‹ Études égyptiennesChapitre 9 sur 47 · AU XHOU INSTRUIT * DE LA DAME ONKHARI · texte numérisé non relu

AU XHOU INSTRUIT * DE LA DAME ONKHARI

« Que t'ai-je donc fait de criminel que j'en sois ar-

1 Leemans, Monuments égyptiens du musée Xantlauités des Pays- Bas à Leyde, a* partie, pi. CLXXXIII-CLXXX1V.

' Le '%* ^J* A I «r=» d'une personne est le khou de cette personne, instruit ( I «==» ) de tout ce qu'il lai est utile de savoir dans l'autre monde. Le khou était la partie lumineuse de l'être humain qui passait au ciel inférieur, tandis que le double ( U ) demeurait dans la tombe.

J. As. Extrait n° a. (1880.) 10

=]ryj;v*--t-xy*.s.<txy*r

•.«rr.Jisr^'rAMi^txv

rivé à la condition fâcheuse où je me trouve i 1 Que t'ai-je donc l'ait qui soit cause que tu aides a m'attaquer. si aucun crime n'a été commis contre toi: 1 De-

' Le leite porte J derrière i i, c'esl-à-tlirc li' pmnoin de Li deuxième personne du féminin, /, E. La comparaison HM les mcmbr.s ilr jihrasc suivants, "**"l ° " = * J . I -A i **i , ^ » ~

J mf parait rendre nécessaire la correction J**. SA, »ii lu-u de i i J. l-i Forrai' LTïjdiirjiu' de vA et «I e\|>liquc L'erreur du scribe egïplieo.

' m . dêli ■iniin.ilif "incertain (|iii riiiiimcnce à paraître icrs tette

1 i>VI V me paraît renfermer virtuel lemenl lin pronom

de la première jier-unnis *| Vfc ! V serait \\\ forme correcte

des époques antérieures, mai* nnui tuninns an temps où VB lotnln derrière le- auxiliaire», les articles et les suilUcs tels que •»«, , "**, etc. (conf plus haut, p. 90. 1 36 rt îii , et ZeiUclirift, 1879, p. 5* , unie 1 ). " -^ , pour " ~V^. représente «* qu'est le temps copie HT1 au temps ropte GTXI, — Le mot a mot de

tu phrase don " Mon devenir en rua pusition 111 ,11 ii.ii.se que j|-j

suis on elle..

' Ou pourrnil transcrire M*- l'bîératiquc pour » et «=»

étant identique dans ce manuscrit ; mais les monument» liîéroglj-

jiliiques de la v\" d\nn-tie douent l;i forme de préférence à i*

5 signifie •iloiiHrr niaiu . aider, MTunrir > ; l'ruyscli. iliei.

puis que je suis devenu mari jusqu'à ce jour, qu'ai-je fail contre toi que je doive cacher? Que ferai-je quand il me faudra déposer sur ce que je t'ai fait, que je comparaîtrai avec toi devant le tribunal, en paroles de ma bouche [adressées] au cycle des dieux de l'Occident, et qu'on te jugera d'après cet écrit,

hier., p. 161 5). Le contexte me paraît exiger que l'on traduise ici : tJe t'ai fait quoi, le faire de ton donner main sur moi», c'est-à-dire «que tu serves d'auxiliaire contre moi» à ceux qui me tourmentent et dont je me plains.

1 C'est le copte niooY. nooy, T., 4>o°Y» M., kodie, enooy, T., ad hune diem.

* Litt* tle je fais-cachette. 9 ►ici, je crois, le premic futur: I T^^ h* «Que ferai-je?»

4 Sur ce sens de R • ÎISk"*'"» *°» r Chabas, Mélanges égjrptologiques, 3* série, t. II, p. 3 1. — | , pris absolument, est fréquent dans ce texte. Nous en verrons de nombreux exemples. En voici un emprunté au Papyrus d'Orbiney (pi. XI, 1. 6-7) : * \

9 Voici, je crois, le premier exemple de I * joint à -■=*• du

qui est [composé] de paroles renfermant ma plainte au sujet de ce que tu as fait, que feras-tu? Tu es devenue ma femme, j'étais jeune, j'ai été avec [toi].

~ ^ )M S^îTîîS -ÂI^P- iEl ,6 meM1 « CT q«* « •

la vallée de F Acacia qu'aillent des gêna nombreux avec [lui] pour amener la femme, t De même , V j^ e*t fréquent sans régime :

(rnT JIPPiTi^ (m™**. **H~. «• '. p*- XÏX » •. *• >7)e mot à mot est donc : • Je me pose avec m présence, par paroles de ma bouche à la neuvaine des dieux d'Occident!»

1 Cet emploi syntactique de *v— est rare jusqu'à présent. J'en ai pourtant recueilli quelques exemples, ainsi que des autres pronoms

^^2.*ât J ( Pa P? ras Eber *> P 1 - M. 7-») «Je défends celui4à ( litt : • lui » ) de ses ennemis, dont Thot e?t le guide ( litt. : « le guide de

X L (Mariette, Abjraos, 1. 1 , pi. V, 1. î i-i a) «Les années des deux Horus en roi de ce que (litt. : «de eux) tu m'as assigné sur terre.» Voir un exemple douteux de ro jk I ^ ^ «deuil, plainte», p. i\*- Le mot a mot donne : «On jugera toi avec cet écrit-ci qui est (litt : «le étant») paroles avec ma plainte sur cela que (litt. : «/ni, ce!a*) tu as lait. »

* 1*% 9 est ici l'équivalent de la seconde personne , i i ^r ,

(**j^ j* Pi s=±> ' PI *T Bru s* cn t Gram - *•*••* p« ,3 ) ■ d *j*

remarqué ce fait pour la deuxième personne du masculin singulier. Les exemple* de cette personne sont, en effet, les plus nombreux :

Je fus promu à toute sorte de dignités, j ai été avec* [toi], je ne [t']ai pas laissée, je n'ai point causé de chagrin à ton cœur. Or j'ai fait cela quand j'étais jeune; lorsque j'ai été promu à toute grande dignité de Pharaon v. s. f., je ne t'ai point laissée, disant :

des mineurs d'or, I. aa-a3) t parce que tous les dieux, tes pères, t'aiment plus que tout roi qui a été depuis Râ. » ^ \ ^ ^jr m * ts £ (Todtenbach, ch. xLHi, 1. 3) «Je t'ai protégé 'du

soufBe dejma bouche » , etc. J'ai déjà relevé ailleurs (p. 1 46 , note 3) la forme de la première personne; jd compte citer autre paît des eiempLs de la troisième. Ceux que je donue ici suffis nt à justiGer ma traduction.

Q z 9 *■ ■* esl un2 ^ ormc ^ u mo * Q tf 1 ^ U ^VJ™ d'Orbiney (pi. XVI, 1. 5), et se retrouve dans le même teit; (pi. VIII, 1. i) :

aine afllig.a son propre cœur beaucoup, beaucoup. » Brugsch (Die t.

hier., p. i3g8) a transcrit X ^ e premier signe: c'est sans dout.^

une distraction, le premier signe de ce verbe étant identique au

premier sign j du mot 5 vfk f frère » , dont l'orthographe est constante.

1 .«J. s* 1 toujours écrit dans ce texte au moyen d'une ligature assez difficile à lire. J t» ^P est ana '°o ue au JLl ^ c '^ P ar M. de Rougé (Chtestomathie, 3* fascicule, p. ia3).

"Que ceci le soit commun avec moil» Et comme tout le monde qui venait me voyait devant toi, tu ne recevais point ceux que lu ne connaissais pas, car j'agissais selon ta volonté. Or voici, tu n'as point satisfait mon cœur, et je plaiderai avec toi, et l'on verra le faux du vrai. Or voici, j'instruisais les capitaines

t Lin. : .De™.,™ ceci a.ec [loi) pris de moi., ^a ici le même .«eus <{tio dans la furniulc îles nlëles : « la force sur la (erre auprèi de Si» (^ifc.]e J). >" |>u»«!*uce au ci,.-i ajifirè) .le ÎU

• Los signe* qui Mirai! 3£ "jj M sont \us d'une leclur.- cer- Uiue. Le HM semble Ktîger la traduction que je donne MU pouvoir la justifier. ' Ktanl (out»i((cYst-a-diiv: tlonl le moruL.) v.mit il moi en prcs:nce du loi, point lu n i recelais lui =■ ils ignorent loi ( . J). à savoir, j'agissais à Inn coeur. ■

1 Ici encore la lecture J V{ "'^ P"* »» urea : ■' I ' u "a* P«"

* Le. debri* de lignas encore subsistants nous obligent a rétablir en mot, dont la restitution nous ramené d'ailleurs il la pliv.ise con-

i J» l'-rr"" <ra*'«r (,,i. m . i. :. ) ■■ % M j* J ^ J ^

de l'infanterie de Pharaon y. s. f. et de sa cavalerie ; et moi, quand ils venaient pour se prosterner sur le ventre devant toi, s il y avait dans ce qu'ils apportaient quelque chose de bon, je le posais devant

[toi], je ne cachais rien pour moi, je ne

me comportais pas à ton égard d'une manière blés santé en quoi que je te fisse, à la façon d'un maître; on ne m'a jamais trouvé agissant brutalement à

1 La construction est un peu embarrassée* Les formes temporelles I ^ sont séparées de leur verbe j 8 par deux membres de

phrase : « Je Jus , — ils venaient pour s j coucher sur leur:* ventres à toi, étant dans leurs apports toute chose bonne, — posant cela devant toi. •

* Le mot "\ ^h ou m \ ^Li qui termine la première page, n'est pas certain. Les premiers mots de la deuxième page ne sont lisibles ni dans le fac-similé ni dans la copie de M. Wilbour.

* Toute cette portion, illisible dans le manuscrit, est restituée d'après la copie de M. Wilbour. «Je n'ai pas été donné à toi pour r< ndre malade en tout ce que j'ai fait , à la façon d'un maître. »

1 Le mot, peu lisible en c^t endroit, se retrouve intact quelques

Ion égard à la façon d'un paysan qui entre dans fa maison d'autnii. Je ne me suis soustrail a rien de ce que tu me faisais. Quand on me mît en la place où je suis, el que je ne pus plus sortir au dehors selon

lignes plu:

bas. Il i

i "brutal, grossier, mal appris i : "Point n'ai élé foaiièreté a ton égard» ei «Moi, je n'ai pas été fait en gromrr à Ion égard.. Peut-être, la locution copte 3Ciîpx. T., cavillari, HreÙ eanlnulere , luilere , jocaii, 1511c Peyron rallaclie il XI ïpx, rievart rocem, Mt-eUa un simple dérivé de 3fc.lk I «=■

' Lïll. : «Je nt lis pas prendre â moi mon prendre ce que lu lai suis & nioî.i Sens douteui.

* L'original porte jMf ■ •*. plu» bas. I. 8, jfrjL. T" Esl évidemment le ■■ groupe. Je ne vois d'autre l.cture possible que

ni- Ln l'gatmc de * el de C3, en liiiTatiqu B X , devient J| . Jj il 4 . s tiiti le. époques, et a pu donner par rai terni-ut Jf , qui est le démolique ^fc«, , avec lu barre, j*S^.

1 Lïll. : "Je devins je ne savais plus sortir an dehors en mon liabitude.» Dans le Papyrus tCOrbinty (pi. IV, 1. 9], ou trouve cette

rXVWAIJP.Ï.^îJSïM'HW

mon habitude, et que j'en vins à jouer le rôle d'un reclus, et que mon huile , aussi mon pain , aussi mes vêtements, on me les apportait, je ne mis pas en un autre endroit, disant : « Que deviendrait la femme ? » Et je ne me montrai jamais brutal à ton égard , et

bitude qu'il en avait > J'avais cru que le scribe avait passé ' ' ®*

(Le Conte des deux f rires, p. 5 , note 3) , qui est d'ordinaire exprimé dans le papyrus d'Orbraey : l'exemple de notre papyrus prouve que le passage est parfaitement correct.

1 Litt. : «Je devins à faire mon faire celui qui est comme il est enfermé. »

* La copie de M. Wilbour m'a fourui différents mots, illisibles

dans le fac-similé. "It ^ "^, m , entre }C 1 1 ^A (l *— *

et \^L 1 1 NA 8 I II , est déjà la forme copte nx , meus , pour

nx[l]. Cf. Zeilscfirift, 1877, p. i46, note 61.

* îl me semble, en comparant le fac-similé à la copie de M. Wilbour, reconnaître ici les débris du mot I * , tel qu'il est écrit quand • et -—- hiératiques forment ligature.

4 I \k y « passé d'abord par le scribe, a été inséré par lui entre les lignes.

*-*xïi*-*<a"riiiAT.i*r.u.i saSkPi«ffi«iMi±;*t*Bti

vols, lu no reconnaissais pas le bien que je te faisais, et je te ... pour faire ... en ce que lu faisais. El (grand lu kinilias malade de la maladie que tu fis. je lus BU elief des médecins, el il ordonna les remèdes, et il fil Cû que tu lui dis de faire. Et quand je m'en allai avec Pliaraon v. s. f . , pour aller au midi, comme j'étais habitué à me trouver avec toi, laiiilisque jr; lis mon séjour de huit mois, je Dfl mangeai, ni ne bus comme un homme ordinaire. Et quand je regagnai Memphis, je demandai congé à

1 Ici cucoiv un mol que jn ne puis d» iiilFivr m'empt'clie uV comprendre le MO» de la phrase.

I ^ ^Î*V T V "*"■ pa«f d'aku'd par le jerihe. a èli emuiln

' Le signe 3, r»t mutilé, par conwpienl

S^fclt j ncfT\t!^{~M*lll

Pharaon v. s. f. , je fis ce qui était convenable pour toi, et je te pleurai beaucoup avec mes gens en face de ma chambre; je donnai des étoffés et des bandelettes pour ton ensevelissement , et je fis fabriquer [à cet effet] beaucoup de linge, et je ne laissai point bonne offrande que je ne te fisse faire. Et voici, j'ai passé trois années [de deuil] sans entrer à la maison, sans faire faire ce qui était convenable, et vois, on a

1 Je ne réponds pas du sens de «^»- 1 8 Ç II c , en cet endroit.

J'ai traduit comme s'il y avait le déterminatif jfr «j'implorai avec le Pharaon, v. s. f.».

1 Cette phrase-ci montre que la femme est morte; mais, selon Thabitude égyptienne, l'idée de mort n'est pas exprimée directe* ment.

* Passage douteux : la copie de M. Wilbour semble donner

ii r

4 Litt. : «J'ai été, point offrande bonne* point faire faire elle à toi.»

5 Un ou deux mots illisibles. J'ai traduit conjecturalement « deuil. »

I,l#,fcX , 7'J«;M*.^™tAr«r

agi ainsi parce que: c'était pour toi! Et vois, je ne sais plus distinguer In bien du mal,. et l'on te jugera avec [cet écrit], et vois, tant que les lamentations ont duré à la maison, [je] ne suis pas Outré vois Pharaon v. s. f. »

1 L« mol 2Hr^~7* e^de Icclure incertaine. Si jaibieii lu. iimiA avons ici l:i mérar locution que plus lioiii, a [a ligne 6 de la drniieine page du papyrus (cf. p. (1)3). Peiil-être un mol est-il pa--.i' ilcri'iî'r- J „ ; sinon, la lociilion pourrai I signifier ■ comme ibrnie . conforme» : «J'ai clé, point je ne suis entré à la maison . j'ai clé point usage (le faire faire cela (pu lonjnrmr.t

* J« ne vois pas moyen de lire autrement que je n'ai fait. Le mot à mot donne : ■ Kait cela parce qu'elles (ces clioips-là) pour loimème. ■ La C"nsinicli'«i renferme un de ces brusques rliaiiyeuieni.i de pronoms, ^ «■*.», uni sont familiers à l' égyptien,

3 Peut-être faut-il lire j CTt ° - Avec ^l P° l,r délermimilif .

ce serait un.- Tonne de £ tft. 5 " <£,. dont la variante ~ 1 ^ il' lameoten se trouve an Rjltttijt l'anhaiimrmrnt [ttJÊMIt* (lie i/uclnvei papyrus du Louvre, p, ,lo).

4 "* tIP c,t incertain; vieunenl ensuite quelques signes illjlibrU qui terminent le manuscrit. Dans ces dernières lignes, lu ■Cribc, pressé d'en llnir, cl sentant l'espace lui maui|iier, a coupé tri>.» brièvement .ses phrase'. : Imite» les idées sont nprimées eu dent

— «.( 157 )*— Le texte, à en juger par l'écriture, est de la fin de la xx' dynastie. S'il renferme une nénie , ce n'est pas une nénie du genre de celle que nous trouvons dans le tombeau de Nofrihotpon, par exemple : c'est une sorte d'oraison funèbre dans laquelle le mari prenant le ton accusateur reproche à sa femme de l'avoir quitté. La plupart des voceri que l'on prononce aux funérailles, chez. les peuples qui ont conservé l'usage, des voceri. renferment des tournures analogues. On dit des injures au mort, on énumère les biens qu'il possédait, tes services qu'on lui a rendus, on parle de l'affection qu'on avait pour lui et de L'ingratitude dont il a fait preuve en quittant les siens. L'Égyptien qui a écrit le morceau du papyrus I 3y i de Leyde aurait attendu trois ans au moins avant de donner à l'expression de sa douleur la forme qui nous a été conservée. Ce serait donc une composition de rhétorique inspirée, si Ion veut, par un chagrin sincère, mais développée de sangfroid. De là les difficultés de langage qu'elle renferme : le mari en était arrivé à ce point où l'on commence a ne pouvoir plus souffrir qu'en belles phrases. Peut-être profita-l-il dune des visites qu'il faisait au tombeau a lépoque des fêtes canoniques pour réciter ce morceau d'éloquence funèbre a l'esprit de sa femme. Le papyrus sur lequel il l'avait écrit fut trouvé attaché a une statuette en bois re-

», ini. mou réun

•»«4.UH

don! les gens |wn

ahituii* s parler ni

louics leurs narrai i

Il H.

— «.( 158 )**— présentant «la chanteuse d'Ammon, Kena. . . » en costume de cérémonie '. Le nom que porte le papyrus est différent. La statue devait donc provenir d'un tombeau antérieur dont le mobilier, volé par une bande de brigands qui exploitait la nécropole, avait été revendu au détail à des acquéreurs d'occasion et Barrait à tle nouvelles funérailles. Elle était censée représenter le portrait de la femme* qu'il avait tant aimée pendant la vie et qu'il poursuivait encore, morte, de son affection.

Cette hypothèse ne peut guère tenir devant un examen approfondi du texte même. Le ton général du morceau n'est pas celui de la douleur, mais plutôt celui de la colère et de l'accusation. Le mari ne se lamente pas sur l'abandon où l'a laissé sa femme. Il se plaint «do la condition misérable à laquelle il est réduit,» trois ans au moins après être devenu veuf. S'il raconle les incidents de la vie commune. c'est pour montrer la délicatesse de sa conduite et pour y opposer l'ingratitude qui a répondu a ses soins. H ne dit pas bien clairement quelle est la nature des maux dont il soull'rc. Peut-être imaginait-il qu'elle revenait le tourmenter sous forme de spectre; peut-être était-il atteint de maladies et accablé d'in- Itirtunes, qu'il attribuait à la malignité de la morte. On se rappelle ces actions curieuses quintentaient contre des revenants les Islandais du moyen âge. Leur législation mettait en mouvement tout son cor-

W papyrus égyptims, clc, p. 19.

.-tic, pi. XXIV.

— M.{ 159 )« tège d'huissiers et tout son attirait d'instruments pour décréter d'accusation, juger, condamner des morts qui s'obstinaient a ha nier la maison où ils avaient vécu. Le récit des causes subsiste et témoigne de la gravité qui présidait a ces étranges procédures. Le Papyrus do Leyde. sans émaner dune source officielle, me paraît avoir un caractère juridique et se rapporter a quelque affaire de ce genre. Un mari s'adressant »< à 1 amc instruite n de sa femme , la somme de suspendre des persécutions que rien ne jusufie, sous peine d'avoir à répondre de sa conduite devant le jury infernal. Au cas où la morte ne tiendrait aucun compte de cet avis préalable , la cause sera évoquée plus tard au tribunal des dieux de l'Occident et plaidéc : le papyrus servira de pièce à conviction, et alors «on verra le vrai du faux!» Pour envoyer la sommation à son adresse, le mari avait pris l'un des moyens employés par les Egyptiens à transmettre les nouvelles des vivants dans l'autre monde. Il l'avait lue sans doute dans le tombeau, puis attachée à une statue représentant la femme : la femme ne pouvait manquer de recevoir ainsi l'adjuration, comme elle recevait sa pari des repas funéraires ou la vertu des prières qui assuraient la félicité de sa vie d'outre- tombe.

La momie, après avoir été pressée une dernière fois entre les bras des siens, était emportée dans le lombeau, où les hommes de la famille, dirigés par

.♦«.( 160 )*< — quelques prêtres, exécutaient sur elle les cérémonies décrites au Rituel de l'ensevelissement. Cette prise de possession du tnort par la tombe est représentée dans les peintures d'une manière assez saisissante : quelquefois, le signe de l'Ocrident jj, placé sur les premières marches de l'escalier qui s'enfonce dans la montagne et muni de deux bras \ quelquefois la déesse Hathor, dame de l'Occident 1 , ou Anubis à tète de chacal, saisit la momie 3 . Le seuil franchi, la condition du défunt change. Jusqu'alors il était dans le monde et devait se soumettre aux conditions de l'existence terrestre : la mort l'avait fait momie, et momie il devait subsister sur cette terre, momie on le représentait dans toutes les scènes qui précédaient son entrée au tombeau. Mais à peine introduit dans son nouveau domaine et, par suite, dans un monde nouveau, il change d'allures et de formes. Le prêtre, pur une opération symbolique exécutée au moyen du >^ nou, lui avait ouvert les jambes, les yeux, l;i bouche, en un mot, l'avait remis dans les conditions d'une vie nouvelle. Mort en ce monde, il redevenait vivant dans l'autre, marchait, remuait, parlait: les peintures le représentent désormais « sous la forme qu'il avait eu cette terre,» vêtu de l'habit civil et exécutant librement toutes les fonctions nécessaires ù la vie.

' Itosrllini. Mon. H».. pi. ÇXXXU, ..

« ;,/. &•<!.. v \. cxxxn. »,

' VYiltïfflon, Mannrrs and CwfMM, 3' *d. .

teUinï, «m, ,-,>.. pi. CX XIX, ..

— «.( 161 )«— La disparition du mort était accompagnée ou précédée d'un sacrifice et d'un banquet funéraire. Le sacriiice est représenta en grand détail dans chaque tombe de l'ancien et du nouvel empire. Je n'ai pas l'intention de le décrire ici : il fera l'objet d'un autre mémoire. Les animaux sacrifiés, joints aux uflrandes de toute espèce qu'on avait apportées avec le convoi , servaient a la préparation du banquet. Une seule tombe tbébaine, celle de Ram ses III, nous montre les cuisiniers à l'œuvre ', plusieurs nous font connaître l'aspect du repas -, aucune ne nous apprend d'une manière formelle s'il était servi dans l'enceinte même du tombeau, ou si l'on attendait que tout le cortège fût rentré dans la maison funéraire. La disposition de certains hypogées théhains permettrait ;i la rigueur de croire qu'on servait les invités daus la petite cour ou sur la plate-forme qui précédait

' Champollioii, Hfonainritti . lente, I. I, p. âofi ; Roselliui. .Vun, cw..pl. LXXXV-LXXXVI; YVilkJnson, Moimerj nmiCuilom», 3*ed.. I. II, p. 3i et 31.

* Cbampolliou. Mûnaint'iili, leite, I. I, p. S4S; Roselliiiï, Mon, cie., pi. IAX1X ; Wilkiiiwu, Muwirrj and Castoms . 3' éd., I. Il, p. 37 et 39. Il eiiite de la seine représentée à (a paye 37 de Wil- Linaon , et CMMfvfa M Hnii-li Muséum , une pb»tognphie Joui j'*t pu ine procurer un exemplaire, et ijui donne. la légende au com-

J 77 ! A. ! "?" ^ TU ' ■-• Pl " a1 ' ; Siï a fuii fleurir ,ei p er|L-c -

lions en (oui sein, et Pli la h a fait tout cela de ses di-ui mains, pour

luire déborder «on rocur; les bassins sont remplis d'eau nouiejlr , la

J. As. Extrait n* a. (1880.) 11

i entrée de la syringe proprement dite 1 . De toute manière, le défunt assistait à ce repas, le dernier qu'il partageât avec ses parents en ce monde, le premier qu'il donnât avec les provisions des dieux 2 . Tandis que tous les convives, visibles ou invisibles, étaient occupés à manger, des danseuses et des baladins faisaient leurs exercices, des musiciens chantaient et jouaient de divers instruments. Les chanteuses tantôt s'adressaient directement au mort, tantôt prenaient à parti les vivants : Fais un jour heureux 9 , disaient- elles, la vie na qu'un moment. « A vos doubles ! Faites un jour heureux ! Quand vous entrerez dans vos syringes, vous y reposerez éternellement, tout le long de chaque jour 4 ! » Le plus souvent les chants sont courts 5 . Au tom-

terre regorge de son amour. » C'est le fragment d'un cbant qu'exécutent les harpistes et les danseuses. »

1 Rhind, Thebes, its tombs and tkeir tenants, p. Ai -A A.

* Voir dans Rosellini (Mon. eu., pi. CXXXV) la scène où le mort, représenté momie jusqu'à la porte du tombeau, puis vivant dès qu'il est dans le tombeau, fait l'offrande do ^j ou repas funèbre.

,^5 I V ^^^ 7^ V j^ ^ ^» (Rosellini f Monumenti cir. .

pi. XCVI, 4 « où le texte est incorrect). L'original est au Louvre.

6 Voir dan» Rosellini (Mon. civ., pi. XCIV-XCVJ) quelques-uns de ces chants, trop mutilés pour que j'en essaye la traduction. Osburn (Ancient Bgypt, Her Testimony to the Truth oj the Bible, 1846, p. 239) a donné une traduction du texte 1, XCIV de Rosellini.

beau de Nofrihotpou, ils sont très développés 1 . Nofrihotpou est représenté assis devant la table , avec sa femme à son côté. Sur un des tableaux, ses filles et un harpiste, sur l'autre un harpiste seul, lui récitent de longs hymnes. Ces deux harpistes ont été représentés souvent dans les tombeaux égyptiens. 3 , mais les paroles qu'ils prononcent sont rarement reproduites. La mauvaise fortune a voulu que les textes du tombeau de Nofrihotpou aient été fort mutilés. Du chant dune des filles, il ne reste que quelques paroles intraduisibles 9 . Celui de l'autre fille Tentâr n'est guère mieux conservé: «O prophète, dit-elle, tu as été [toujours le favori de ton dieu ! C'est lui qui] fa protégé, depuis que tu sortis du ventre jusqu'à la vieillesse; c'est lui, certes, qui décrète que tu aies le salut, et une sépulture sous son autorité 4 , que tu suives son double à toute heure du jour 5 , [il] t'[a

1 Ils sont reproduits dans Dûmichen (Hist. Ins., X. II, pi. XL-

1 Les plus connus sont ceux du tombeau de Ramsès III, signalés pour la première fois, au siècle dernier, par Bruce, et nommés, pour ce motif, les harpistes de Bruce. Ils ont été souvent reproduits depuis, par Champollion (Monuments , pi. CCLXJ) , par Rosellini (Mon. civ. , pi. XCV1), etc.

* Dûmichen, Hist. Ins., X. II, pi. XL a, 1. 1-2.

* Les Egyptiens partageaient d'ordinaire le jour en trois __ I O

servi] de gouvernail vers le lieu où tu es; il t'a donné au vent de terre (?) ! C'est le prophète d'Âmmon , Nofrihotpou, qui est en paix * ! »

Le chant du harpiste est mieux conservé. H est pourtant, lui aussi, entrecoupé de lacunes qui en rendent l'intelligence difficile et la traduction incertaine. «O formes 2 sages, ô cycles des dieux qui écoutez et qui louez s le prêtre Nofrihotpou, lorsqu'il accourt prendre place parmi les formes , rendu sage comme un dieu vivant à toujours, rendu grand comme un prince \ et vous qui vous produirez dans la mémoire de la postérité 5 , quand vous viendrez

(cf. Le conte da prince prédestiné, p. 3o, note 2), parmi lesquels il» distinguaient le matin et le soir ( ** 1 ©)* faire une action en ^^ J®, c'est la faire à toute heure chi jour; la faire en ^T {©»

c'est la faire matin et soir.

1 Dùmichen, Hist. Ins., t. II, pi. XL a, 1. 3-7.

1 fjçfr 1 est traduit ordinairement « momies ». Ce sont les eJfaAa

qui subsistent de l'homme après la mort, et qui tantôt serrent de corps à ses différentes âmes, tantôt sont considérés comme étant Tame elle-même. Litt.: tô toutes formes sages.» Sur le sens de sages, instruites, voir p. i45, note 2.

« L. 10, je restitue: ^^ M JUJJJJ JJJJJ % j j"T jj ] J -=

I m T W - 1 ® \ P f^ I » Ina ** avec doute. ^ M> ^^ serait le ver ^ >e 7Z* ^^ A **ns déterminatif , comme dans un certain nombre

des exemples cités par Bnugscb [Dict, hier,, p. 64o-65i), litt. : «en son envahir les formes. ■

* L. 10-1 1 : M, *~~* H 1 V __. *^« L'exclamation est à la troisième personne : « Ils deviennent dans la mémoire de par après. »

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