DIX ANNÉES DE LA VIE D'ISRAËL. GÊNÉS
Or , soit que , jusque-là, Jacob n'eût pas aperçu tout le XXX\ mal que ses pratiques faisaient à ses enfants , soit qu'il {I^ eût inutilement cherché à les en détourner, nous le voyons cette fois prendre un ton fermement résolu, et, sous l'impression de la crainte que leur inspiraient les circonstances , plus que par piété , tous se soumirent à ses ordres.
§ 493. Ainsi débarrassés de lemrs dieux d'or, d'ar- 5-7 gent ou de bois , ils marchèrent vers Béthel , la Maison du Dieu Fort et Vivant, et, par une protection toute spéciale de la bonté divine , les Cananéens du voisinage , effrayés du massacre des Sichémites, les laissèrent aller librement. Quand Jàcob se retrouva à Luz , près de la pierre qu'il avait ointe d'huile en mémoire de la grâce de Dieu, il donna de nouveau à ce lieu le nom de Béthel. Il le eonsacra plus solennellement encore par Térection d'un autel, et sans doute par des sacrifices qu'il y offrit pour ses péchés et pour ceux de sa famille.
§ 494. Il paraîtrait, bien que la Bible ne le dise pas 8 expressément , que le père et la mère de Jacob vinrent demeurer quelque temps auprès de lui à cette époque; ce qui expliquerait pourquoi Déborah , la nourrice de Rebecca, qui mourut alors, fut enterrée près de Béthel. Car Hébron , ou Mamré , lieu ordinaire de la résidence d'Isaac, était beaucoup plus vers le midi.
§ 495. A cette époque aussi le Seigneur daigna rati- 9-15 fier à Jacob toutes ses grâces , soit celles qu'il lui avait promises jadis à ce même Béthel, soit celles qu'il lui avait accordées à Péniel. Sans revenir sur les observations que nous avons faites là-dessus précédemment, remarquons seulement ces mots du verset 1 1 .: « Une nation , même une multitude de nations viendront de toi. » C'est comme il avait été dit à Abraham ; mais il y a ici quel-
SEKÈSE DIX ANNÉfiS DB LA VIE I^ISRAEI.»
XXXV que chose de particulier. D'Abraham sont sortis,!
qI^5 plusieurs nations : les Ismaëlites, les JMadianites, méens, les Israélites et d'autres de mdndre imp( tandis que de Jacob il n'est sorti qu'une seule dî peuple Juif. Pourquoi donc le Seigneur lui ditserait la tige d'une multitude de nations? Ëst-c ment parce que le peuple d'Israël compta douze ou plutôt treize ; comme nous le verrons? No tioute ; mais c'est parce que l'Israël de Dieu, le n Israël , se compose des fidèles de tous pays , è langues et de toutes tribus ; c'est-à-dire des pécl tous les siècles et de toute la terre qui ont lu Dieu, de même que Jacob, et ont remporté la de la foi. Cette prophétie complète celle d'Is chapitre XXVIII, verset 3 (§ 431 ).
16-20 § 496. De Béthel, Jacob, toujours voyageur pays de ses pères, arriva à Ephrat, autrement hem, ville qui ne fut jamais fort considérable, m; lustra la naissance du roi David , plus de sep après ceci , et surtout celle de notre Seigneui Christ, 1080 ans environ après David. Au t€ Jacob, ce lieu vit tout à la fois naître Benjamin nier fils , et mourir sa chère femme Rachel. Il p avoir quatorze ans que Joseph était né, lorsque J la joie de recevoir du Seigneur ce douzième fil hélas! sa naissance fut chèrement payée. Avan venir mère, Rachel avait dit un jour à Jacob : ( moi des enfants, autrementje suis morte)) (Chap. ] et, maintenant , elle meurt en mettant au m( second fils ! Elle n'eut que le temps de deman( s'appelât Benoni , c'est-à-dire le fils de ma do elle expira. Quel coup pour Jacob et quelle leçc qu'il avait tant aimée, qu'il avait trop aimée, l
DIX ANNÉES Dli LA VIE D'ISRAËL. GENÈSE
tNtement ravie, et de telle sorte qu'il ne peut pas douter XXXV sepeodant que Dieu ne soit envers lui plein de miséri- j^q 3orde , car elle lui laisse un fils de plus. Aussi, triomphant de son affliction, il reporte incontinent sur le nouveau-né Tafféction qu'il avait eue pour la mère, et il rappelle Benjamin, c'est-à-dire le fils de ma main droite, ou le fils de mon bonheur. Avouez que Dieu ne pouvait pas châtier Jacob avec plus de compassion. C'est ainsi qu'il en agit toujours avec ses enfants. Il y avait dans la mort de Rachel de quoi rappeler à Jacob bien des fautes, et, dans la naissance de Benjamin, de quoi affermir son espérance en Dieu.
§ 497. Quant à Rachel, si elle mourut dans la foi, on put la dire doublement bienheureuse, car Dieu lui épargna de bien vives douleurs. Elle avait vu déjà se former la haine des fils de Léa contre son cher Joseph , et se liguer avec eux les enfants de Bilha, Dan et Nephtali, à la naissance desquels elle avait éprouvé tant de joie (§§ 450, 451 ]; mais que n'eût-ce pas été si elle eut vécu encore quelques années? Oh! qu'il est triste le sort d'une mère qui doit quitter ses enfants , à moins qu'elle ne connaisse Celui entre les mains de qui elle les remet !
§ 498, Il ne semblait pas que Jacob pût avoir d'é- 21, 22 preuve plus rude que celle par laquelle il venait de passer; mais quelque temps après, son cœur fut déchiré de la manière la plus cruelle par l'horrible crime dont se rendit coupable son fils aîné, Ruben, qui porta ses impuretés jusque dans la couche de son père. Quelle déplorable famille que ces enfants de Léa I Voyez Dina, et Siméon, et Lévi, et Ruben, et que nous sera-t-il dit plus tard de Juda et des autres? Combien ils sont à plaindre les enfants qui n'ont, pas une mère pieuse
GiXiSE IMI A^^'ÉES DE LA VIE D'ISRAËL.
XXXV pour les élever dans la crainte du Seigneur ; car il n'est 3l~V2 P^ ^^ crimes ni de misères oh Ton ne puisse tomber',
lorsqu'on n*a pas la pensée de Dieu devant les yeax, seul frein capable de retenir les passions ! 27-29 § 499. Ce qui se trouve enr^stré dans ces trois versets se rapporte à une époque de plusieurs années postérieure. Moïse , nous racontant que Jacob alla enfin demeurer à Mamré, Ueu ordinaire de la résidence d'Isaac, nous parle par anticipation de la mort de ce patriarche. C'est bien par anticipation , puisque Isaac mourut à 180 ans. Or, il n'en comptait que soixante lorsque Jacob et EsaU naquirent. Lors donc qu'ilnioarut, Jacob devait avoir \20 ans. Mais nous verrons que lorsque Jacob fut présenté à Pharaon par Joseph, il avait 1 30 ans. Par conséquent , Isaac n'était mort que depuis 1 0 ans quand Jacob partit pour l'Egypte.
XXXVI § 500. Avant de poursuivre l'histoire d'Israël et de ses fils, nous avons à jeter un coup d'œîl sur le chapitre XXXVI. Moïse nous y donne les noms des ducs, ou chefs d'Edom. Parmi eux, il faut remarquer au verset 1 2,1e nom d'Hamalek, père des Hamalékites, dont l'histoire se mêle souvent avec celle du peuple d'Israël. Il est facile de comprendre d'ailleurs que tous ces petits fils et arrière-petite-fils d'EsaQ n'étaient pas encore nés au moment où nous en sommes de l'histoire de Jacob. Il est sûr néanmoins que les Iduméens, postérité d'Esatt, durent former un peuple plus vite que les Israélites , vu qu'Esatt se maria longtemps avant son frère. Enfin, l'on voit par ce chapitre, notamment aux versets 6 et 7, que selon la promesse de Dieu, Esatt jouit de grandes bénédictions temporelles. Il eut à cet égard la supériorité sur son frère, on devait s'y attendre (§ 426); mais je pense qu'il y a là de quoi nous empêcher de porter
JOSEPH VENDU PAR SES FRÈRES. GENÈSt
>à ceux qui possèdent des biens de ce monde en XXXVl ance.
XXXn. Joseph Yendo par ses frères.
\iO\ . Ici commence proprement l'histoire des fils de XXX^'II ï, parmi lesquels Joseph occupe un rang si distin- ^' '^ ^U avait dix-sept ans au moment où nous le voyons lire sur la scène. Ce pouvait être Tan 619 après le Trois ans s'étaient écoulés depuis que Joseph \ eu le malheur de perdre sa mère et que Jacob Teùt aux soins de Bilba et de Zilpa , quoiqu'il eût été I plus naturel que Léa Tadoptàt , et avec lui le petit amin. Mais il paraîtrait que sa jalousie contre Ral se reportait sur les deux fils de sa sœur. Au sur- I, ce que nous avons déjà vu du caractère violent . ttéon et de Lévi , tout comme de l'immoralité de I , fait concevoir que Jacob ne fût pas très-porté à
Joseph dans la société des fils de Léa.
50â. Toutefois, le jeune homme aidait ses frères
s les soins qu'ils donnaient aux nombreux troupeaux
^Jacob : et il nous est dit qu'il rapportait à son père
s mauvais discours, ou plutôt, la mauvaise réputa-
qu'ils se faisaient. Ainsi Joseph ne trempait pas
i leurs Jurpitudes et il en avait honte; mais friisait-
^bien de les rapporter à Jacob? Pour répondre à
I question , il faudrait connaître plusieurs circon-
Dces cpie nous ignorons. Si Joseph commença par
ir et reprendre ses frères autant que sa jeunesse le
{permettait, s'il obéissait à un ordre de son père en
racontant les choses dont il avait été témoin , sMl
iiit^ait de ce devoir avec (buleur. on n'hésitera pas