JACOB CHEZ LABAN GENI
maison , moyennant un salaire qu'il fixerait lui-même. XXI Outre Rachel , I^ban avait encore une fille non-mariée , ^3!^ qui s'appelait Léa. Elle était Falnée; elle avait, à ce qu'il paraît , les yeux faibles et djélicats , et elle n'égalait pas Rachel en beauté. D'ailleurs , Jacob aimait Rachel , sans doute parce qu'il avait cru voir en elle des sentiments et des goûts plus en rapport avec les siens; il consentit à servir Laban pendant sept ans pour obtenir la main de sa fille cadette. 'Alors ^ les parente ne dotaient guère leurs filles , mais plutôt il fallait en quelque sorte les leur acheter. C'est encore ainsi que cela se passe chez phisieurs peuples, notamment en Asie. Peut-être l'avare Laban est-il l'auteur de cette coutume.
§ 44St. Jacob , à cette époque , n'était plus jeune. Nous 20 dirons plus tard comment se fait le calcul de ses années , et alors vous verrez, peut-être avec étonnement, qu'il devait avoir environ 70 ans lorsqu'il arriva chez Laban. L'affection qu'il éprouvait pour Rachel n'était donc pas une de ces passions qui troublent l'àme et qui précipitent quelquefois dans tant de désordres. C'était une affection sérieuse , conçue sous le regard de Dieu , autant que Jacob en était alors capable. Cela explique tout à la fois comment il put attendre patiemment que les sept années fussent expirées , et pourquoi ce temps lui parut si court. Nous de même , si nous aimons Dieu de tout notre cœur, nous ne trouverons pas son service pénible ; en général , on fait aisément tout ce qu'on fait par affection.
§ 443. Quand le temps des épousailles fut arrivé, 2i-3( Laban fit une fête , selon l'usage ; mais cet homme rusé préparait à Jacob une vive peine. Au lieu de Rachel , il fit conduire Léa dans Sii lente , et lorsque son gendre lui adressa de justes reproches sur cette indignité , Lal>an 213 M*
;KÉSfi iACOB CHEZ LABAN.
CXIX s'en tira couiine le font les hommes de mauvaise foi. Il 11^0 allégua pour excuse une prétendue coutun^ dont il aurait dû avertir Jacob tout de suite ; mais au vrai , ce n'était qu'un vain prétexte, car tout cela s'arrangeait au mieux avec ses projets. Connaissant l'amour de Jacob pour Rachel , il pensa que s'il lui offrait de la lui donner, il ne se laisserait pas arrêter par la considération qu'elle était devenue sa belle-sœur, mais qu'il ferait comme son frère Ësatt et comme bien d'autres en ces temps-là. Ah ! les mondains ne connaissent que trop par où il faut prendre les hommes pour les entraîner au mal. Jacob céda. Il consentit à servir encore sept ans pour Rachel , et Laban obtint ainsi ce qu'il voulait.
§ 444. Il est assez probable que Jacob ne retira pas tout de suite de cette épreuve l'instruction qui y était contenue. Mais plus tard , sans doute , en rapprochant de sa conduite avec son frère Esatt celle de Laban à son égard , il put se dire que , comme il avait trompé son père en prenant la place d'ËsaU , il s'était vu lui-même trompé par Laban , qui avait mis Léa à la place de Rachel , et il dut y voir un châtiment de Dieu. Assurément, Dieu' n'est pas l'auteur des péchés des hommes; mais cela n'empêcha pas qu'il ne se serve souvent des iniquités de quelques-uns pour châtier celles des autres. Si Jacob avait , dès le premier instant , compris la chose de cette manière, il n'eût pas cominis la faute d'épouser deux femmes. Se soumettant au châtiment du Seigneur, il eût aimé Léa et il eût pu vivre heureux avec elle.
§ 445. Avant de poursuivre , mes lecteurs remarqueront au verset 27 un mot qui montre que les hommes conservaient encore soigneusement le souvenir de la création du monda, en observant la division du temps par semaine; observation dont la justesse subsiste-
JACOB CHEZ LÂBAN. GBIfË
rail lors même qu'il faudrait entendre par cette semaine, xxn les sept années de service de Jacob, car si Ton appelait g^(< sept ans une semaine , c'est qu'il y avait aussi une semaine de jours.
§ 4 W. Jacob passa donc sept ans chez Laban sans être 31-3) marié , puis il y fut sept autres années n'ayant pour femme que Léa ; mais ces années ne furent pas un temps de bonheur pour lui. 11 n'aimait pas Léa , et c'était un grand tort ; Léa de son côté ne pouvait voir en sa sœur qu'une rivale, puisqu'elle était destinée à devenir bientôt la Jemme de Jacob. Il est aisé de concevoir le trouble qui devait régner dans cette famille.
§ 447. Cependant Léa eut successivement quatre fils, qui reçurent d'elle des noms en rapport avec les sentiments qu'elle éprouva lors de leur naissance.
L'alné fut appelé Rcben , o-à-d. : Voici un fils.
Le second SiMfioN , Exaucement,
Le troisième Lévi , Lien , attachement.
Le quatrième Judà , Louange de Dieu,
§ 448. Si, pour juger Léa, nous n'avions que les paroles pieuses qu'elle prononça quand lui naquirent des fils, nous ne pourrions que nous faire une haute idée de sa foi et de sa confiance en Dieu. Mais bn est malheureusemcQt obligé de reconnaître qu'il .y avait là plus d'apparence que de réalité. C'est comme tant de gens qui disent : Dieu soit loué ! Dieu soit béni ! lorsque quelqu'une de leurs passions est satisfaite et que leurs désirs terrestres sont exaucés , bien qu'au fond leur pensée ne s'élève point à Dieu.
§ 449. Il est à présumer que Léa eut ces quatre fils XX J avant que Jacob épousât Rachel. Cette seconde union ne 1. ^ fit qu'augmenter le malheur du patriarche et les désordres de sa maison. Dans le but manifeste de le châtier,