GENÈSE JOSEPH VENDU PAR SES FRÈRES
XXXVII à prononcer qu*il faisait bien; mais si au contraire "" c'était sans y être provoqué par Jacob , ou avec on secret plaisir qu'il lui dévoilait la mauvaise conduite de ses aînés , oh ! alors , certainement il faisait mal. Or, quoique Joseph nous paraisse avoir eu dès son enfance les germes d'une vraie piété, nous ne saurions affirmer que sa conduite envers ses frères fût de tout point irréprochable.
3 § 503. Il ne serait pas étonnant que son amour-propre eût été de bonne heure excité par la préférence que son père lui témoignait. Il était naturel que Jacob aimât tendrement le fils de Rachel , et même qif il loi vouât une affection plus vive qu'à ses frères ; car il voyait poindre en son âme la foi d'Abraham et d^lsaac, sa propre foi à lui-même.- Cependant rien n'excuse le patriarche d'avoir manifesté de la manière quMl le fit, sa préférence pour le fils aîné de sa femme chérie. Le trait que nous en donne la Bible, nous autorise à penser qu'en toutes choses Jacob en agissait ainsi. Il montrait hautement que Joseph était son favori, sans songer qu'il pouvait enfler par là son orgueil , tout en irritant celui de ses frères.
4 § 504. Cela ne manqua pas d'arriver. Au lieu d'excuser le faible de leur vieux père, qui ne laissait pas de les aimer aussi malgré leurs vices, au lieu de comprendre que c'était leur faute , après tout , s'ils a' occupaient pas une meilleure place dans son cœur, les frères de Joseph, semblables à Caîn et à Esati, se prirent d'une haine violente contre lui, et ils ne pouvaient le rencontrer sans le lui témoigner par des discours pleins d'aigreur. Hélas ! c'est le tableau de plus d'une famille !
5-8 § 505. Les choses en étaient là quand Joseph fit un songe qu'il s'empressa de raconter à ses frères. Comme
JOSEPH VEJSDU PAR $£S FRÈRES. GENÈÎ
Ul plupart de nos songes , celui du jeune homme avait IXXVl quelque chose çl'assez étrange pour qu'il en fût frappé. ^ D'un autre côté, il est aisé d'y voir le reflet des idées qui peut-être n'occupaient que trop son amour-propre. En sorte qu'il n'y a proprement rien de fort extraordinaire dans le rêve de Joseph. Il avait pensé, en dormant, à ce qui faisait quelquefois l'objet de ses imaginations durant la veille. La suite de son histoire montre qu'il y avait au^i là quelque chose qui venait de Dieu ; mais Dieu se sert assez souvent de moyens très-simples et très-naturels pour accomplir ses desseins , et je ne voudrais pas que vous vissiez dans le songe de Joseph un miracle comme d^ns celui de Jacob, par exemple, quand il dormait sur la pierre de Béthel.
§ 506. Lors même qu'on nierait que ce songe ne fût, en grande partie, le fruit de la vanité même de Joseph, on ne saurait douter qu'il n'en mit un peu dans le récit qu'il se hâta d'en faire à sa famille. Il y avait tout au moins beaucoup d'imprudence de sa part , vu les dispositions qu'il connaissait à ses frères. Il ne faut pas l'excuser en disant qu'il était jeune, car la charité donne la vraie prudence et à tout âge la charité est compagne de la foi. Cependant Joseph aimait ses frères; mais il s'aimait encore beaucoup trop lui-même. Aussi, tout cela ne fit qu'accroître la haine qu'ils nourrissaient contre lui.
§ 507. A quelque temps de là, Joseph eut un songe 9.1 1 semblable au précédent et plus extraordinaire encore. Cette fois il vit non-seulement ses frères , mais encore son père et sa mère qui se prosternaient devant lui. Rachel était morte; mais il arrive bien souvent ,* dans les songes , qu'on voit ceux qui sont morts comme s'ils étaient vivants. Joseph, toujours conduit par les mêmes 2U o