ENÈSR AGAR ET ISMAEL
XVf tous les cas , il ne doit pas venir à la pensée qu'un homj"lj me du caractère et de l'âge du patriarche , se soit livré h d'impures convoitises; encore moins, que Saraï eût pu consentir à y donner les mains. Non ; la faute d'Abraham , faute très-réelle , ne fut pas autre , dans le fond, que celle de Saraï. Ils voulurent l'un et l'autre, par impatience de foi , avoir un fils qui , né d'Abraham, pût être héritier de la promesse. Seulement , le tort du patriarche fut d'autant plus grave qu'il était le chef de sa femme , qu'il avait reçu de plus grandes grâces et qu'il n'aurait pas dû se laisser conduire par elle. 3,4 § 300, Hélas! ils ne tardèrent pas l'un et l'autre à s'apercevoir qu'ils étaient sortis de la droite voie. Agar, esclave Egyptienne qu'Abraham avait sans doute reçue de Pharaon en même temps que les richesses qui lui avaient déjà causé tant de chagrin, Agar, voyant qu'elle allait devenir mère , se mit à mépriser sa maîtresse. Elle se crut, dès ce moment, la vraie femme d'Abraham, et, bien que tout nous atteste que son maître ne la sortit point de son état pour en faire , à proprement parler, son épouse, puisqu'il n'en eut pas d'autre enfant, elle s'enorgueillit dans son cœur, et Saraï fut la première victime de la faute qu'elle avait commise en donnant ellemême Agar à Abraham , et selon toute apparence , en y contraignant son esclave.
5 § 301 . On conçoit que Saraï dut ressentir vivement
l'outrage qui lui était fait ; mais si elle avait mieux compris ses propres torts, elle se serait montrée moins aigrie , tout en s' efforçant de ramener Agar dans le devoir. En femme passionnée et irritée , elle fait tomber sur Abraham des reproches qu'elle aurait dû s'adresser à elle-même. Mais il en est à peu près toujours ainsi. Lorsqu'on a porté quelqu'un au mal^ il est rare qu'on lui
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en sache gré ; et si les choses tournent dans un mauvais XVI sens , on ne manque pas de lui en attribuer toute la ~" responsabilité.
§ 302. La réponse pleine de douceur que fit Abra- 6 ham aux récriminations si violentes et si injustes de sa femme , prouve que rien , dans sa conduite, n'avait pu autoriser Âgar à s'oublier comme elle le faisait vis-à-vis de SaraT. Ne pensez pas, d'ailleurs, qu'Abraham ait autorisé sa «femme à maltraiter Agar. Il lui dit bien de faire à son égard comme il lui semblerait bon ; mais il entendait seulement qu'Agar n'ayant pas cessé d'être la servante de SaraT , celle-ci devait user de son autorité pour la ramener dans l'obéissance ; nouvelle preuve , s'il le fallait , que le patriarche ne s'était point épris d'un amour passionné pour Agar, car la passion aveugle et vous le voyez demeurer ici parfaitement calme et juste. Sa faute fut assez grave pour qu'on évite.de l'exagérer. Cette faute même, on ne la comprendrait pas de la part d'un enfant de Dieu, si l'on ne savait que les lumières ne sont pas toujours proportionnées à la foi. Abraham était un croyant et , par sa foi , il fut justifié devant Dieu ; cette foi même fut le principe de l'obéissance qu'il rendit généralement au Seigneur depuis sa vocation ou sa conversion; mais il n'avait pas, pour éclairer sa marche, tout le trésor d'enseignements et d'exemples, ni toute l'abondance du Saint-Esprit que les chrétiens possèdent maintenant. C'est ce qu'il ne nous faut jamais perdre de vue quand nous jugeons les fidèles de l'ancien temps. 11 n'y a pas deux morales ; mais les fidèles ne sont pas tous également éclairés sur leurs devoirs.
§ 303. Saraï , interprétant la réponse de son mari selon le gré de sa passion, se mit à maltraiter Agar, au point U9