SECOND VOYAGE DES FRÈRES DE JOSEPH. GÊNÉS
pleurer à son aise. Ce ne fut qu'au bout de quelques xLilI moments et après s'être lavé le visage pour effacer les ^ô^s^ traces des larmes que, reparaissant au milieu du monde qui remplissait ses appartements, il ordonna de servir le repas. Trois tables avaient été dressées ; une pour le gouverneur , une pour les Egyptiens qui, par la raison que nous verrons ensuite , n'auraient pas voulu manger avec les Hébreux , l'autre pour les frères de Joseph. Or quelle ne fut pas leur surprise en voyant qu'on les plaçait selon leur âge ; ensuite, que, pour faire honneur du repas à Benjamin tout seul, on lui servait uiie portion cinq fois plus grande qu'aux autres ! Ce n'était pas à dire qu'il dût la manger, cela se comprend;, c'était un hommage qu'on lui rendait , selon les coutumes de ces temps. Son hôte voulait qu'il eût du superflu et qu'il en disposât à son gré.
§ 567. Pour bien comprendre ce qui suit, il faut se XLIV faire une juste idée du but que se proposait Joseph. Il • l-id voulait savoir au vrai quels étai-jnt les sentiments actuels de ses frères , non pas afin de leur pardonner , car il l'avait déjà fait dans le fond de son cœur, mais afin de diriger la conduite qu'il devait tenir à leur égard. Il y avait vingt-deux ans qu'ils l'avaient vendu; mais le feraient-ils encore? et par quel moyen s'en assurer? Voyons , pour cela , de quelle manière ils en agiront quand la personne de Benjamin sera menacée. Ce fut là de qui détermina Joseph à faire mettre sa coupe dans le sac de son frère bien-raimé , de celui à qui il avait accordé des honneurs particuliers et que celte circonstance même devait faire paraître plus coupable , car 4 il aurait bien réellement rendu le mal au lieu du bien. Mais, à supposer que le moyen dont Joseph se servit pour atteindre son but n'eût rien de répréheqsible, peut-