DISCOURS DE PAUL
(Actes 22 : 6-16.) és plus âgés que Paul), comment penser qu’il eüt jamais pu mal parler de sa nation, ainsi qu’on len accusait? Toute la défense de Paul, jusqu’au point où il lui fut possible de la conduire, se réduisit d’ailleurs à un récit fidèle de sa conversion. C’est l’argumentation de l’aveugle-né (Jean 9 : 25). Paul nous apprend ici ce dont j’ai parlé par anticipation; savoir, qu'il avait fait ses études à Jérusalem et qu’il avait eu pour maître ce pharisien Gamaliel, dont, un jour, la prudence détourna de dessus les apôtres la persécution qui les menaçait (Actes 5 : 34). Quoique vingt années environ se fussent écoulées depuis que Paul, alors Saül, avait été envoyé à Damas par Les sacrificateurs et les anciens des Juifs, il invoque leur souvenir au sujet du zèle violent qui l’animait alors, et de l'exactitude avec laquelle il observait la loi de leurs pères et leurs traditions. Comment donc se faisait-1l que, de persécuteur il fùt devenu persécuté, et de bourreau, victime? C’est ce qu’il va leur raconter.
4204. (6-16.) Ce récit, pour le fond tout semblable à celui que nous avons lu au neuvième chapitre de ce livre, en diffère cependant à plusieurs égards, et ces différences attestent l’authenticité de l'écrit et la fidélité scrupuleuse de son auteur: Rien ne lui eût été plus facile que de mettre en parfait accord ces deux pages de son histoire; mais non : conduit par le Saint-Esprit, 11 nous a raconté le fait, tel qu'il le tenait probablement de Paul lui-même, et maintenant il rapporte le discours tel qu’il Pavait entendu (car il était là), et tel que le Saint-Esprit le lui remettait en mémoire. Nous apprenons du discours de Paul, qu'il était environ midi lorsqu'il vit le Seigneur sur le chemin de Damas, circonstance que l’histoire n'avait pas mentionnée. Celle-ci, plus complète cependant à divers égards, mentionne ce mot de Jésus que vous n’avez sûrement pas oublié : « Il t’est dur de regimber contre les aiguillons ; » elle nous dit que Paul fut tout tremblant et saisi de frayeur, qu’il passa trois jours sans voir, sans manger et sans boire; elle raconte la vision qu’eut Ananias, tandis que Paul était en prières ; puis, avec plus de détails, le miracle de sa guérison et son baptême. Mais si Paul, dans son discours, se tait au sujet de la vision d’Ananias, ce qui est la différence essentielle, il nous fait part, en échange, des paroles qu’Ananias lui adressa de la part du Seigneur : « Le Dieu de nos pères t'a désigné pour connaître sa volonté et pour voir le Juste, et pour entendre une voix sortant de sa bouche ; parce que tu lui seras témoin auprès de toute espèce d'hommes, des choses que tu as vues et entendues; » paroles qui s’accomplissaient à
N (Actes 22: 17-21; 22-926.) ce même instant. Ici donc, le discours complète l’histoire, et du reste, Paccord est aussi parfait qu’on peut le désirer.
4205. Il est un point toutefois sur lequel il semble au premier abord qu'il y ait opposition. Nous lisons au chapitre 9, verset 7, que les hommes qui faisaient route avec Saul « s’arrêtèrent tout interdits, entendant bien la voix, mais ne voyant personne ; » tandis qu’il est dit ici, qu'ils « n’entendirent pas la voix de celui qui lui parlait.» Mais il paraît qu’il se passa là quelque chose de tout semblable à ce qui nous est rapporté dans l'Evangile de Jean (42: 27-29). Ceux qui accompagnaient Paul entendirent la voix, mais non les paroles : « La voix, dit l’historien (9 : 7), mais sans voir personne, » une voix confuse et en quelque sorte impersonnelle. «Ils n’entendirent pas la voix de celui qui me parlait, » dit Paul à son tour ; c’est-à-dire qu’ils n’entendirent pas les paroles que cette voix lui adressait, et ils ne les entendirent pas parce qu’elles ne leur étaient pas destinées et que le Seigneur ne leur donna pas de les entendre.
4206. (17-24.) Continuant son discours, l’Apôtre passe, sans intermédiaire, de sa conversion à son retour dans Jérusalem. Nous ne le savions pas encore, Mais nous pouvions nous en douter : il avait eu alors une de ces glorieuses visions qu’Ananias lui avait annoncées, et c'était en vertu d’un commandement exprès du Seigneur qu'il était parti de la sainte cité. Il lui avait semblé qu’un homme si connu par son zèle pour le judaïsme aurait un grand accès auprès de ses compatriotes ; comme il nous arrive à nous-mêmes de penser qu’un incrédule converti doit bientôt convertir ses anciens amis de péché, sans que l'expérience justifie cette attente. Quant à Paul en particulier, il lui fut déclaré par le Seigneur que les Juifs ne recevraient pas son témoignage, et qu'il le réservait pour propager l'Evangile parmi les nations. C'était déjà ce qui lui avait été dit à Damas.
4207. (22-26.) Quand l’Apôtre eut prononcé ces dernières paroles : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations, » il n’y eut qu’un cri dans la foule, captivée jusque-là par l’intérêt que le discours de Paul lui inspirait ; et ce cri, répété par mille voix, fut, comme tout à l'heure, un horrible cri de mort. Ne pouvant atteindre leur victime, ils agitaient leurs manteaux ; et, au lieu des pierres qu’ils n’eussent osé jeter contre Paul, à cause de ceux qui l’entouraient, ils lançaient de la poussière en l'air au milieu des plus effroyables vociférations. Il était temps de mettre fin à une pareille scène; aussi le commandant ordonna-t-il d'introduire le prisonnier dans la forteresse, Il ne devait
PAUL DEVANT LE CONSEIL DES JUIFS. 209 (Actes 22: 27-30; 23: 1-5.)
pas avoir compris ce que Paul avait dit à ses compatriotes en leur langue natale; c’est pourquoi, afin de connaître le fond de cette affaire si étrange, il eut recours au moyen non moins cruel qu’'expéditif dont les tribunaux se servaient encore partout il n’y a pas longtemps. Mais au moment où l’on étendait Paul avec des courroies et qu’on s’apprêtait à le flageller, il se réclama de sa qualité de citoyen romain, comme dans une occasion analogue et par les mêmes motifs (Actes 16 : 37). Ah! certes, Paul était habitué à la douleur, et ce n’est pas cela qu’il redoutait; mais le vrai chrétien ne recherche pas le martyre, il ne pense pas que la souffrance ait quelque chose de méritoire; d’un autre côté, il n’a pas besoin d’être mis au supplice de la question pour dire la vérité.
4208. (27-30.) L'entretien qui s’ensuivit nous apprend que Paul était Romain de naissance; son père ou l’un de ses aïeux avait acheté, sinon obtenu par quelque faveur, la bourgeoisie de Rome. Nous voyons aussi, par ce qui vient après, combien étaient respectés les droits d’un citoyen romain. Non-seulement les bourreaux s’éloignent aussitôt, mais encore Lysias lui-même se montre ému à la pensée qu'il a pu dépouiller de ses vêtements un Romain et le faire lier au poteau pour le battre de verges. On conçoit que cette circonstance dut lui commander à l’avenir plus de circonspection envers son prisonnier ; et ce fut sans doute afin de le retenir sous les verrous le moins longtemps possible, qu’il se hâta de convoquer le conseil des Juifs.
4209. (23 : 1-5.) Le conseil avait ce jour-là pour président un nommé Ananias, qui avait exercé la souveraine sacrificature quelques années auparavant, mais que le gouverneur avait déposé et fait conduire à Rome, lié de chaînes. Relâché aux sollicitations du roi Agrippa, il n’était pas de retour depuis longtemps, et s’il portait encore le titre de souverain sacrificateur, c'était cornme Anne, au temps de Caïphe, et comme on appelle juge ou pasteur celui qui le fut une fois. Paul ne le connaissait pas personnellement; mais on comprend que ce saint apôtre, qui prêchait partout l’obéissance au pouvoir établi, ait exprimé le regret d’avoir dû parler si sévèrement à un homme qu’on désignait comme étant souverain sacrificateur. On conçoit également que, malgré toute sa patience, il ait cru devoir faire sentir à ce magistrat inique lindignité qu'il venait de commettre ; et, après tout, ce fut le Saint-Esprit qui prophétisa, car Ananias périt, peu après, assassiné par les sicaires. Ce qu’on aurait plus de peine à comprendre, si de nombreux faits n'étaient venus éclairer celui-ci, c’est la violente 1rri-