rédacteur de la stèle a cru pouvoir appliquer à la princesse. Malheureusement l'exemple qu'il avait donné ne paraît guère avoir été suivi; je ne connais aucune stèle qui renferme un texte analogue au texte de la stèle du Louvre.

Il n'y a personne qui, en lisant la traduction de ces chants , ne soit frappé de la ressemblance qu'ils présentent avec le Cantique des Cantiques. Ce sont les mêmes façons de désigner l'héroïne sous le nom de sœur, les mêmes images poétiques empruntées à la voix de l'hirondelle par exemple, les mêmes comparaisons. Il serait imprudent de vouloir expliquer

1 Brugsch a traduit cette phrase (Dictionnaire hiéroglyphique, supplément , t. V, p. 433 , s. v. J ^^ J) * I nre Brùste waren sinSbU znr Warto (copte 6KIH6, KIH6)». L'absence du déterminatif W derrière J ^, dans un texte aussi soigné que le nôtre t me parait rendre difficile le rapprochement avec KIB6, 6KIB6; peut-être A %, marque-t-il ici le thorax. «B -^ est le mot difficile , et je ne vois pas

trop comment en déterminer le sens par le seul secours des textes. En regardant les représentations figurées , on verra que les femmes ont toujours le sein très proéminent et très droit, par conséquent très ferme, et l'on sera amené à conclure que cette forme était considérée comme une marque de beauté par les Egyptiens. De là ma traduction , que je donne d'ailleurs comme étant conjecturale.

ces analogies par des emprunts faits à l'Egypte. L'Hébreu et l'Égyptien avaient à peu près la même conception de l'amour et devaient par conséquent parier à peu près la même langue amoureuse. Il y aurait donc avantage à comparer l'un à l'autre le Cantique et les chansons égyptiennes : on éclaircirait peut-être certains passages restés obscurs des deux côtés. C'est là toutefois une tâche que j'abandonne volontiers à plus compétent que moi : il me suffira pour le présent d'avoir fourni une partie des matériaux à qui voudra l'entreprendre.

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