DIX ANNÉES DE LA VIE D'ISRAËL. GENI
moins et les deux servantes, ne les cncourageient pas XXX dans ce qu'elles appelaient d'innocentes récréations. |I^ Hélas! combien de parents qui ont eu à verser des larmes amères pour avoir poussé leurs enfants dans les plaisirs mondains!
§ 488. Un jeune Cananéen, Sichem , fils d'Hémor, s'étant épris d'une violente passion pour Dina, l'enleva et la déshonora. Il parvint néanmoins à convertir en amour coupable l'horreur qu'il eût dû inspirer à la jeune fille , et, de son consentement comme de celui d'Hémor, il la demanda en mariage à Jacob. Les fils de Léa, courroucés de l'insulte qui avait été faite à leur sœur, conçurent aussitôt le plan d'une horrible vengeance. Ils feignirent de vouloir aussi le mariage ; car leur père les avait consultés, afin qu'ils sentissent peut-être plus fortement les résultats de leur conduite ; mais ils mirent pour condition que Sichem et les hommes de sa tribu se fissent circoncire et qu'ils s'agrégeassent de la sorte à la famille d'Abraham. Les Sichémites, qui virent là un moyen de partager avec Jacob et ses fils les grands biens qu'ils avaient ramenés de Syrie, en passèrent partout où l'on Voulut et cédèrent sans peine aux prières de leurs chefs.
§ 489. C'était là que les attendait la cruauté des fils de Jacob. Dirigés par Sîméon et par Lévi, aidés sans doute de quelques-uns de leurs gens , ils tombent sur les Sichémiles a^ moment où, malades et affaiblis par l'opération qu'ils avaient dû subir en leur chair, ils étaient incapables de se défendre, et ils les massacrent impitoyablement; car, comme dit l'Ecriture : « La colère de l'homme est cruelle.
§ 490. Quel entassement de péchés abominables! Les frères de Dina (|ui deviennent de véritables assassins 233 ^*
SNÈSB DIX ANNÉES DE LÀ VIE D'ISRÂEt.
LXXIV pour venger Thonneur de leur sœur î Les Sichémites qui {I^Q attirent ce terrible jugement sur eux par le libertinage de leur chef et par leur propre avarice î Dina qui est la première cause de tous ces maux, parce que au lieu de demeurer avec sa famille, elle a voulu entrer en relations de plaisirs avec les filles cananéennes! Jacob à son tour n'avait-il point de repoches à se faire? Avait-il conduit ses enfants avec toute la fermeté qu'il eût dû y mettre? Sa propre conduite n'avait-elle pas eu pour effet de diminuer en eux le sentiment de Thorreur du mal? îO, 31 § 491 . Aussi voyons-nous que tout cela remplit son cœur d'autant de crainte que de tristesse. Il lui semblait impossible que les châtiments de Dieu ne fondissent pas sur lui et sur ses coupables enfants. Ceux-ci eurent beau vouloir excuser leur crime , Jacob ne douta pas que toutes les tribus cananéennes ne se levassent contre eux et qu'elles ne vinssent les détruire. En effet, on a beau appartenir au peuple de Dieu , le péché ne peut que troubler l'àme ; et si, dans ce moment, Jacob n'eût pas craint les jugements du Seigneur, il ne se serait pas montré digne de son nom d'Israël.
KXXV § 492. Mais Dieu est envers les siens d'une bonté 1-4 inépuisable. Il invite Jacob à quitter le lieu où il était, pour établir ses tentes dans l'endroit même où, trente ans auparavant, il avait eu le songe merveilleux dont le souvenir avait toujours dû le remplir d'espérance, et où peut-être il avait eu le tort de ne pas se rendre dès son entrée en Canaan (§ 438). Avant de partir, Jacob ordonna qu'on fit disparaître de chez lui toutes traces • d'idolâtrie. Outre les idoles de Laban, il s'était sans doute glissé dans les tentes de ses femmes et de ses enfants bien des symboles des superstitions cananéennes ; ils en portaient même des signes sur leurs personnes.